Grosbec casse-noyaux

Publié le mercredi 27 février 2008


Grosbec casse-noyaux Coccothraustes coccothraustes

Angl. : Hawfinch
All. : Kernbeisser
It. : Frosone

Grosbec casse-noyaux, en hiver, photo France DUMAS © 2008
Grosbec casse-noyaux, hiver, photo France DUMAS

Le Grosbec casse-noyaux est une espèce paléarctique totalement protégée en France et inscrite à l’annexe 2 de la Convention de Berne. En Europe, il niche de façon discontinue sur une large bande de la France et de l’Angleterre à l’ouest (avec une zone isolée dans le sud ouest de la péninsule ibérique) jusqu’à la Russie à l’est, et du sud de la Scandinavie à la Grèce et à l’Italie.

En France, l’espèce se reproduit sporadiquement jusqu’à 1 000 m d’altitude sur tout le territoire. Elle est néanmoins beaucoup plus abondante dans le nord-est et le Massif central que dans le sud et l’ouest du pays, où elle est considérée comme rare. La population est comprise entre 1 000 et 10 000 couples nicheurs sur l’ensemble du territoire français, le chiffre réel se situant probablement dans la partie supérieure de l’estimation. En hiver, l’espèce est un peu plus largement répartie.

Grosbec casse-noyaux, photo France DUMAS © 2008
Grosbec casse-noyaux, photo France DUMAS

Le Grosbec est noté nicheur dans tous les départements rhônalpins à l’exception de l’Ardèche. Cette répartition recouvre globalement celle de l’Atlas national pour 1985-1989 (Duboc in [N]). L’espèce est mieux représentée dans le nord-est de la région : considérée comme rare dans les départements de la Loire, du Rhône, de l’Isère et de la Drôme, elle est beaucoup plus régulière dans l’Ain et dans les deux Savoie. L’altitude maximale de nidification n’est pas connue en Rhône-Alpes, mais le Grosbec atteint 1 300 m en Auvergne proche. La répartition du Grosbec recoupe assez bien celle des grandes forêts de chênes, charmes et hêtres, qui représentent son habitat de prédilection ; il peut aussi occuper les peupleraies, parcs, vergers et grands jardins, mais délaisse les formations pures de conifères. En Chautagne (73), dans des peupleraies plantées, moins favorables, Tournier (in [R]) a trouvé une densité moyenne de 1,2 couples pour 10 ha et de seulement 0,2 couples pour 10 ha en ripisylve du Rhône. Les effectifs rhônalpins se situent probablement sous les 500 couples, ce qui représente une faible part de la population française. L’extrême discrétion de l’espèce en période de nidification laisse cependant penser que sa présence n’est pas toujours détectée, a fortiori sur les sites peu visités. A titre d’exemple, l’installation d’un couple dans un jardin à Villebois (01) au printemps 1997, puis la couvaison au sommet d’un poirier à 3 m d’une habitation principale, sont passées totalement inaperçues jusqu’au pillage du nid par une pie.

Les nicheurs rhônalpins errent en bande dès l’été et constituent probablement une partie des hivernants locaux, mais leur statut hivernal n’est pas précisément connu. En revanche, le fichier régional du C.R.B.P.O. établit clairement la provenance des oiseaux étrangers qui passent la mauvaise saison en Rhône-Alpes. Sur 39 données en effet, seules 9 ne proviennent pas d’Allemagne. mais de Pologne, de Suède et de Tchécoslovaquie. Un oiseau marqué en Belgique et un autre en Italie étaient déjà potentiellement migrateurs au moment de leur baguage.

Gros bec casse noyaux, photo France DUMAS © 2008
Grosbec casse-noyaux, photo France DUMAS

Présent toute l’année en Rhône-Alpes, le Grosbec est aussi un migrateur partiel. Sur dix ans de suivi de la migration postnuptiale à Ceyzériat (01) (Crouzier et Crouzier, en préparation), les premiers migrateurs arrivent autour du 1er octobre ; le maximum du passage se situe vers le 20 octobre et se poursuit au moins jusqu’à la fin de novembre. La caractéristique principale du passage est son irrégularité d’une année sur l’autre. Le Grosbec est en effet davantage un migrateur irrégulier qu’un simple erratique. Ainsi, sur ce même site, le total des migrateurs observés en 1991 s’est seulement élevé à 130 individus, alors que 3 248 oiseaux ont été dénombrés en 1997 (pic journalier : 1 035 le 26 octobre), soit un rapport de 1 à 25 ! De même, l’évolution interannuelle au col de Barracuchet (42) est très marquée. Sur dix ans de suivi (octobre 1985 à1994), les totaux s’étalent d’environ 500 oiseaux pour l’année la plus faible (1986) à près de 2 500 pour les plus élevées (1988 et 1994), soit un rapport de 1 à 5. Les chiffres comparés de ces deux sites rhônalpins montrent une grande disparité qui reste difficile à interpréter ; elle confirme néanmoins le fait que le Grobec est un migrateur irrégulier, non seulement d’une année sur l’autre, mais aussi d’un site à l’autre.
En hiver, les groupes sont en général de taille modeste (moins de dix oiseaux) mais peuvent atteindre la centaine. Le Grosbec casse-noyaux est alors un hôte régulier, quoique toujours farouche, des mangeoires où il domine les autres espèces granivores. Le passage prénuptial se déroule de la fin de février au début d’avril. Il est en général moins détecté, mais là encore certaines années se distinguent par des effectifs de migrateurs importants (par exemple en 1989, 345 le 28 février à Ceyzériat - 01, et 107 le 5 mars à la Tour de Salvagny - 69, ou encore, en 1984, 611 oiseaux en 39 groupes le 4 mars à Château-Gaillard - 01).

Grosbec casse-noyaux, photo France DUMAS© 2008
Grosbec casse-noyaux (nuptial), photo France DUMAS

Discret, le chant peut être entendu dès février, mais a plutôt lieu en mars, époque de la formation des couples ; il se prolonge au moins jusqu’à la fin de mai (un chanteur le 24 mai 1997 à Péronnas - 01). Les données locales sur la chronologie de la nidification restent rares. Diverses observations permettent cependant de déduire plus précisément la date de la ponte à la fin d’avril ou au début de mai, comme ces nourrissages signalés à la fin de ce dernier mois (le 20 mai 1978 à Samoëns - 74, le 23 mai 1982 dans l’Est Lyonnais). De même, l’envol se produit généralement en juin : un juvénile volant le 6 juin 1977 à Cruseilles (74), un autre le 13 juin 1984 à Sulignat (01).

La fluctuation des effectifs rend difficile l’appréciation de l’évolution du Grosbec en Rhône-Alpes. Il convient cependant de préciser que la possible expansion nationale n’a pas été décelée au niveau régional. La protection de l’espèce passe bien entendu par celle de ses milieux de prédilection, au premier rang desquels figurent les futaies de hêtres et de chênes. Par ailleurs, les tables de nourrissage peuvent ponctuellement favoriser sa survie hivernale.

Texte : Guillaume Allemand, Jean-Baptiste Crouzier
Photos : France DUMAS