Goéland brun

Publié le mercredi 27 février 2008


Goéland brun Larus fuscus

Angl. : Lesser Black-backed Gull
All. : Heringsmöwe
It. : Zafferano

Présent dans le nord de la région paléarctique, ce Laridé a connu au XXième siècle une expansion marquée. Cette progression l’a amené à coloniser, à la faveur des côtes atlantiques, la Bretagne (dès 1925), l’Espagne (en 1971), le Portugal (en 1978) (Cramp et Simmons 1983). Nichant dans notre pays exclusivement sur les rivages entre Nord et Gironde, l’espèce voyait en 1987-1989 ses effectifs français atteindre 23 000 couples soit cent fois plus qu’en 1920 (Pons in [N]). Son habitat français est fondamentalement maritime, les colonies s’installant généralement sur des îlots ou des grèves assez plans, présentant une végétation peu élevée. Cette implantation géographique et des exigences écologiques assez similaires amènent fréquemment les goélands bruns à cohabiter avec des goélands argentés, beaucoup plus rarement avec des leucophées. L’aire de répartition de cette dernière espèce est en effet essentiellement méditerranéenne mais elle connaît elle aussi une expansion considérable lui ayant permis d’atteindre le littoral atlantique puis de s’y implanter, essentiellement entre Garonne et Morbihan (Yésou et Beaubrun in [N]). L’île de Ré voit ainsi nicher les trois espèces côte à côte. Ces éléments biologiques et géographiques permettent de comprendre que si le Goéland brun connaît une expansion considérable au niveau français, il n’est a priori pas un nicheur rhônalpin régulier.

Le 20 septembre 1982, un juvénile volant à peine fut recueilli à Sainte-Olive (Dombes - 01) (Lebreton et al. 1991) ; il paraît cependant tout à fait improbable qu’il fut né en Dombes. Sur le Haut-Rhône, entre 1967 et 1972, en Chautagne (74) (Géroudet 1973), puis le 29 mai 1995 à l’Etournel (01 - 74), les observations répétées de couples formés d’un goéland brun et d’un leucophée adultes permirent d’évoquer l’hypothèse d’une hybridation similaire à celle constatée en Touraine en 1991 (Yésou et Beaubrun in [N]) ; elles demeurèrent cependant sans suite. Il fallut attendre la découverte d’un nouveau couple mixte entre ces deux mêmes espèces, sur une falaise du barrage de Monteynard (en Trièves, dans le sud de l’Isère), pour apporter la première preuve de reproduction rhônalpine du Goéland brun.

Le 21 juin 1992, un leucophée et un brun furent observés sur une aire en compagnie d’un juvénile, d’origine inconnue, mais très vraisemblablement issu de ces deux adultes. Les trois printemps suivants voyaient le retour du couple mixte. En 1993, deux pontes étaient déposées (en avril puis en juillet) mais elles ne pouvaient être menées à terme. En 1994, un œuf couvé le 28 avril préludait à un nouvel échec. En 1995, le goéland brun couvait au moins un œuf, au sort inconnu. Les années suivantes l’espèce n’a pas été observée sur le site. Ces cas répétés d’hybridation, tout à fait exceptionnels, semblent pouvoir s’expliquer par la combinaison de trois éléments. Le premier tient à la structure génétique relativement proches des Goélands brun, argenté et leucophée. Certains experts considèrent d’ailleurs qu’ils forment une “ super espèce ” et d’autres s’interrogent sur la validité des distinctions d’espèces ou de sous-espèces actuellement retenues. Le deuxième reflète le déséquilibre numérique régional entre une population rhônalpine de leucophées modeste mais bien implantée et la rareté des goélands bruns estivants. L’hybridation peut alors faciliter une tentative d’implantation. Le dernier traduit l’évolution du statut régional du Goéland brun. En effet, si les premières mentions rhônalpines datent seulement de mai 1958 en Chautagne (74) (Géroudet 1973), puis de 1962 (3 adultes au moins à Lyon, le 15 mai) l’espèce est depuis lors devenue plus régulière et peut être notée tous les mois de l’année.
Un pic est très net en mars-avril (maximum de 17 adultes au Pouzin -07- le 8 avril 1985), mais le passage printanier paraît débuter dès février et s’achève en mai. Quelques oiseaux estivent presque chaque année sur les rives du Léman (74), beaucoup plus rarement ailleurs. En juillet 1991 fut ainsi découvert, à Evian (74), un immature bagué poussin le 10 juillet 1990, à Rotterdam, aux Pays-Bas (Géroudet 1992).

Dès la fin de juillet, débute un passage postnuptial qui culmine d’août au début d’octobre (maximum de 17 adultes le 7 octobre 1989 à l’Etournel - 01/74) et ne laisse que quelques hivernants souvent notés au fil du Rhône, des rivages lémaniques à l’Ardèche.
Le baguage indique l’origine danoise d’un immature tué à Izernore (01) (en octobre 1973, 3 mois après avoir été bagué poussin) et celle norvégienne de deux autres oiseaux : un jeune de quelques mois noté le 21 septembre 1991 à Brison-Saint-Innocent (73) et un adulte de 7 ans observé le 6 avril 1993 à Viriat (01).

Précisons enfin que si les sous-espèces méridionales graellsii et intermedius ont été identifiées avec certitude et de manière répétée ces dernières années, l’attribution antérieure de la majorité des données à la sous-espèce fuscus (de la Baltique et du nord de la Scandinavie) paraît aujourd’hui devoir être remise en question.

Pierre Crouzier