Guifette noire

Publié le mercredi 27 février 2008


Guifette noire Chlidonias niger

Angl. : Black Tern
All. : Trauerseeschwalbe
It. : Mignattino

La Guifette noire est une espèce holarctique. En Europe, la répartition de la forme nominale est irrégulière : des populations isolées existent en Andalousie, dans le nord de l’Italie, en France (ouest et centre surtout, Camargue et Rhône-Alpes irrégulièrement). La distribution s’étoffe quelque peu des Pays-Bas à la Russie en débordant sur le sud de la Fennoscandie et sur les Balkans. En Rhône-Alpes, la nidification n’a été observée qu’en Dombes (01) et en plaine du Forez (42), de façon très irrégulière. Seules des données de reproduction possible ont été recueillies pendant l’enquête du présent atlas dans ces deux districts naturels. Les autres citations de la région concernent à l’évidence des migrateurs. La Guifette noire n’a très vraisemblablement pas niché en Rhône-Alpes pendant la période d’étude, et les effectifs rhônalpins, limités au plus à 1 ou 2 couples dans les dernières années, représentent une part tout à fait marginale des 60-100 couples français (Berthelot et Trotignon in [N]). Quelques cas antérieurs sont cependant connus. En Dombes, deux colonies autonomes ont existé : 15-20 couples en mai-juin 1947 et 9-10 couples avec poussins en 1953. Cette même année, deux couples avec des poussins nichaient mêlés à des guifettes moustacs. Un nid le 24 juin 1967 se trouvait dans une colonie d’échasses et deux couples avec respectivement 3 et 4 jeunes furent observés le 28 juin 1974 à Saint Paul de Varax. En Forez, un nid est noté le 29 juin 1975 ([R]). Ce dernier cas ne figure malheureusement pas dans l’atlas 1970-1975, tandis qu’une reproduction entre 1985 et 1989 (Berthelot et al. in [N]) reste introuvable dans les chroniques. A ces nidifications certaines, on peut probablement assimiler l’observation de deux adultes et d’un juvénile volant sur une colonie de guifettes moustacs le 2 juillet 1995 à Saint Paul de Varax (01). D’autres données offrent moins de certitude, comme cet adulte se posant, invisible, dans une colonie de moustacs le 10 juillet 1994 à Bouligneux (01), ce couple construisant un nid non revu par la suite le 10 mai 1980 à Sandrans (01) ou encore ce nid occupé du 26 au 30 juin 1992 seulement à Villars les Dombes (01). De même, un adulte et un juvénile volant “ au nourrissage ” sur la Saône le 30 juin 1991 à Anse (69) provenaient-ils de la Dombes toute proche ?

Si les habitats fréquentés varient, la présence de l’eau reste indispensable. Grands fleuves et rivières, retenues, lacs et étangs accueillent la Guifette noire au passage, mais seuls ces derniers l’attirent pour la reproduction. La migration prénuptiale débute en général vers le 25 avril (observation très précoce le 18 mars 1968 à Valence - 26). Les troupes atteignent parfois la centaine d’individus, mais 340 oiseaux le 25 avril 1996 à Marlieux (01) et 320 le 25 avril 1993 au Grand-Large (69) constituent des records remarquables. Le passage s’amenuise jusqu’au début de juillet, date à laquelle il est difficile de décider du statut des oiseaux observés : migrateurs attardés ou retours précoces ? nicheurs locaux ou oiseaux victimes d’un échec de reproduction récent ?
Les quelques données évoquées plus haut convergent nettement pour établir la dernière décade de juin comme la plus propice à la reproduction en Rhône-Alpes. Quatre pontes dombistes comportaient chacune trois œufs, tandis que les seules familles précisément citées dans la littérature étaient formées de 2, 3 et 4 poussins.

Le passage postnuptial est numériquement beaucoup moins important qu’au printemps. En septembre, la plupart des guifettes noires quitttent la région Rhône-Alpes. On observe de rares attardées en octobre, avec une date extrême le 15 novembre 1959 à Marlieux (01). Il n’existe aucune donnée de baguage rhônalpine, mais on sait que les nicheurs d’Europe occidentale hivernent en majorité dans le golfe de Guinée (Berthelot et al. in [N]).

La raréfaction de l’espèce, en France comme en Europe, semble confirmée en Rhône-Alpes où sa nidification n’est qu’occasionnelle et ne concerne plus que des effectifs très réduits. Face à une présence aussi marginale, il paraît difficile de prôner des mesures de conservation. Cependant, la protection de la Guifette moustac peut être bénéfique à cette espèce voisine. A cet égard, le développement récent du Ragondin (Myocastor coypus) en Dombes et ses conséquences sur la végétation palustre méritent d’être suivis de près, puisqu’une influence néfaste a été constatée en Brenne (Berthelot et al. in [N]).

Jean-Baptiste Crouzier