Grèbe à cou noir

Publié le mercredi 27 février 2008


Grèbe à cou noir Podiceps nigricollis

Angl. : Black-necked Grebe
All. : Schwarzhalstaucher
It. : Svasso piccolo

Espèce de l’Ancien Monde (bien que présente en Amérique du Nord), le Grèbe à cou noir possède une vaste répartition sur le continent européen, depuis le bassin de l’Ob jusqu’au Guadalquivir. En dehors de l’ex U.R.S.S., seules existent çà et là de petites populations. Notre pays connaît quatre peuplements principaux : la Sologne, la Brenne et, en région Rhône-Alpes, la plaine du Forez (42) et la Dombes (01).

Dans notre région, comme presque partout en Europe occidentale, l’espèce occupe les étangs de pisciculture, qu’ils soient dombistes ou foréziens. L’indice “ probable ” recueilli en Bresse se rapporte au séjour d’un groupe d’oiseaux (maximum de 29 individus le 14 avril) sur l’étang Pontremble à Lescheroux du 23 mars au 6 juillet 1996, avec notamment des parades nuptiales en avril. Dans l’Ile Crémieu (38), où l’espèce ne semble jamais avoir niché, quelques observations printanières ont été effectuées sans que des comportements significatifs aient été relevés. Sur les eaux haut-savoyardes du Léman, quelques estivants sont notés occasionnellement. L’observation (très tardive) d’un couple avec 3 jeunes le 20 août 1995 sur le bassin du Grand Large constitue le seul cas de reproduction dans le département du Rhône. Tous les sites occupés se situent à une altitude inférieure à 400 m. Avec 300-350 couples dans le Forez et 200-300 en Dombes, la population rhônalpine représente plus de la moitié des effectifs français de l’espèce (850-1 150 paires, Bernard in [N]).

Pour nicher, l’espèce a besoin de massifs de végétation palustre plutôt lâche (association du Scirpeto-Phragmitetum, le plus souvent) alternant avec de petits plans d’eau libre. Toutefois, les étangs en première ou seconde année d’évolage et presque entièrement recouverts d’une dense végétation flottante sont parfois occupés. Déjà remarquée par Bernard (1909), l’association avec des colonies de Laridés est une règle à laquelle ne dérogent que peu d’oiseaux. En Dombes, seuls 3 à 5% des grèbes nichent en leur absence alors que ce pourcentage atteint 6 % en Forez. En ce dernier secteur, le nombre de jeunes grèbes produits sur des étangs sans Laridés est toujours inférieur à 5 %. L’avantage pour les grèbes (comme pour d’autres espèces, des Anatidés notamment) réside probablement dans la protection contre les prédateurs qu’offrent les Laridés, soit directement, par leur agressivité, soit par leurs alertes précoces qui permettent aux grèbes de camoufler à temps leurs œufs (Trouvilliez 1984).

Au “ printemps ”, les grèbes sont de retour en Dombes entre la dernière décade de février et la première de mars (dates extrêmes : 13 février 1990 et 15 mars 1980). Il semble en être de même pour le Forez. Dès ce moment, ces oiseaux stationnent traditionnellement sur quelques étangs, le plus souvent ceux occupés comme dortoirs par les mouettes rieuses. Les rassemblements peuvent alors dépasser la centaine d’individus. Les troupes les plus importantes comptaient 201 oiseaux le 27 mars 1989 et 304 le 19 mars 1990 à Marlieux (01). Le calendrier de reproduction du Grèbe à cou noir est réglé sur celui des espèces qui l’hébergent dans leurs colonies. Le plus souvent, ce sont des guifettes moustacs, moins fréquemment des mouettes en Dombes, mais l’inverse dans le Forez. La date la plus précoce pour un dépôt de ponte est le 10 avril 1966 et les premières éclosions ont été notées cette année là le 7 mai à Marlieux. Toutefois, l’observation d’un poussin d’environ 10 jours le 10 mai 1972 à Bouligneux (01) suggère une ponte entre le 5 et le 8 avril. A l’opposé, aucun poussin n’était encore éclos dans deux colonies dombistes le 3 juillet 1988 et un jeune était nourri par des adultes à Arthun (42) le 8 septembre 1973. Si les pontes comptent en moyenne de 3,0 (en Forez, Trouvilliez 1984) à 3,2 œufs (n = 84 couvées dombistes, Lebreton et al. 1991), le nombre de jeunes produits se révèle faible : 1,8 en moyenne seulement. Meylan (1938) a montré au marais des Echets l’existence d’une seconde ponte, peut-être normale. Les effectifs des colonies vont de quelques couples à une cinquantaine. Quelques valeurs supérieures ont été relevées occasionnellement : 60 couples à Arthun (42) en 1966, autant sur l’étang Vieux (42) en 1980, 70-80 nids à Arthun en 1972 et même 150 en plusieurs sous-colonies à Birieux (01) en 1993.

La dispersion postnuptiale intervient dès la seconde décade de juillet. Dès lors, des oiseaux peuvent être observés un peu partout ; l’observation la plus insolite étant peut-être cet oiseau vu le 29 août 1980 au Lac du Plan à 2 700 m d’altitude à Termignon (73) ! Bien que l’espèce y ait fourni des mentions tous les mois de l’année, aucun hivernage complet n’a été noté dans les régions d’étangs. Cet hivernage est essentiellement noté sur les lacs alpins et le haut-Rhône. Avec parfois plus de 4 000 oiseaux, dont le tiers pour les eaux françaises, le Léman constitue le site le plus important à cette saison dans notre région. Les effectifs des autres lacs alpins sont nettement plus faibles, avec, par exemple, 114 sur celui d’Annecy (74) et 151 sur le Bourget (73) en 1995. Malgré la reprise d’un oiseau bagué le 21 juillet 1987 à Villars les Dombes (01), le 30 septembre de la même année sur le Lac d’Annecy, les oiseaux rhônalpins n’hivernent probablement pas, ou très peu, dans notre région. Les hivernants sont d’origine tchèque, mais aussi, vraisemblablement, en provenance de toute l’Europe centrale (Géroudet 1987). Deux oiseaux dombistes ont été repris durant l’automne ou l’hiver ayant suivi leur marquage, l’un à Peyriac de Mer (Aude), le second dans la province de Rovigo (Italie). Il n’est pas exclu qu’il existe un brassage de populations comme le suggère la reprise à Craintilleux (42) le 13 juillet 1990 d’un oiseau bagué poussin le 29 juillet 1986 à Bouligneux (01).

L’apparition de l’espèce comme nidificatrice en Rhône-Alpes et en France est relativement récente, Bernard (1909) semblant en avoir apporté la première preuve en 1909 en Dombes. Depuis, l’espèce paraît nicher régulièrement en Dombes et Forez. Toutefois, les effectifs semblent soumis à des variations annuelles importantes. Ainsi, en Dombes, certaines années ne voient la reproduction que d’environ 200 couples alors qu’il y en eut jusqu’à 400 à la fin des années 1970. La reproduction d’un couple au Pouzin (07) en 1983 est restée sans suite. L’emploi de désherbants et le faucardage des étangs durant la période de reproduction constituent des risques importants pour les oiseaux nicheurs et leurs jeunes.

Alain Bernard