Gorgebleue à miroir

Publié le mercredi 27 février 2008


Gorgebleue à miroir Luscinia svecica

Angl. : Bluethroat
All. : Blaukehlchen
It. : Pettazzuro

De catégorie faunistique paléarctique, cette espèce, à travers plusieurs sous-espèces, est répandue de l’Espagne jusqu’à la Sibérie et l’Alaska. En Europe, la Gorgebleue n’est bien représentée qu’en Scandinavie, en Pologne, dans les pays baltes et l’ancienne Union Soviétique. Dans l’ouest et le centre de notre continent, la distribution est par contre très sporadique.

En France, la sous-espèce namnetum est localisée aux zones littorales atlantiques, du sud du Finistère jusqu’à la Gironde, alors que la sous-espèce cyanecula se reproduit en Baie du Mont Saint Michel, dans la Somme, le Nord, l’Aisne, en Alsace et dans les bassins fluviaux du nord-ouest du pays. Les deux races ont été trouvées nicheuses récemment en baie du Mont Saint Michel (Eybert et al. 1999).

Durant l’enquête du présent atlas, des indices d’une reproduction certaine ou probable n’ont été recueillis qu’au confluent Ain / Rhône, au marais de Lavours (01), en Chautagne et au sud du lac du Bourget (73). Les indices de reproduction possible se rapportent probablement tous à des migrateurs, bien que la mention d’un oiseau à Aoste (38) le 24 mai 1997 paraisse bien tardive. Les exigences écologiques de l’espèce en Rhône-Alpes sont peu différentes d’un site à l’autre. Au marais des Echets comme ailleurs en Dombes (01) naguère et encore de nos jours au marais de Lavours, les oiseaux se cantonnent dans des phragmitaies plus ou moins mêlées de buissons de saules ou d’aulnes glutineux. Au confluent Ain / Rhône, les oiseaux habit(ai)ent préférentiellement les saulaies pionnières à proximité du cours de la rivière ou le long de bras morts. Une sous-strate de plantes herbacées (orties, solidages, carex) est partout appréciée pourvu qu’existent aussi des plages boueuses ou sableuses sur lesquelles les oiseaux peuvent rechercher leur nourriture. En Chautagne, les gorgebleues fréquentent les bords des fossés dans des peupleraies ou en limites de cultures. La majorité des sites occupés sont situés entre 200 et 400 m d’altitude. Par exception, un mâle chanteur de la race type L. s. svecica à miroir roux (tous les autres appartenant à la race à miroir blanc L. s. cyanecula) a été entendu à 1 880 m sur des rumex (Rumex sp.) le 1er juin 1983 à Samoëns (74). Une nidification certaine a eu lieu en 1983 en Haute- Maurienne (73) à environ 1800 m. d’altitude (Giannatelli in Mingozzi et al. 1988). Si l’exiguïté des milieux favorables laisse apparaître des densités spectaculaires de chanteurs (jusqu’à 10 / 1 ha au confluent Ain / Rhône le 4 juin 1974), la réalité en matière de nidification est bien différente. Au marais de Lavours, le sex-ratio est très déséquilibré en faveur des mâles puisque les captures démontrent l’existence d’une femelle pour 4 à 6 mâles. Cette situation s’explique au moins partiellement par les cantonnements provisoires de jeunes mâles, plus “ mobiles ” que les oiseaux plus âgés. La répartition des nicheurs n’étant pas homogène, la présence de 8 couples / 10 ha en Chautagne paraît une situation optimale dans notre région.

Au printemps, les premiers oiseaux sont observés à la date moyenne du 23 mars (n = 28 années, entre 1963 et 1999), avec des dates précoces du 10 mars 1980 à Saint Laurent du Pont (38) et les 13 mars 1990 (confluent Ain / Rhône) et 1999 (marais de Lavours). Bon nombre d’observations démontrent que la migration prénuptiale se déroule jusqu’à la mi-avril au moins. Le passage et l’arrivée des mâles semblent précéder ceux des femelles qui ne sont notées que dans la dernière décade de mars. C’est à partir de ce moment que doivent se fixer les nicheurs locaux. La discrétion de l’espèce explique que son cycle de reproduction nous échappe en grande partie. Les chants sont entendus dès l’arrivée des oiseaux et jusqu’au début de juin (dates tardives : 18 juin 1984 à Villars-les-Dombes - 01, 4 juillet 1987 à Miribel-Jonage - 01, 69). Des nourrissages ont été notés entre le 11 mai (1980 au confluent Ain / Rhône) et le 3 juillet (1974 aux Echets), ce qui indique des pontes entre les derniers jours d’avril et le 20 juin.

Les départs automnaux semblent précoces et discrets, les sites de reproduction paraissant désertés entre la fin de juillet et la seconde décade d’août. Les adultes semblent migrer plus tôt (dernière mention le 9 septembre, en 1995) que les jeunes qui fournissent probablement les données tardives (dates extrêmes : 16 octobre 1971 au confluent Ain / Rhône, 11 et 25 octobre 1997 à Motz - 73, le 3 décembre 1994 à Colonzelle - 26). Un oiseau marqué en Belgique fin août 1989 a été repris 14 jours plus tard dans l’Isère, alors qu’une femelle baguée en septembre 1988 à l’Etournel (01 - 74) a été retrouvée en juillet 1989 et avril 1991 sur le même site en Allemagne. Des oiseaux bagués respectivement en mai à Miribel (01) et en juin 1987 à Lavours (01) ont été capturés en octobre et août de la même année en Camargue. Deux mâles marqués dans le nord-est de l’Espagne le 22 août 1997 et le 28 septembre 1996 ont été contrôlés au marais de Lavours au printemps 1999 ; une femelle baguée le 21 février 1997 au nord de Barcelone s’est reproduite au marais de Lavours en 1998 et 1999. Ces données donnent des indications sur les voies de migration des oiseaux rhônalpins et leur fidélité à leurs sites de reproduction. Leurs quartiers d’hivernage sont inconnus.

La Gorgebleue est caractéristique de milieux humides en évolution. Pérenniser les populations d’une espèce soumise à un fort dynamisme de ses biotopes apparaît bien difficile. Les sites occupés ne lui sont que provisoirement propices et la croissance de la végétation ne tarde pas à l’en chasser. La rectification de certaines parties du Haut Rhône et la chenalisation “ naturelle ” de l’Ain à sa confluence avec le Rhône ont fait disparaître des milieux favorables sur leurs rives. Il importe de laisser aux derniers cours d’eau “ libres ” la possibilité de modifier leur lit et de recréer des milieux pionniers. Un entretien concerté de la colonisation arbustive et une gestion des niveaux d’eau des zones inondables peuvent également permettre le maintien de cet oiseau dans l’avifaune rhônalpine.

Yves Beauvallet
Alain Bernard