Grèbe huppé

Publié le mercredi 27 février 2008


Grèbe huppé Podiceps cristatus

Angl. : Great Crested Grebe
All. : Haubentaucher
It. : Svasso maggiore

Sporadiquement distribué en Europe du sud de la Suède jusqu’aux rivages méditerranéens, ce Grèbe de l’Ancien Monde est essentiellement présent dans les deux tiers nord de notre pays. Il n’est, en dehors du pourtour méditerranéen fréquenté en bon nombre, qu’ irrégulièrement répandu au sud d’une ligne reliant Bordeaux à Grenoble, zone dans laquelle il est d’ailleurs en expansion.

Dans la région Rhône-Alpes, bien qu’un peu plus répandue et surtout deux à trois fois plus abondante, cette espèce possède une répartition très proche de celle du Castagneux. Au contraire de celui-ci, la faible discrétion du Grèbe huppé en période de reproduction permet des estimations d’effectifs assez précises. La Dombes accueille 1 400 à 1 600 couples nicheurs, la Bresse une trentaine. Le reste du département de l’Ain compte moins d’une vingtaine de couples. La Haute-Savoie en héberge environ 200 (3 ou 4 colonies sur le lac d’Annecy, 50-100 couples dans les gravières de la vallée de l’Arve, environ 50 sur le Léman). En Savoie, l’estimation de 270 couples pour le Bourget ([R]) ne semble plus actuelle puisque le nombre d’adultes estivants semble aujourd’hui y être bien supérieur aux effectifs nicheurs. Ainsi, avec 565 individus présents en juin 1995, seules 94 familles ont été recensées en août. Ce département semble compter 100-130 couples reproducteurs (80-100 pour le seul lac du Bourget, les autres se répartissant entre le lac d’Aiguebelette et quelques autres sites). La population iséroise est estimée à 75-100 couples nicheurs dont une cinquantaine dans l’Ile Crémieu et environ 25 dans le secteur Trièves-Oisans. La Drôme et l’Ardèche retiennent 25 à 35 couples dans la vallée du Rhône, les autres sites de ces départements et celui du Rhône ne comptant que quelques couples. La Loire, enfin, héberge environ 300 couples dans la plaine du Forez et moins de 10 ailleurs. Avec 2 160-2 425 couples, la région Rhône-Alpes compterait ainsi 43 à 48% des populations françaises estimées à 5 000 couples à la fin de la dernière décennie (Commecy in [N]).

Les altitudes les plus élevées atteintes par des nicheurs sont de 932 m pour les lacs de la Matheysine (38), de 1 075 m au lac de Devesset et de 1080 m au lac de Coucouron (07). Retenons aussi qu’un erratique non nicheur a été observé le 29 juillet 1973 au barrage de Roselend (73) à environ 1 900 m. Les "densités" sont très variables selon les sites. En Dombes, 2 couples pour 10 ha semblent la moyenne sans que de véritables colonies soient observées. Ce n’est pas le cas des lacs d’Annecy et du Bourget où les nicheurs isolés constituent l’exception. Nous ne possédons malheureusement pas de données sur l’importance de ces colonies. Les étangs de pisciculture constituent l’habitat principal de l’espèce dans notre région. Ceux-ci doivent posséder une surface d’eau libre d’au moins 1 ha. Dans les régions d’étangs, la structure de la végétation semble peu importer, les nids étant situés dans toutes les associations végétales inondées, assez souvent même à découvert. Sur les lacs, les plans d’eau issus de l’exploitation de granulats et les secteurs calmes des cours d’eau, la présence de l’espèce est fréquemment liée à l’existence de roselières. Signalée dès 1983 en Suisse (Géroudet 1987), l’occupation de ports lémaniques n’a été démontrée qu’en 1997 avec 2 couples nicheurs (un nid établi sur l’hélice d’un bateau, l’autre entre des flotteurs) à Evian. Au printemps, l’installation sur les étangs se produit parfois dès le mois de février, le plus souvent en mars. Les pontes sont parfois déposées dès la moitié de ce mois. Deux jeunes de 8 jours environ, observés à Saint Marcel en Dombes (01) le 31 mars 1997, indiquent même une ponte dans les derniers jours de février. Toutefois, la plupart sont trouvées d’avril à juin. La moyenne des familles rhônalpines est de 2,26 poussins (n = 246), légèrement inférieure à celle (2,4) observée dans le département de la Somme (Royer 1991). Si les pontes ou familles de 4 œufs / poussins sont fréquentes, celles qui sont supérieures sont presque exceptionnelles : nid à 5 œufs à Bouligneux (01), famille de 5 poussins à Birieux (01) le 5 juin 1994, nid à 6 œufs à l’étang de Veauchette (42) le 7 avril 1978. Un nid contenant 10 œufs (pontes de plusieurs oiseaux ? ) à Marlieux (01) le 17 mai 1964 échappe totalement aux normes. Inconnues jusqu’au début des années 1980, les nidifications automnales sont maintenant observées tous les ans, relativement plus fréquentes sur les cours d’eau ou les gravières que sur les étangs de pisciculture. Désormais habituels en septembre, des juvéniles ne volant pas encore sont parfois observés en octobre, voire même en novembre : le 1er à Sandrans et le 5 à Corveissiat (01) en 1995, le 2 à Lent (01) en 1996, le 15 à Miribel-Jonage (69) en 1981, le 16 en 1991 à Corveissiat ; 3 jeunes nourris par les parents du 2 novembre au 19 décembre 1992 à Annecy (74) restent exceptionnels. Toutefois, ces nidifications tardives sont peu productives, la moyenne n’étant alors que de 1,45 jeunes par famille.

L’hivernage est essentiellement noté sur les lacs alpins. Ainsi, il y eut 14.800 oiseaux sur les eaux françaises du Léman à la mi-janvier 1980, 15.000 individus sur le Bourget à la même époque en 1972 et 1973 (mais les effectifs d’hivernants sur ce lac ont été divisés par sept entre les années 1970 et les années 1990 - Avrillier et Miquet 1998). Les retenues de barrages jouent également un rôle important, l’effectif maximal noté sur celles-ci étant de 457 oiseaux sur la retenue de Coiselet (01 et 39) le 17 février 1991. Par contre, dans les régions d’étangs que le gel finit toujours par prendre, ne serait-ce que quelques jours, l’hivernage complet est exceptionnel même si les candidats à celui-ci peuvent parfois être nombreux : maximum de 403 en Dombes le 14 janvier 1996. Au vu de ces données, il est probable que Rhône-Alpes héberge le cinquième des 33.000 grèbes huppés hivernant dans notre pays (Rufray 1999). L’origine des oiseaux passant l’hiver chez nous n’est pas totalement connue puisqu’elle n’est suggérée que par 4 reprises haut-savoyardes d’oiseaux bagués en Suisse, dont un seul en période de nidification.

Au XIXième siècle et jusque dans le premier quart du XXème, l’espèce fut activement pourchassée par la plumasserie et, pour la majorité des auteurs d’alors, considérée comme rare, sa nidification étant par exemple inconnue en Savoie (Bailly 1853-54). Seule la région lyonnaise, et plus particulièrement la Dombes (Bernard 1909), étaient considérées comme bien peuplées. La désaffection de cette mode puis, bien plus tard, la protection des grèbes ont permis à cette espèce de reconstituer progressivement ses effectifs et de reconquérir les sites désertés. Dernièrement, une certaine tendance à tolérer le voisinage humain a permis au Grèbe huppé d’accroître encore ses effectifs qui n’ont, semble t-il, jamais été aussi élevés que de nos jours. Malgré cette bonne situation générale, la présence de grèbes huppés reproducteurs sur les lacs alpins et dans les secteurs calmes des fleuves et rivières passe par le maintien des roselières, milieu trop souvent en régression.

Alain Bernard