Grèbe castagneux

Publié le mercredi 27 février 2008


Grèbe castagneux Tachybaptus ruficollis

Angl. : Little Grebe
All. : Zwergtaucher
It. : Tuffetto

Espèce de l’Ancien Monde, le Grèbe castagneux est répandu presque partout en Europe, ne manquant qu’en Scandinavie dont il n’occupe que le sud de la Suède.

En France, ce Grèbe est présent dans tous les départements, avec une fréquence plus faible au sud d’une ligne reliant Bordeaux à Grenoble.

Dans la région Rhône-Alpes, on le rencontre essentiellement dans les zones d’étangs (Forez - 42, Bresse, Dombes - 01, Ile Crémieu - 38), le long du sillon rhodanien (bien que rare dans la basse vallée) et de quelques autres cours d’eau (Ain, Isère, basse Ardèche), sans oublier les rives des lacs alpins (Bourget - 73 et, dans une moindre mesure, Léman - 74, mais pas Annecy) et les retenues collinaires d’Ardèche. Ailleurs, seules des nidifications plus ou moins isolées ont été signalées. Compte tenu de la discrétion de l’espèce en période de nidification, l’estimation des populations reproductrices n’est pas chose aisée. Celles du département de l’Ain s’élèvent à quelque 500-800 couples (Bernard et al. 1994) dont les trois quarts pour la seule Dombes (au moins 600 à 800 couples pour ce seul district en 2000). Le département de Haute-Savoie accueillerait 200-250 couples, la Savoie 30 à 100 couples, l’Isère seulement 40-50, dont 15-25 pour l’Ile Crémieu, l’Ardèche 40 à 90 couples en dehors de la vallée du Rhône. Il semble plausible d’estimer la population rhônalpine à 1 000-1 400 couples. Dans cette hypothèse, les effectifs rhônalpins constituent probablement le cinquième de la population nationale, estimée à 2 500-3 000 couples (Commecy in [N]), mais sans doute plus proche de 5 000 paires.

Les altitudes en période de reproduction sont remarquablement élevées. Dans l’Isère, ce Grèbe atteint 932 m sur les lacs de la Matheysine où Lavauden (1911) le citait déjà sur celui de Laffrey. Cette altitude est quelque peu dépassée (940 m) à Menthonnex en Bornes (74) et les records (nationaux) sont signalés à Lanarce (07) où cet oiseau se reproduit régulièrement à 1230 m. Un couple nourrissant des jeunes a même été noté à 1 455 m à Morzine (74) en 1994. Il est difficile de parler de densité des nicheurs. Au contraire des autres Grèbes, celui-ci ne forme pas de colonies et les couples sont très irrégulièrement répartis. Bon nombre d’étangs dombistes n’en hébergent qu’un couple et très peu, même les plus étendus et les plus favorables, plus d’une dizaine. Toutefois, en 1965, les 300 ha propices du marais des Echets (sud de la Dombes) retenaient 50 à 100 couples (Chabert et Reymonet 1966) et Meylan (1938) en citait 20 à 25 sur un étang proche de Villars les Dombes. Le Castagneux niche sur toutes sortes d’eaux calmes et peu profondes : étangs et rives de lacs, bras morts et zones calmes de rivières, le plus souvent abondamment pourvues en végétation dans laquelle il aime à se dissimuler. Çà et là (01, 73) des nidifications irrégulières se produisent sur des bassins de lagunage quasi nus de stations d’épuration ; un cas de reproduction a été même signalé à Ambérieu en Bugey (01) dans un marais de 0,5 ha presqu’entièrement atterri où ne subsistait plus qu’une flaque d’eau libre de quelques dizaines de mètres carrés ; un pré inondé a vu un couple nicher à Charnoz (01) en 1983. A l’occasion, l’espèce se reproduit dans des milieux très forestiers pourvu qu’elle y dispose de zones inondées suffisamment vastes. Sa discrétion durant la saison de reproduction et le fait que des milieux très fermés soient alors occupés conduisent vraisemblablement à sous-estimer fréquemment les effectifs.

Si les manifestations vocales peuvent être entendues durant tout l’hiver là où les oiseaux sont pratiquement sédentaires, ce n’est qu’à partir de février-mars qu’elles deviennent très fréquentes. Pour autant, ce Grèbe niche habituellement tard en saison, la plupart des pontes étant déposées en mai-juin. Les cas de reproduction plus précoces sont peu nombreux : jeunes d’environ 1 mois à Bouligneux (01) le 16 mai 2000, jeunes poussins au lac Saint André (73) le 1er mai 1967 et à Château-Gaillard (01) le 1er mai 1980, éclosions le 7 mai 1966 en Dombes, jeune déjà grand à Vonnas (01) le 16 mai 1985, juvénile de taille adulte à Joyeux (01) le 6 juin 1992. A l’opposé, quelques cas de reproduction sont connus en septembre : jeune non volant le 11 en 1996 à Lanarce (07), le 13 en 1990 à Château-Gaillard où un jeune de moins de 10 jours est vu le 22 en 1996, un juvénile de demi-taille adulte à Charnoz (01) le 21 en 1983, 2 très jeunes poussins à Birieux (01) le 14 en 1985. Les données régionales sur la taille des familles sont très peu nombreuses : seules 123 ont été dénombrées. 102 comptaient entre 1 et 3 jeunes pour une moyenne de 2,56 conforme à celle observée au niveau national (Commecy in [N]). Les observations de familles ou pontes supérieures à 6 poussins ou œufs sont exceptionnelles : nid à 7 œufs sur la réserve de Villars (01) le 11 mai 1969, famille de 7 poussins à Dardilly (69) le 1er juillet 1988.

Après la reproduction et en hivernage, le Castagneux délaisse volontiers ses mœurs individualistes pour se rassembler en troupes comptant quelques dizaines d’oiseaux (maximum de 130 sur un étang à Feurs - 42 - le 14 août 1989). Comme cela a été remarqué à l’échelle nationale (Commecy in [H]), les effectifs hivernant en Rhône-Alpes sont très nettement inférieurs au total des nicheurs et de leur progéniture. A condition qu’une grande partie des oiseaux, répartis sur de petits cours d’eau, n’échappent pas aux recensements hivernaux, les castagneux hivernant actuellement dans notre région seraient nettement moins d’un millier, de 335 en 1993 à 671 en 1997. A cette saison, les étangs, souvent pris par le gel, sont presque totalement désertés. Les oiseaux sont alors répartis sur les lacs alpins (512 en 1980, 572 en 1981 sur les eaux françaises du Léman) et sur bon nombre de cours d’eau, y compris sur de petits ruisseaux. Une telle disproportion entre les nicheurs et les hivernants démontre qu’une grande part des castagneux rhônalpins sont migrateurs. L’absence de baguage de l’espèce dans notre région nous empêche de savoir où ils vont. Par contre, les travaux de Gilliéron (1974) nous indiquent que les oiseaux hivernant dans la vallée du Rhône (Suisse) en amont immédiat du Léman proviennent essentiellement d’Europe centrale (Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie, ouest de la Russie, Hongrie). Trois de ces oiseaux hivernant en Suisse ont été repris en Rhône-Alpes : un à Taninges (74 - 35 km SO) 14 jours plus tard, un à Izernore (01 - 105 km O) 14 mois plus tard et un à Veyrier du Lac (74 - 35 km S) 35 mois plus tard.

Si nous disposons de peu de données sur l’espèce, celle-ci semble moins abondante qu’autrefois en Rhône-Alpes. En Dombes, la disparition du marais des Echets a entraîné celle des biotopes de 50 à 100 couples nicheurs. Dans ce district toujours, le recalibrage des berges d’étangs fait disparaître les ceintures de végétation propices à l’espèce. Dans la plaine de l’Ain, les pollutions de deux ruisseaux phréatiques, le Seymard et le Pollon, sont la cause de la raréfaction locale des populations de castagneux. Sur le Rhône et les lacs alpins, une mortalité non négligeable est occasionnée par les engins de pêche. Si les hivernants sont bien moins nombreux qu’autrefois, la raison doit probablement en être recherchée ailleurs qu’en Rhône-Alpes. Partout, le maintien du bon niveau des populations rhônalpines passe par le respect des bordures de végétation rivulaire des cours d’eau et par celui de profils de pente des berges d’étangs permettant aussi la présence de ceintures végétales suffisamment importantes.

Alain Bernard