Grèbe esclavon

Publié le mercredi 27 février 2008


Grèbe esclavon Podiceps auritus

Angl. : Slavonian Grebe
All. : Ohrentaucher
It. : Svasso cornuto

De répartition arctique, ce petit Grèbe se reproduit tant en Eurasie qu’en Amérique du Nord, entre les 50ième et 70ième parallèles. Il ne niche donc pas en France, ses plus proches populations européennes étant situées en Ecosse et en Norvège méridionale. Les prospections engagées lors de la préparation de cet atlas nous ont pourtant laissé espérer une reproduction dombiste, tout à fait atypique.

Le 9 juin 1996, un adulte en plumage nuptial a en effet été observé à Bouligneux alors qu’il paradait activement en compagnie d’un grèbe à cou noir. Une offrande rituelle de végétaux précéda même une esquisse d’accouplement et permit d’envisager une hybridation entre deux espèces présentant d’évidentes ressemblances de plumage et de comportement nuptial. Malheureusement, si l’esclavon était bien revu une dernière fois le 23 juin, il ne manifestait plus aucune velléité reproductrice, ceci en relation vraisemblable avec l’abandon de la colonie mixte de guifettes moustacs et de grèbes à cou noirs précédemment installée en ce secteur de l’étang Forêt. Les dates de ces observations et leur nature ne peuvent manquer d’évoquer plusieurs données très similaires, de juin 1992. Le 23, un esclavon nuptial était alors découvert au sein d’une colonie d’une dizaine de couples de grèbes à cou noir, à Faramans, dans le sud de la Dombes. Accompagnant activement un couple paradant et construisant un nid, un esclavon mâle s’accouplait alors avec la femelle de grèbe à cou noir, celle-ci s’installant bientôt sur la plate-forme fraîchement installée. L’esclavon était retrouvé les 26 et 27 juin au sein de la colonie (en cours de couvaison), mais celle-ci était finalement désertée 15 jours plus tard à la suite d’un échec collectif et inexpliqué de la reproduction. Signalons également les parades nuptiales actives et les offrandes de végétaux observées en Dombes (01) encore, à Dompierre sur Veyle, au sein d’un petit groupe d’esclavons migrateurs suivi du 2 mars au 5 mai 1985 (Bernard et al. 1994) et de fin avril à début mai à Excenevex (74). Cette période est toutefois plus précoce que les précédentes et correspond classiquement au passage prénuptial de l’espèce, presque annuellement mis en évidence en Dombes, sur le Léman ou même en mer sur le littoral méditerranéen.

Cette série d’observations troublantes prélude peut-être à la découverte du premier cas de reproduction française (la mention " niche " retenue par Bernard (1909) dans son inventaire des oiseaux de l’Ain étant vraisemblablement erronée). Celle-ci pourrait évidemment être favorisée par l’attraction qu’exercent les colonies de grèbes à cou noir, les deux espèces se côtoyant parfois, tant en Europe (en Ecosse par exemple) qu’en Amérique (dans la province canadienne de l’Alberta). Dans l’attente d’une telle éventualité, les ornithologues rhônalpins pourront continuer d’observer entre novembre et mai des grèbes esclavons hivernant ou migrateurs. En effectifs toujours modestes, ceux-ci fréquentent essentiellement dans notre région le Léman, les lacs alpins et les retenues du Rhône, la majorité des hivernants français séjournant sur les côtes atlantiques et de la Manche (Rufray 1999).

Pierre Crouzier