Grand Tétras

Publié le mercredi 27 février 2008


Grand Tétras Tetrao urogallus

Synonyme : Grand Coq de Bruyère

Angl. : Capercaillie
All. : Auerhuhn
It. : Gallo cedrone

Le Grand Tétras est une espèce eurosibérienne-boréalpine, divisée en 7 sous-espèces dont 2 sont présentes en France. La sous-espèce T. u. major habite les Vosges, le Jura et proparte les Alpes, la sous espèce aquitanicus est présente dans les Pyrénées. La chasse du Grand Tétras est interdite en Haute-Savoie depuis 1967, dans l’Ain et la Savoie depuis 1974. Les mâles de T. u. aquitanicus sont classés gibier dans 6 départements des Pyrénées.

En Europe, le Grand Tétras est en régression générale tant en aire occupée qu’en densité des peuplements ; on le rencontre en Scandinavie, en Ecosse, en Europe centrale : Pologne, Slovaquie, Roumanie, Slovénie, ex-Yougoslavie. Il est aussi présent en Espagne et, dans une grande partie de l’arc alpin.

En France, les effectifs sont en baisse régulière depuis de nombreuses années. Les Vosges n’abritent plus que 300 adultes (Menoni 1994) le massif du Jura 400, les Alpes moins de 20 (Huboux, inédit). La population des Cévennes, issue de lâchers, compte une cinquantaine d’oiseaux hybrides de T. u. major et de T. u. aquitanicus. Enfin, les Pyrénées hébergent un effectif relativement stable, compris entre 3 150 et 5 400 adultes (Catusse et al. 1992).

Le Grand Tétras a été trouvé fossile dans l’Isère et la Drôme et les datations les plus anciennes font état de sa présence dans ces départements depuis au moins 13 000 ans (Couturier 1972, 1980, Avagnina 1999). Son apparition sur les hauts-plateaux du Vercors coïncide parfaitement avec le retrait du glacier qui les recouvrait. Lavauden (1911), reprenant Bouteille (1843), le considère comme disparu de la faune dauphinoise, tout en précisant qu’il était présent jusque vers 1875 dans le Haut-Vercors et la région d’Allevard (38). La régression de l’espèce est signalée de la même manière en Savoie où, selon Bailly (1853-54), l’espèce était trouvée assez facilement dans les années 1820-1830, surtout en Maurienne, en Tarentaise et vers Chamonix, alors que cela n’était plus le cas vingt ans après. Ce Tétras subsista longtemps dans le Chablais (74), où Berthet (1936) connaissait quelques couples se reproduisant depuis 1910 au moins. Il y a trente ans (1969), le Grand Tétras était selon Lebreton ([R]) accidentel en Beaufortin. Quelques massifs de Haute-Savoie hébergeaient encore une quarantaine de mâles chanteurs en 1975 ; ils ont quasiment disparu depuis. La population rhônalpine représente aujourd’hui environ 2 % des effectifs nationaux et plus de 15 % pour la sous-espèce major. L’est de la Haute-Savoie compte encore quelques Grands Tétras ; un arrêté de biotope intègre l’habitat du coq sur les communes de Verchaix, Taninges et Les Gets (74), où il reste peut-être quelques individus comme à Sixt (74 ; place de 2 coqs) ; il a disparu du massif des Voirons (74) avant 1992 (Huboux 1992). Les comptages au chant dans le Jura suisse ont permis de déterminer 160 coqs soit quelque 320 adultes dans une population en régression comprenant des isolats très menacés (Neet 1996). La population totale de la chaîne jurassienne franco-suisse est actuellement proche de 700 adultes. L’estimation de Leclercq (1987) pour le département du Jura est de 160 à 200 tétras. De 120 adultes en 1995, l’effectif 1998 du Doubs est sans doute inférieur à 100. On rencontre dans l’Ain la partie méridionale de cette population avec 80 à 90 adultes en 1998, contre 125 il y a quelques années (Saint-Oyant 1990). Pour la période de l’enquête (1993-1998), les estimations d’effectifs rhônalpins sont comprises entre 80 et 120 Tétras adultes.

Les dernières zones qui accueillent des places de chant de plusieurs coqs et des sites de nidification sont situés sur la haute chaîne du Jura (près de 60 tétras) ; le plateau de Champfromier et le Crêt de Chalam (01- moins de 20 tétras). Toujours dans l’Ain, trois zones périphériques, Crêt Mathieu (3 adultes), Echallon nord (3 adultes) et le plateau de Retord (6 adultes), sont les plus menacées de disparition. Des relations existent entre les différentes sous-populations pour lesquelles nous avons observé des déplacements d’oiseaux en vol direct sur 3 à 15 km.

Le Grand Tétras est un hôte des forêts de résineux de la zone boréale paléarctique et de la taïga. Dans les Alpes et le Jura, on le trouve encore dans les futaies de vaste superficie présentant une structure variée avec une strate arborescente dont le taux de recouvrement est inférieur à 80 % (Leclercq 1981). Le développement de la strate herbacée ou de ligneux bas doit en revanche être supérieur à 30 %, l’idéal étant de 70 à 80 %. Le Grand Tétras fréquente donc les hêtraies-sapinières et les pessières d’altitude, de 950 m à 1 650 m dans l’Ain et de 1 000 m à 1 550 m en Haute-Savoie. Il s’agit généralement de futaies jardinées qui présentent un mélange hétérogène de résineux et de feuillus. Les vieilles futaies d’épicéas et de sapins de structure très claire où les myrtilliers sont abondants, le groupement subalpin supérieur, l’association d’épicéas et de pins à crochets ou la pinède à (Pinus uncinata) abritent les derniers coqs. Enfin, les prés-bois, imbrications de la forêt et du pâturage qui se raréfient dans la chaîne jurassienne, ont toujours été favorables à l’espèce.
Les densités sont généralement proches de 2 Tétras pour 100 hectares de forêt : 2,3 adultes / 100 ha pour 11 années d’étude en forêt de Risoux (39 - Leclercq 1987) ; 3 à 4 adultes / 100 ha dans les milieux favorables de Suisse (Dändliker et al. 1996). Le plateau de Retord (01) héberge moins de 1 adulte pour 100 ha de forêt alors que le secteur des Brillonnes, Crêt de la Neige (01), milieu de grande valeur écologique, on a trouvé 5,8 adultes / 100 ha, voire localement plus de 8 Tétras pour 100 ha de forêt (Saint-Oyant 1992). Les derniers comptages en forêt de Champfromier varient de 1,2 à 2,2 adultes / 100 ha.

Le Grand Tétras est une espèce sédentaire aux déplacements limités et à faible productivité. La longévité des coqs peut dépasser 10 ans mais de l’œuf à l’adulte, la sélection est très rude. Chez cette espèce polygyne (un seul coq peut assurer localement la paternité de tous les jeunes de l’année), la reproduction débute par le chant près des sites d’hivernage en mars-avril, puis sur les places de chant généralement à la mi-avril. Les poules fréquentent les arènes à la fin du mois d’avril et au début du mois de mai. Leur présence est donc brève alors que les coqs sont observés jusqu’à la fin de mai, voire le début de juin sur l’arène. La ponte commence durant la deuxième quinzaine de mai peu après les accouplements, 6 à 8 œufs sont pondus au sol (ponte moyenne dans le Jura 7,5 ; n = 26 Leclercq 1987). Les familles sont généralement composées de 2 à 5 jeunes (3,2 ; n = 10) dans l’Ain, de 1 à 7 jeunes par nichée (3,5 ; n = 20) dans le Jura. Les printemps froids et pluvieux ont une incidence directe sur la reproduction qui est pratiquement nulle certaines années. La dispersion des jeunes a lieu en automne ; ils doivent acquérir un poids suffisant pour passer l’hiver dans de bonnes conditions. L’alimentation hivernale et printanière peu nutritive est composée d’aiguilles de sapins et de pins à crochets, de genévriers rampants et de bourgeons de hêtres.

La régression des effectifs régionaux est une conjonction de plusieurs causes intimement liées et qu’il est difficile de dissocier. La sylviculture et l’élevage modèlent le milieu montagnard qui ne présente plus une structure optimale pour accueillir le Grand Tétras (plantations denses d’épicéas, peuplements trop fermés), ce qui entraîne la disparition du Grand coq qui est le colonisateur de la forêt boréale au stade climacique de son développement. A la fermeture du milieu forestier, à la régularisation des peuplements pour une exploitation dite rationnelle de la forêt et à la déprise du pastoralisme en montagne s’ajoutent le tourisme hivernal et estival (Menoni (1994) estime que le dérangement provoqué par les skieurs sur et hors des pistes élimine les grands tétras sur 80 à 100% du domaine hivernal potentiel), la création et le développement d’un réseau de routes et pistes forestières, l’augmentation des effectifs de sangliers (Sus scrofa) qui peuvent détruire les pontes (Mueller 1981), la divagation printanière des chiens, le braconnage. La pression de prédation (Autour, Renard, Martre, Aigle Royal) et les aléas climatiques (froid, pluie ou neige sur les couveuses ou les nichées) ne sont que des facteurs aggravants pour une population en constante diminution. Ce sont l’évolution négative du milieu et l’augmentation croissante du dérangement en forêt en toutes saisons qui sont les principales causes de la disparition du Grand Tétras. A l’instar de la population nationale, la population rhônalpine de grands tétras, actuellement proche d’un seuil critique, est menacée d’extinction à brève échéance. L’espèce pourrait s’éteindre à court terme dans la région si des mesures de préservation et un contrôle strict de leur application ne sont pas prises sur les massifs encore occupés.

Régis Saint-Oyant