Harle bièvre

Publié le mercredi 27 février 2008


Harle bièvre Mergus merganser

Synonyme : Grand Harle

Angl. : Goosander
All. : Gänsesäger
It. : Smergo maggiore

De catégorie faunistique holarctique, le Harle biévre est un canard piscivore assez répandu en Europe du Nord (Scandinavie, Pays Baltes, Russie) ; il est également présent dans le centre de l’Europe où il est inféodé aux grands lacs alpins : Allemagne, Suisse, Autriche, France avec comme centre de gravité le lac Léman ([N]). On le rencontre au bord des lacs et des cours d’eau assez lents où il recherche pour nicher des cavités dans les arbres pour nicher. La population européenne est estimée à 52 000 couples nicheurs et à un maximum de 150 000 hivernants en Europe de l’Ouest ([N]).

La population nicheuse rhônalpine peut être estimée actuellement à un minimum de 200 couples, essentiellement concentrés en Haute-Savoie (minimum 180 couples), avec une extension vers la Savoie, le Jura et le Doubs (environ 20 couples). Le maximum annoncé de 180 couples (in Sonnerat 1998) est donc un peu en deçà de la réalité. Sur le Léman, après un maximum de 700 couples potentiels en 1984, la population stagne à environ 500 couples dont 150 dans les secteurs français. Ce n’est qu’à partir de 1990 que le nombre de couples nicheurs hors Léman augmente sensiblement. Sur l’Arve, après la première nidification à Arenthon en 1985, l’espèce remonte juqu’à Taninges en 1992 ; elle est observée en période de nidification sur le bassin versant du Giffre (Sonnerat 1998). Sur la Dranse, des couples remontent jusqu’au lac du Jotty. Sur le lac d’Annecy, l’espèce niche régulièrement depuis 1990, avec au minimum 5 couples. Quelques couples nichent sur le lac du Bourget (Miquet 1994), ainsi que sur le Haut-Rhône, entre l’Etournel et Seyssel, depuis 1988. En 1994, l’espèce est présente sur 9 cartes de la région Rhone-Alpes ([N]).
Les couples se forment ou se reconstituent dans le cours de l’hiver. Les manifestations nuptiales s’esquissent à la mi-novembre et se précisent déjà en décembre. Au début de février, l’activité reproductrice des mâles se développe parmi les groupes qui paradent au large des rives, puis les couples se cantonnent (Géroudet 1987 b). Les premiers œufs sont trouvés le 9 mars en 1980, le 11 en 1973, le 13 en 1972. Les canes les plus précoces peuvent couver à la fin de ce mois, la plupart le font en avril et les pontes s’échelonnent jusqu’en juin. La première éclosion connue se situe le 16 ou 17 avril 1970, mais il est rare que des familles apparaissent avant le début de mai. Les dernières sorties de poussins se produisent en juillet, comme ce fut le cas en 1979 puis en 1982, parfois plus tard encore dans des saisons tardives comme ce fut le cas en 1986. Cette année-là, les poussins d’une famille contrôlée les 31 août et 12 septembre à Messery (74), étaient assez petits pour être éclos entre les 5 et 8 août, suggérant une ponte achevée au début de juillet. En temps normal, la mue exclut les fécondations à partir du début de juin. Les oiseaux devenant très discrets fin mai-début juin, les observations diminuent rapidement et il faut attendre novembre pour qu’ils réaparaissent en belle livrée nuptiale. Les effectifs ne sont à nouveau au complet qu’à partir du mois de décembre. On a supposé que les oiseaux passent l’été quelque part sur le Léman, mais le marquage d’adultes en 1986 a fait apparaître une autre réalité. Les grands rassemblements d’été concentrés sur 3 points au moins des rives du Léman totalisent environ 400 individus en mue et se composent à 75-80 % de femelles, en particulier de celles qui ont échoué dans leur reproduction ; on y repère aussi 15 à 20 % de mâles adultes et 1 à 5 % de mâles immatures. Cela suggère que la majorité des mâles a quitté le lac pour séjourner ailleurs : deux mâles marqués en mars 1986 au bord du lac ont été retrouvés en début d’automne en Suède et en Finlande. Il semble donc probable que la plupart des mâles reproducteurs partent en juin et parcourent des distances considérables jusqu’en Sacnadinavie (estuaire de la Tanin en Norvège), d’où ils reviennent quand leurs rémiges renouvelées leur permettent de voler à nouveau.

Actuellement, le Harle bièvre est en expansion et celle-ci semble devoir se poursuivre. Certains auteurs évoquent les limites des zones de nidification, dues au nombre restreint de sites disponibles et favorables. Cela est peut être vrai pour le lac d’Annecy où les cavités naturelles sont peu nombreuses. Au bord du lac Léman, les propriétaires ont conservé de grands et vieux arbres offrant des sites de reproduction. Si on peut se poser la question de ce qu’il en sera "dans quelques dizaines d’années quand ces arbres viendront à périr" (Sonnerat 1998) pour la zone originelle de peuplement située entre Excenevex et Sciez, où il n’y a que de grandes propriétés, ce souci ne s’applique pas à l’expansion actuelle vers l’est du lac où la forêt est très présente, tout proche de l’eau et peu exploitée. Au contraire le lent morcellement de ces grandes propriétés risquent de restreindre les possibilités de nidification. De même, l’expansion au bord de l’Arve, du Rhône et de la Dranse n’est pas gênée par le manque de sites de nidification.

Le Harle bièvre est un hivernant régulier en France. Si l’hiver et froid, l’espèce fuit les plans d’eau gelés et se réfugie dans les zones hors gel : grands cours d’eau et nord-ouest du pays. L’effectif national moyen en hiver est de 1 200 individus environ, dont 300 sur le Léman français, avec des maxima de 5 680 individus, en 1996, pour tout le pays et de 700 individus, en 1999, sur la partie française du Léman. Mais il est plus logique de considérer l’hivernage de ce canard sur l’ensemble du Léman qui forme une entité géographique. Dans ce cas, l’hivernage moyen actuel semble concerner 1 200 à 1 300 individus dont 25 à 30 % sur la rive française. Le suivi montre une hausse régulière des effectifs, due essentiellement aux individus locaux (Veller com. pers.), ce qui confirme l’augmentation du nombre des couples nicheurs. Limités à l’est et au nord-est du pays, les principaux sites d’hivernage sont le cours du Rhin, le bassin français du Léman, la plaine d’Alsace, les étangs de Woëvre, le lac du Der. Aucun d’entre eux n’atteint le seuil d’importance internationale de 1 500 individus défini par la Convention de Ramsar (1971) sur la conservation des zones humides.

La nidification du Harle bièvre en Rhône-Alpes est ancienne ; selon Géroudet (1987 b), son installation dans la région daterait de la fin du XIXième siècle citant une nichée de 12 poussins à l’embouchure de la Dranse le 14 mai 1905. Jusqu’ en 1938, les effectifs de Harle bièvre sont restés faibles sur l’ensemble du lac. En 1976, Yeatman donnait l’espèce nicheuse sur 4 cartes du premier Atlas des oiseaux nicheurs de France ([Y]). Le premier atlas du CORA ([R]) mentionnait 100-120 couples sur l’ensemble du Léman, ainsi qu’une première nidification sur le lac d’Annecy en 1975. Cette augmentation du nombre de nicheurs est due à la pose de nichoirs, mais surtout à la protection de l’espèce et à l’eutrophisation du Léman, qui augmente les effectifs de Cyprinidés. A partir du début des années 1980, la population se développe nettement. Géroudet (1987 b) signale la colonisation sporadique du haut rhône, du cours de l’Arve et de la Dranse ainsi qu’une première nidification sur le lac du Bourget en 1986. Par ailleurs, des couples sont observés dans le Jura à partir de 1986.Le Harle bièvre restera intégralement protégé ? Nombre de pêcheurs à la traîne, non professionnels, réclament sa régulation sur le lac en l’accusant de consommer des ombles et des truites, alors qu’il pêche essentiellement du gardon, espèce prolifique sur le Léman. De plus, sa familiarité avec les hommes, en le rendant moins farouche, pourra favoriser sa destruction ; son tir, actuellement illégal, est parfois pratiqué. Le dérangement hivernal ne l’affecte guère et on le voit même familier dans les ports où il dispute le pain aux cygnes.

Hugues Dupuich