Grimpereau des jardins

Publié le mercredi 27 février 2008


Grimpereau des jardins Certhia brachydactyla

Angl. : Short-toed Treecreeper
All. : Gartenbaumläufer
It. : Rampichino

Grimpereau des jardins , photo Rémi RUFER © 2008

Espèce européenne, le Grimpereau des jardins habite l’Europe occidentale et méditerranéenne, ainsi qu’une partie de l’Afrique du Nord et de la Turquie ; il est cependant absent de Corse, de Sardaigne et des îles britanniques. Son aire de répartition est donc plus restreinte et méridionale que celle du Grimpereau des bois Certhia familiaris. Toutefois, le premier est dans notre pays bien plus commun et répandu que ce dernier et présente une répartition homogène sur tout le territoire, à l’exception des zones d’altitude. L’évolution du peuplement français est inconnue (Vansteenwegen 1998) et les évolutions d’aires entre les différents inventaires nationaux (Mayaud 1936, Yeatman 1976) sont seulement dues à de meilleures prospections de terrain (Orsini in [N]).

En région Rhône-Alpes, l’espèce est mieux représentée dans les milieux planitiaires à la condition exclusive qu’il s’y trouve au moins quelques arbres. D’une manière générale, les plus fortes densités se trouvent en dessous de 600 m. On trouve aussi le Grimpereau des jardins dans les forêts des étages collinéen et montagnard mais de façon moins marquée. Il pénètre dans les Alpes, remontant les vallées à la faveur des vergers et bosquets de feuillus, mais devient assez rare au dessus de 1 000 m ; il peut exceptionnellement monter plus haut comme par exemple jusqu’à 2 100 m dans les Alpes Maritimes (Laurent 1987), mais en Rhône-Alpes, les altitudes maximales notées sont de 1 100 m dans la haute vallée du Giffre, 74 (Desmet 1984), 1 310 m en hêtraie-sapinière de Haute-Ardèche (en sympatrie avec le Grimpereau des bois, en 1992), et même 1 400 m en hêtraie sur le plateau d’Ange à Claix (38) en mai 1973. L’absence de l’espèce des Monts de la Madeleine signalée lors du précédent atlas a été comblée lors de la dernière enquête. Son apparente rareté en Haute Ardèche est-elle liée à l’altitude ou à un défaut de prospection ? La densité varie de 2,4 couples/10 ha dans les sapinières du Pilat (42), à 3,6 couples/10 ha dans la ripisylve de Chautagne (73). Dans l’Allier voisin, Lovaty a trouvé 4,7 couples/10 ha en vieille futaie en 1974. Plus récemment enfin, 2,8 couples/10 ha étaient recensés en bois suburbain de feuillus à Oullins (69) en juillet 1990 (Renaudier et Mandrillon, inédit).

Malgré son nom, l’espèce n’est pas exclusivement liée aux jardins. Tous les types de boisements lui conviennent, qu’ils soient purs ou mixtes, mais elle évite les peuplements monospécifiques d’Epicéa ou de Douglas. L’espèce s’adapte sans problème à des milieux aussi variés que la ripisylve, la haie arborescente, un simple bosquet isolé en milieu ouvert et aussi les parcs urbains, comme celui de la Tête d’Or à Lyon, où il devient alors d’observation aisée. Les jeunes boisements linéaires de Robinier faux-acacia lui conviennent fort bien, ce qui explique son implantation dans des milieux surprenants comme le long de rocades ou de voies express en région lyonnaise par exemple. Sa préférence se porte cependant vers la vieille futaie (COA 1983), mais aussi à la ripisylve, notamment lorsqu’elles sont âgées et donc très riches en proies et en essences à troncs crevassés. Le Grimpereau des jardins est un sédentaire strict, ce que confirme sa seule reprise de bague : un oiseau capturé le 29 juillet 1974 à Chamonix (74) fut retrouvé mort au même endroit le 23 octobre 1975.

Grimpereau des jardins , photo Rémi RUFER © 2008

Les couples se forment à la fin de l’hiver et des chants commencent à retentir timidement aux derniers jours de décembre et en janvier ; la reprise des chants nuptiaux a lieu en février et atteint son paroxysme au début de mars, époque à laquelle les poursuites de couples sont souvent observées. Les chants sont encore très fréquents jusqu’en mai ; en juin et juillet, ils sont moins soutenus puis, en août, les oiseaux deviennent quasiment silencieux. Les pontes décomptées en Rhône-Alpes allaient de 2 (envol de 2 juvéniles d’un nichoir le 25 juin à Chaumont - 74, à 650 m, Prévost comm. pers.) à 6 (poussins de 4 jours le 15 mai 1968 à St Baldoph - 73). Une seconde ponte est parfois effectuée mais avec un nombre d’oeufs plus faible selon Orsini (in [N]) (ponte de 2 oeufs, déposée dans un nichoir mais sans succès à cause des frelons, en mai 1998 à Valleiry (74) ; la ponte précédente déposée par le couple contenait 4 oeufs et les poussins se sont envolés le 21 mai - Prévost comm. pers.), ce qui entraîne des éclosions jusqu’au début d’août. Le nid de petite taille, est installé dans un décollement d’écorce. En Tarentaise, deux nids différents étaient occupés dans des arbres morts : l’un à 3 m du sol contenait 4 oeufs, entre le tronc et l’écorce d’un sapin mort, l’autre se trouvait au sommet d’un tronc de 6 m de haut. La construction de nids contre des substrats artificiels ou rupestres a plusieurs fois été constatée : sous les toits de cabanons, dans les fissures ou lézardes de murs : à 8 m du sol à St Jean d’Ardières (69) en 1997, dans un château à Jujurieux (Bugey - 01, avril 1983), ou encore contre un édifice à la Tour de Salvagny (Monts du Lyonnais - 69, printemps 1987 et 1988). Citons enfin ce nid en construction dans la crevasse d’un rocher, dans une immense falaise surplombant une rivière en vallée de l’Ibie (07) en mars 1974. L’espèce apprécie parfois les nichoirs construits à son attention (Prévost comm. pers.). Le Grimpereau des jardins nourrit principalement ses jeunes avec des arthropodes. A la fin de l’été, les juvéniles ont quitté le couple et se mêlent alors aux rondes post-estivales de Paridés, alors que les adultes restent sur leurs territoires. Bien que le Grimpereau des jardins chante tous les mois de l’année, une reprise postnuptiale des chants est perceptible en septembre et se prolonge jusque en hiver.

L’espèce ne semble pas affectée par les hivers rigoureux ; à cette époque d’ailleurs, elle peut occasionnellement se nourrir au sol et en inspecter la litière. Des recherches sur les zones de sympatrie avec Certhia familiaris en région Rhône-Alpes seraient souhaitables. En l’état de nos connaissances, les populations de grimpereaux des jardins semblent stables en région Rhône-Alpes.

Texte : Alexandre Renaudier, André Ulmer
Photo : Rémi RUFER