Grand Cormoran

Publié le mercredi 27 février 2008


Grand Cormoran Phalacrocorax carbo

Angl. : Great Cormorant
All. : Kormoran
It. : Marangone

Grand cormoran en vol, photo Rémi RUFER © 2008

L’espèce est partiellement protégée depuis l’arrêté ministériel du 2 novembre 1992 plaçant Phalacrocorax carbo sinensis dans la liste des espèces susceptibles d’être soumises à des mesures de limitation en cas de nécessité et pour assurer le maintien des équilibres biologiques. Originaire de l’Ancien Monde, le Grand Cormoran est une espèce polytypique. Son aire de répartition est vaste puisqu’il est présent sur les cinq continents, depuis les côtes atlantiques nord-américaines jusqu’au Pacifique, en passant par la partie centrale des continents européen et asiatique (Cramp et Simmons 1977, [E]).

Les effectifs nicheurs en Europe sont assez bien connus, mais leur estimation est devenue délicate à cause du formidable accroissement démographique au cours des 30 dernières années. En 1993, Trolliet évaluait l’ensemble de la population européenne à 93 000 couples, alors que Marion et al. (in [E]) avancent une fourchette comprise entre 140 000 et 145 000 couples.

En France, l’effectif nicheur, augmentant de 10 % par an, avoisinait 2 100 couples en 1993. Si l’augmentation des populations littorales est soutenue, de l’ordre de 20 % (Trolliet 1993), celle des populations continentales apparaît très réduite (Lebreton et Gerdeaux 1996).

L’évolution des indices de reproduction en Rhône-Alpes est représentative de l’évolution du statut de l’espèce au plan national au cours des vingt dernières années. En 1976, aucun indice de reproduction n’existait dans la région ; il y en a 13 aujourd’hui : 12 possibles et 1 probable. La reproduction du Grand Cormoran est envisageable à moyen ou long terme en Ardèche, Drôme, Isère et dans l’Ain. Un cas de nidification ancien (1937) fut suspecté dans la région de Birieux (01) par Berthet (in Lebreton et al. 1991). Plus récemment, toujours en Dombes, deux autres cas de reproduction ont été soupçonnés à Bouligneux en 1984 et à Saint-Paul de Varax en 1986. A Viviers (07), un nid a été construit et un adulte en position de couveur y a été observé les 6 et 10 mars 1999. Le nid est ensuite tombé. Par ailleurs, des estivants y sont notés presque tous les ans. Plusieurs individus ont été observés à proximité de nids dans une corbeautière du Val de Saône. De même, des transports de branches ont été observés sur le Rhône en mars et avril 1997 et 1998 à l’île de la Platière (38). L’ensemble des indices de reproduction supposée sont situés à proximité immédiate du réseau hydrologique majeur : Rhône, Drôme, Ain, Saône, Isère, ou de grands plans d’eau comme celui du Bois français à Saint-Ismier (38). Ces sites sont compris entre 100 et 800 m d’altitude, la majorité d’entre eux étant situés entre 200 et 300 m. L’ensemble de ces éléments ne confère cependant pas au Grand Cormoran le statut de nicheur pour la région puisqu’aucune preuve de nidification certaine n’a été apportée.

A l’intérieur du continent, le Grand Cormoran est inféodé à la proximité de cours d’eau et de bassins lui permettant un accès rapide à une nourriture abondante ([N]). Les confluences et les embouchures de cours d’eau sont des sites de prédilection pour l’installation des colonies (Géroudet 1959). Aucun habitat différent d’autres milieux naturels fréquentés ailleurs en France continentale par le Grand Cormoran n’est à signaler en Rhône-Alpes. Jusqu’à la fin des années 1980, les migrateurs postnuptiaux étaient régulièrement observés en nombre dans la région courant septembre : date moyenne jusqu’à 1991 le 23 septembre (n = 24), les plus précoces étant observés dès juin-juillet (un oiseau à Lapeyrouse - 01 le 21 juin 1986). Depuis le début des années 1990, les mouvements réguliers et en nombre sont nets dès le mois d’août. A partir du mois d’octobre, l’hivernage s’installe. Depuis 1992, la France est devenu le principal pays d’hivernage en Europe ([E]). L’effectif est passé de quelques milliers d’individus à la fin des années 1970 à plus de 66 000 en 1992, soit un taux d’accroissement de 15 % par an (Marion 1994). pour atteindre en 1997 environ 72 800 ± 1 800 individus regroupés en 467 dortoirs (Marion 1997c). A l’échelle régionale, ce schéma apparaît comme une suite logique à l’évolution générale des effectifs hivernant depuis le début des années 1980 (Marion 1994). L’hivernage régional au cours des années 1995 à 1997 est compris entre 6 000 et 8 000 individus, soit 11 % de la population hivernante française. En 1998, on peut considérer que le nombre des grands cormorans fut équivalent à celui des trois années précédentes, puisque 5 483 individus hivernèrent dans la région (hors des départements de l’Ain et de la Haute-Savoie non recensés). Dès février, les premiers mouvements touchent les principaux sites d’hivernage, la dernière quinzaine de mars enregistrant la majorité des mouvements de départ. L’évolution récente montre qu’il est aujourd’hui difficile en Dombes de distinguer les oiseaux tardifs des estivants et des retours précoces.

La gestion du Grand Cormoran ne peut s’inscrire que dans une politique globale de la faune. Les problèmes qu’il cause sur les zones humides de la région Rhône-Alpes, en particulier en Dombes, ne sont pas le fait d’un nombre très réduit de nicheurs possibles mais d’hivernants nordiques pour lesquels des mesures de protection efficaces ont été développées dans les pays où ils se reproduisent ([N]). Dans ce contexte particulier, toute action pouvant aboutir à un compromis de gestion globale entre les différents acteurs pour prendre en compte le “problème Cormoran” serait la bienvenue (CORA 1994).

Texte : Olivier Iborra
Photo : Rémi RUFER