Goéland leucophée

Publié le mercredi 27 février 2008


Goéland leucophée Larus cachinnans

Angl. : Yellow-legged Herring Gull
All. : Weisskopfmöwe
It. : Gabbiano reale zampegialle

Le Goéland leucophée se reproduit depuis les Açores à l’ouest jusqu’à la mer d’Aral à l’est, mais sa répartition est peut-être plus étendue en Asie, la systématique de ces populations n’étant pas encore clairement établie.

En France, l’espèce était confinée aux rivages méditerranéens au début de ce siècle. Progressivement, de nombreuses zones favorables du sud-est de notre pays, mais aussi le cours du Rhin, la vallée de la Garonne et le littoral atlantique des Pyrénées-Atlantiques au Morbihan ont été conquis et la population nationale peut être estimée à quelques 30.000 ou 50.000 couples (Yesou et Beaubrun in [N]).

Dans notre région, des preuves de reproduction ont essentiellement été apportées le long du Rhône, du sud de l’Ardèche jusqu’à la latitude de Montélimar, autour de l’agglomération lyonnaise et, après un hiatus surprenant, de Belley (01) à la frontière suisse. De petites populations, voire des couples isolés, nichent également en Dombes (01), autour des lacs du Bourget (73) et d’Annecy (74), dans l’Ile Crémieu et au barrage de Monteynard (38). Les effectifs rhônalpins se situent probablement dans la fourchette 100-200 couples dont la moitié se trouvent dans la Basse Vallée du Rhône.

Les nids sont établis le plus fréquemment au sol, que ce soit sur des iles ou des gravières du haut-Rhône, des ilôts destinés à la nidification des Anatidés en Dombes, sur des digues du Rhône ou sur des sites plus insolites : balise et épave à Cruas (07) en 1984, pilotis à l’embouchure de la Saône à Lyon (69), radeau à Messery (74), brise-lame à Yvoire (74) en 1986. Des couples moins nombreux sont établis en milieu rupestre : falaises surplombant le haut-Rhône dans l’Ain et la Haute-Savoie depuis 1984, gorges du Fier (74) depuis 1991, corniche à Chauzon (07) en 1983, pile de pont à Challonges (74) en 1989. La nidification est le plus souvent le fait de couples isolés ou de petites colonies, dépassant rarement 4 ou 5 paires. Actuellement, seule la colonie de Châteauneuf du Rhône (26) dépasse la vingtaine de couples (33 en 1995). Avant que des “ aménagements ” n’en supprime l’essentiel, les iles du haut-Rhône en amont de Culoz (01) retenaient une colonie comptant jusqu’à une quarantaine de couples en 1971 et encore une trentaine en 1980. Au moins de 1967 à 1972, des goélands bruns (Larus fuscus) fréquentaient cette colonie sans qu’une reproduction ait pu y être certifiée. Plus récemment, en 1995, un couple mixte L. cachinnans X L . fuscus s’est reproduit au Monteynard (38, voir le texte concernant cette espèce).

Les premières pontes sont déposées plus ou moins tôt en avril. La plus précoce a été observée en 1988 à l’Etournel (01-74) où un oiseau couvait déjà le 10 avril, mais 3 jeunes volant déjà le 20 mai 1989 à Châteauneuf du Rhône suggèrent une ponte durant la dernière décade de mars. A l’opposé, un oiseau encore incapable de voler observé à Bourg-les-Valence (26) le 28 août 1981 indique une ponte durant la dernière décade de juin. Aucune des pontes considérées comme complètes observées dans notre région ne dépassait 3 œufs. Il faut noter l’absence de synchronisme de la reproduction au sein des colonies. Il est donc difficile d’estimer le succès de reproduction des oiseaux rhônalpins, d’autant plus que celui-ci est diminué en Dombes par des prélèvements d’œufs ou de poussins par certains exploitants d’étangs. De plus, bon nombre de nids déposés au sol sont balayés par des crues printanières. Globalement, les oiseaux rhônalpins doivent correspondre à la moyenne nationale qui est d’un jeune élevé par couple et par an (Yesou et Beaubrun in [N]) et la production de 35 jeunes à l’envol par la quinzaine de couples de la colonie de Massignieu de Rives (Rhône court-circuité - 01) en 1997 doit donc être regardée comme une réussite remarquable.

Dès le mois de juin, la vallée du Rhône voit défiler de forts contingents (5 000 à 10 000 oiseaux peut-être) de goélands leucophées. Pour des raisons non encore clairement expliquées, ces oiseaux quittent le bassin méditerranéen occidental (des oiseaux marqués sur les iles d’Hyères - 13, en Catalogne et en Sardaigne ont été retrouvés dans notre région ou sur les rives suisses du Léman) et rejoignent le bassin lémanique où leur présence culmine en août. Ce schéma souffre quelques exceptions, puisque deux immatures bagués en été sur les côtes belges de la mer du Nord ont rejoint ensuite les rives haut-savoyardes du Léman. Ensuite, en septembre-octobre, le mouvement s’inverse et la plus grande partie des goélands rejoignent la Méditerranée (Géroudet 1987). Quelques centaines à quelques milliers d’oiseaux (1 000 durant l’hiver 1996-97) restent hiverner en Haute-Savoie alors que les autres lacs alpins, les fleuves et les rivières, les régions d’étangs ne retiennent que quelques centaines d’individus (550 durant le même hiver) à cette saison (Creau et Dubois 1997).

L’espèce s’est implantée comme nidificatrice dans notre région entre 1948 et 1950 sur le Rhône chautagnard. Ce site a disparu vers 1986 mais les oiseaux qui le fréquentaient sont peut-être à l’origine de l’implantation de goélands sur des iles de l’Arve (74) en 1981, à l’Etournel (01-74) en 1984 … En Dombes (01), le premier nid a été trouvé en 1973 puis la population a augmenté régulièrement pour atteindre 20-30 couples reproducteurs au début des années 1980. Par la suite, des prélèvements d’œufs ou de poussins ainsi que des tirs d’adultes ont ramené l’effectif reproducteur à une dizaine de couples (Lebreton et al. 1991). Plus au sud, la colonisation est encore plus récente : Bourg-les-Valence (26) et Monteynard (38) en 1981, Basse Vallée du Rhône et basse-Ardèche (07) en 1983.

Malgré la multiplicité des sites de nidification, l’espèce ne parvient pas à développer nettement ses effectifs nicheurs et l’expansion spatiale semble marquer le pas depuis quelques années. S’il ne semble pas menacé à court terme, l’avenir rhônalpin du Goéland leucophée n’est donc pas assuré.

Alain Bernard