Grive musicienne

Publié le mercredi 27 février 2008


Grive musicienne Turdus philomelos

Angl. : Song Thrush
All. : Singdrossel
It. : Tordo bottacio

Grive musicienne, photo France DUMAS © 2008
Grive musicienne, Photo France DUMAS

De catégorie faunistique européenne, la Grive musicienne se reproduit dans la majeure partie de l’Europe, en Asie centrale et sur le pourtour de la Mer Noire ; elle a été introduite dans le sud-est de l’Australie et en Nouvelle-Zélande. En Europe, seules la péninsule ibérique (en dehors des Pyrénées et des Monts cantabriques) et les zones riveraines de la Méditerranée ne sont pas habitées par l’espèce. La répartition en France correspond parfaitement à ce schéma.

Grive musicienne, photo France DUMAS © 2008
Grive musicienne, Photo France DUMAS

Dans notre région, l’espèce est présente un peu partout, depuis l’altitude d’environ 190 m près de Lyon (69) jusqu’à celle de 1 800 m en Oisans (38), mais un oiseau a été noté à 2 165 m à Bellentre (73) le 28 juin 1982. Aux altitudes les plus basses, l’espèce est relativement inféodée aux boisements frais tels que les ripisylves. Bien plus haut, en Vanoise (73) par exemple, ses densités sont maximales sur les versants ouest et nord, plus frais (Lebreton et Martinot 1998). Toutefois, en comparaison avec l’atlas précédent [R], la répartition rhônalpine de l’espèce présente un caractère nettement moins montagnard. Si cette Grive demeure rare dans la vallée du Rhône au sud de Lyon, dans la plaine du Forez (42), l’ouest de la Dombes (01) et la majorité des districts sub-méditerranéens, elle a incontestablement progressé dans le Val de Saône (01 - 69), la plaine de l’Ain (01), l’Ile Crémieu, la plaine de Bièvre, le plateau de Chambarand (38), le Tricastin (26) et la Basse Ardèche (07). L’absence de l’espèce dans certaines zones (nord-ouest de la Loire, nord de l’Ardèche, centre et sud-est de l’Isère) est surprenante et semble plutôt relever d’une prospection insuffisante. Les données régionales sur la densité des nicheurs sont peu nombreuses et ont surtout été collectées dans les zones subalpines : 0,3 à 0,6 couple / 10 ha dans les boisements résineux de Vanoise (Lebreton et Martinot 1998) ; 0,4 couple / 10 ha dans une pessière du Chablais ; 1,2 couples / 10 ha en hêtraie-pessière d’Arve-Giffre (74) ([R]).

Selon les années, les chants deviennent réguliers entre la première décade de février et la première décade de mars ; toutefois, ils ne sont pas exceptionnels en janvier : le 7 en 1990 à Rignat (01), le 19 en 1999 à Château-Gaillard (01), le 21 en 1995 aux Avenières (38), le 22 à la Valette (38) en 1982, le 23 à Château-Gaillard en 1993 et 1997, le 25 à Vénissieux (69) en 1982, le 26 à Clonas (38) en 1975 et à Génissiat (01) en 1982. Les activités vocales cessent généralement en juin mais peuvent parfois être entendues jusqu’à la mi-juillet. Dates tardives : 18 juillet 1996 à Pérouges (01), 19 juillet 1996 à Borne (07), 22 juillet 1995 à Burzet (07) et même 30 juillet 1996 à Passins (38). Seul un chant automnal a été signalé, le 14 octobre 1992 à Ceyzériat (01). Les données peu nombreuses sur la reproduction suggèrent que celle-ci est tardive dans notre région. Les premières pontes ne sont déposées que durant la dernière décade d’avril et des jeunes ne volant pas encore ont été observés le 22 juillet 1990 à Oullins (69) et le 23 juillet 1997 à Septème (38).

Grive musicienne, photo France DUMAS © 2008
Grive musicienne, Photo France DUMAS

Après la reproduction, notre région est traversée par de forts contingents de grives migratrices. Si, par exception, des oiseaux aux comportements de migrateurs ont été notés à Château-Gaillard le 26 août 1997, le passage automnal ne commence généralement que dans la première décade de septembre, ne se développe vraiment qu’à la fin de ce mois et culmine durant le mois d’octobre et les deux premières décades de novembre. D’après 194 reprises d’individus bagués, Rhône-Alpes accueille des oiseaux nés en Lituanie, Finlande, Suède, Pologne, Tchécoslovaquie, Allemagne et Suisse et des grives marquées en période de migration dans 17 pays européens y ont été reprises, essentiellement à la chasse. La Drôme puis l’Isère loin devant l’Ardèche totalisent le plus de reprises alors que les départements savoyards n’en recueillent qu’une à eux deux. Plus qu’une véritable désaffection de l’espèce pour la Savoie, ce déséquilibre traduit sans doute la forte tradition de la chasse aux Turdidés dans les départements méridionaux. Les oiseaux bagués à cette époque et, dans une moindre mesure, en période de reproduction en Rhône-Alpes se dirigent préférentiellement vers le sud-est (Vaucluse, Alpes de Haute-Provence, Var, Alpes Maritimes, Bouches du Rhône, Italie) mais aussi l’Espagne, plus rarement la Suisse et l’Allemagne (un cas chacune). Jusqu’au début des années 1980, les départements de l’Ardèche et de la Drôme semblaient constituer la limite septentrionale de la présence hivernale de l’espèce dans notre région (Thonnerieux 1981). Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Bien qu’en effectifs variables selon les rigueurs hivernales, la Grive musicienne est devenue un hivernant classique aux basses altitudes dans le Rhône, plus localement dans l’Ain. La migration prénuptiale débute parfois dès la fin du mois de janvier (plusieurs centaines d’individus en Basse Ardèche le 31 janvier 1982) et bat généralement son plein entre la mi-février et la fin mars. Toutefois, des oiseaux passent encore en avril et les tout derniers peuvent être notés jusqu’à la fin de ce mois : dates tardives le 29 avril 1991 à Dardilly (69), le 5 mai 1988 à Cruas (07).

Grive musicienne, photo France DUMAS © 2008
Grive musicienne, Photo France DUMAS

Etendant lentement sa répartition vers les plaines et le sud, la Grive musicienne ne paraît pas menacée dans notre région. Toutefois, la disparition de nombreuses haies du paysage agricole réduit les ressources alimentaires. De plus, la raréfaction des petits gibiers sédentaires reporte la pression de chasse vers les espèces migratrices. Dans notre région, la chasse de cette espèce après le mois de janvier est incompatible avec le respect de la Directive européenne 79/409 sur les oiseaux migrateurs.

Texte : Alain Bernard
Photos : France DUMAS