Grand Butor

Publié le mercredi 27 février 2008


Grand Butor Botaurus stellaris

Synonyme : Butor étoilé

Angl. : Great Bittern
All. : Rohrdommel
It. : Tarabuso

Nichant dans les zones tempérées paléarctiques, cette espèce est aussi présente en quelques secteurs extrêmement limités du Maghreb et du sud-est de l’Afrique. Du sud de l’Espagne à la Finlande, du Pays de Galles à la Turquie, ses exigences biologiques deviennent de plus en plus difficiles à satisfaire, compte tenu de la raréfaction constante des vastes roselières.

En France, Duhautois (1984) estimait la population à 320 couples nicheurs : un premier tiers nicherait sur le littoral méditerranéen occidental (en Camargue et dans l’Hérault essentiellement), un second de la Picardie aux Ardennes, les autres oiseaux étant essentiellement répartis en Brenne (15 couples), Sologne (20-30) et Brière (20-30).

Exclue de cette énumération, la région Rhône-Alpes n’est donc que très marginalement peuplée, comme le confirment les prospections engagées dans le cadre de cet atlas. Très classiquement et conformément aux données collectées durant les dernières décennies, la présence du Butor en période de nidification n’a été notée qu’en Dombes (01), en plaine du Forez (42) et dans l’extrême nord de l’Isère (Ile Crémieu). Le Grand Lemps (Bas-Dauphiné - 38), où son chant fut noté de 1976 à 1984, puis à nouveau en 1989, paraît aujourd’hui déserté. Cette rareté géographique est aussi numérique puisque l’effectif dombiste, après avoir, en 1991, concerné un maximum de 4 à 5 chanteurs, paraît aujourd’hui réduit de moitié et que l’Ile Crémieu et le Forez n’abritent peut-être plus que des chanteurs isolés. Ce constat inquiétant met en évidence l’extrême précarité des populations régionales, même si les mœurs essentiellement nocturnes du "Bœuf des marais" peuvent nous conduire à de légères sous-estimations. Toutefois, comme le soulignait l’atlas précédent [R], cette rareté, loin d’être aberrante, s’explique par les exigences biologiques de l’espèce. Le Butor ne niche en effet que dans les grandes roselières peu dérangées. Les étangs dombistes et foréziens, voués à l’élevage piscicole et à des assecs réguliers, n’offrent souvent que des phragmitaies ou des scirpaies de surface généralement trop exiguë et de structure trop morcelée pour lui convenir.

Dans nos régions, le chant débute au plus tôt à la fin de mars (date précoce : 20 mars 1988 à Lapeyrouse - 01, alors qu’il peut être entendu dès la fin de février en Camargue) ; il culmine en avril-mai et s’interrompt au plus tard en juin (chant tardif le 23 juin 1986 à Birieux - 01).

La polygamie propre à l’espèce complique l’évaluation du nombre d’oiseaux nicheurs : en effet, si certains mâles peuvent s’accoupler avec plusieurs femelles, d’autres chanteurs demeurent vraisemblablement célibataires. Ces mœurs, originales chez des Ardéidés, amènent aussi des mâles "dominants" à chanter régulièrement en plusieurs points de leur territoire, ce qui peut conduire à certaines surestimations. Celles-ci ne sont cependant pas à craindre dans notre région, du fait du morcellement des sites favorables et de la rareté de l’espèce. Signalons toutefois la présence régulière au début des années 1990 de deux chanteurs simultanés sur le même étang dombiste.

Très discrets lorsqu’ils ne chantent plus, les butors rhônalpins engagent vraisemblablement une migration automnale comme le font les oiseaux du nord et de l’est de l’Europe, les populations britanniques, hollandaises et méditerranéennes étant pour leur part au moins partiellement sédentaires [N]. Il est en tout cas évident que la région Rhône-Alpes accueille chaque hiver des oiseaux migrateurs, un mouvement local se dessinant en Dombes dès septembre. Arrivant essentiellement à partir de novembre, ces butors peuvent alors être observés dans des milieux moins spécialisés (comme cette phragmitaie de quelques mètres carrés au bord d’une drague bressane le 27 novembre 1986) ou en des sites où l’espèce ne niche pas (l’Etournel - 01/74 ; les lacs d’Annecy - 74 et du Bourget - 73, le Delta de la Dranse - 74, l’embouchure de la Drôme - 26, les lônes de l’Ain et du Rhône...). Débute alors une rude période pendant laquelle l’espèce peut souffrir des rigueurs hivernales, de captures dans des pièges autrefois destinés aux rats musqués (Ondatra zibethicus), de méprises (?) cynégétiques comme en attesta ces dernières années encore la découverte (en Dombes) de cadavres criblés de plombs.
N’ayant sans doute jamais été abondant dans notre région, le Butor s’y trouve aujourd’hui au seuil de l’extinction. Il ne pourra y subsister qu’à la condition de voir sauvegardées et durablement protégées les vastes roselières qu’il affectionne et bien évidemment respecté le statut de protection juridique totale qui est le sien.

Pierre Crouzier