Guêpier d’Europe

Publié le mercredi 27 février 2008


Guêpier d’Europe Merops apiaster

Angl. : Bee-eater
All. : Bienenfresser
It. : Gruccione

Guêpier d'Europe, photo France DUMAS © 2008
Guêpier d’Europe, photo France DUMAS

Le Guêpier d’Europe est rare au nord de l’isotherme 17°C et fréquent au sud de celui de 21°C de juillet, ce qui correspond à la moitié sud du continent. Il montre des fluctuations prononcées de ses effectifs à l’échelle séculaire. En effet, quelques cas de progression ont été enregistrés vers 1840 (noté nicheur dans la Somme dans les années 1840, Yeatman 1976 ; observé en juin 1853 dans le Jura par exemple ; G.O.J. 1993), suivi d’une régression aux alentours de 1875, puis d’une lente progression vers 1920-1930, s’accélérant à partir de 1940 et très sensible dès les années 1960. Les nidifications nordiques, signalées jusqu’en Scandinavie, sont particulièrement instables. Alors que l’espèce progresse de façon notable dans notre pays, les importantes populations des Balkans sont en régression sensible ; de manière globale, 54 % des populations du continent accusent une baisse d’effectifs d’au moins 20 % (Tucker et Heath 1994).

En France, avant 1930, l’espèce nichait principalement en Corse et dans le Gard ; peu après, elle se répand dans l’Hérault, le Vaucluse, le Var, les Bouches-du-Rhône et, dans les années 1950, dans la région de Valence et vraisemblablement en Ardèche. Le secteur méditerranéen et la vallée du Rhône sont colonisés dans les années 1970, alors que la façade atlantique, le nord du pays et le Bassin parisien ne le sont qu’à partir des années 1980. Cette vague de colonisation entamée dans les années 1920 semble donc nettement plus importante que celle connue au siècle dernier. La population française est estimée entre 3 500 et 5 000 individus (Tucker et Heath 1994), mais elle est certainement supérieure. La population rhônalpine est comprise entre 890 et 2 700 individus, un comptage exhaustif réalisé dans la seule Ile Crémieu le 25 juillet 1996 donnant le chiffre de 320 oiseaux.

Guêpier d'Europe, photo France DUMAS © 2008
Guêpier d’Europe, photo France DUMAS

Le nord de notre région est atteint, en 1966, avec quelques individus en période de reproduction dans le Pays de Gex (01), en 1967 par des observations en Dombes (01), Forez (42) et Moyenne Vallée du Rhône. La première nidification dombiste est découverte en 1968, alors que l’espèce fréquente de nouveau la Vallée du Rhône et est signalée dans les Chambarand (26-38). Trois colonies sont découvertes dans l’Ile Crémieu en 1969 (38). Depuis lors, le Guêpier a été noté nicheur chaque année dans ce dernier secteur et a colonisé d’autres parties de la région, essentiellement le long du Rhône, de la Saône et de la vallée de l’Ain, pénétrant plus profondément dans les départements méridionaux (Drôme et Ardèche) et remontant localement les vallées alpines savoyardes. Selon certains, cette progression doit être mise en relation avec un réchauffement climatique. Cependant il semble que les habitats nécessaires à sa reproduction, accompagnés de proies en quantité suffisante, soient aussi un facteur déterminant pour son installation, les milieux artificiels s’étant multipliés ces dernières années. Cette espèce d’origine méditerranéenne est thermophile : le Guêpier se limite à l’étage collinéen où il recherche les talus sablonneux ou molassiques pour creuser ses trous. La plupart des sites rhônalpins sont artificiels (sablières, gravières, talus de chemin ou de route), mais, dans quelques cas, la nidification a lieu dans un terrier au sol ou sur les berges de cours d’eau. Dans les plus grandes colonies, l’espèce est souvent accompagnée par des hirondelles de rivage (Riparia riparia). Une étude visant à déterminer les facteurs favorables à la présence des oiseaux a été réalisée en Isère (Deliry 1997 a et b) ; elle conclut que tous les milieux favorables du nord du département sont colonisés par les guêpiers et que la présence des oiseaux est fortement conditionnée par le maintien de l’activité des carriers.

Les premiers oiseaux sont notés en mai (date précoce : 14 avril 1987 dans l’Ile Crémieu - 38) et repartent en septembre (30 individus tardifs le 14 octobre 1985 dans la Moyenne Vallée du Rhône). Les mouvements printaniers se poursuivent pendant tout le mois de mai. Les départs sont notés dès le début d’août, les guêpiers voyageant par petits groupes essentiellement entre la fin de ce mois et le début du mois de septembre. Des regroupements importants sont parfois notés à cette époque : plus de 200 le 21 août 1994 sur le Haut-Rhône et entre 300 et 400 individus au-dessus d’Aoste (38) le 4 septembre 1999. De temps à autre des migrateurs sont signalés en montagne (record 1 300 m d’altitude à Revel - 38, dans le massif de Belledonne). Nous avons peu d’informations sur sa nidification, pourtant assez facile à suivre. Les premiers individus s’installent sur les colonies dès leur arrivée au début du mois de mai et commencent à creuser leur nid ; cependant de nouvelles cavités sont souvent construites en juin et il semble que les couples aient une activité de creusement supérieure au nombre de nids qui leur sont utiles. Ainsi voit-on souvent un nombre de cavités supérieur au nombre de couples présents sur les sites. En général, les jeunes naissent dès la fin du mois de juin et s’envolent dans le courant du mois de juillet. Le suivi d’une carrière du nord de l’Isère en 1997 (Revil 1998) révèle que les oiseaux arrivés le 1er mai commencent aussitôt à forer leur nid. Les pontes sont déposées entre le 28 mai et le 5 juin, les jeunes sont nourris entre le 30 juin et le 7 juillet, les nourrissages étant progressivement de moins en moins prolongés et fréquents. Les petits se montrent à l’entrée du nid dès le 16 juillet, le premier envol est constaté le 24 juillet. Ensuite les jeunes peuvent être nourris hors du nid. Un comptage réalisé le 20 août 1994 dans l’Ile Crémieu révèle que quelques oiseaux sont encore sur les sites de nidification alors que divers groupes "étrangers" survolent les colonies et que les groupes migratoires grandissent ainsi peu à peu. Notons en outre l’existence de quelques informations sur le régime alimentaire des Guêpiers en Haute-Savoie : les Hyménoptères y sont nettement dominants (71 % dont plus de la moitié de Bombus) (Bordon 1994). Ceci est assez conforme à ce qui est connu par ailleurs. Notons toutefois que, lors de l’offrande de proies pendant la saison de reproduction, ce sont principalement des Odonates qui sont présentés (70 à 80 % des offrandes).

Guêpier d'Europe, photo France DUMAS © 2008
Guêpier d’Europe, photo France DUMAS

Des mesures de conservation ont été entreprises en Isère. Elles sont l’objet d’actions auprès des propriétaires et de la DRIRE et d’un dossier où chaque station connue est repérée au niveau cadastral (Coffre et Deliry 1998). Il s’avère dans ce département que, dans la mesure où l’espèce niche souvent sur des carrières, le plus grand danger réside dans l’abandon des carrières et les modes de réhabilitation ordonnés par les arrêtés de fermeture des sites. En effet, ces arrêtés demandent souvent la destruction des talus et leur végétalisation, ce qui n’est, bien sûr, pas favorable à l’espèce. L’exemple d’une carrière à Passins (38) est intéressant. Il s’agit d’un site pour le retraitement des déchets ménagers. En 1994, la nidification fut un échec total, puis la population est montée à 120 individus en 1996 à la suite de quelques conseils simples donnés aux gestionnaires. D’autres actions de ce type sont actuellement en cours sous l’impulsion du CORA Isère. Par ailleurs, les dérangements par des curieux de plus en plus fréquents ne sont guère favorables à la réussite de la nidification ; c’est un des principaux facteurs d’échec en Haute-Savoie ces dernières années (C. Prévost in litt.).

Texte : Cyrille Deliry, Jean-Charles Paucod
Photos : France DUMAS