Gobemouche noir

Publié le mercredi 27 février 2008


Gobemouche noir Ficedula hypoleuca

Angl. : Pied Flycatcher
All. : Trauerschnäpper
It. : Balia nera

Gobemouche noir, photo France DUMAS© 2008
Gobemouche noir, photo France DUMAS

De catégorie faunistique européenne, polymorphe, le Gobemouche noir étend son aire de répartition à travers toute l’Europe, du sud de la péninsule ibérique jusqu’en Finlande au nord, et en Sibérie centrale à l’est (Cramp 1985 ; [E]). La présence de cet oiseau strictement insectivore est étroitement liée à l’existence de cavités dans les troncs d’arbres qu’il utilise pour nicher. Les estimations les plus récentes des effectifs européens (hors populations russes) oscillent, selon les auteurs, entre 2,7 et 6,1 millions de couples (Tucker et Heath 1995 ; [E]). En France, la distribution et le statut du Gobemouche noir ont été précisés au cours des enquêtes successives (Mayaud 1936 ; Yeatman 1976 ; [N]). Muller (in [N]) confirme "l’occupation de la quasi-totalité des régions non côtières de France, avec un vide important en Franche-Comté et dans l’est de la Bourgogne". Cependant, à l’intérieur de cette zone, il indique que l’espèce n’est localisée que dans quelques grands massifs forestiers, les facteurs qui dictent un tel morcellement restant obscurs. Selon cet auteur, la population française peut être estimée entre 20 000 et 30 000 couples.

Gobemouche noir, photo France DUMAS© 2008
Gobemouche noir, photo France DUMAS

La région Rhône-Alpes est pour le Gobemouche noir un carrefour plus ou moins lâche, "trait d’union" entre les populations sud et nord européennes ([R]). A la fin des années 1970, on connaissait une population en Haute Savoie et une autre méridionale, en Ardèche (Vivarais, Haut-Vivarais et Haute Ardèche ; [R]). Cette situation était à la fois le reflet de la discrétion de l’espèce pendant la reproduction et de lacunes de prospections. Si les deux noyaux principaux restent bien l’Ardèche et la Haute Savoie, la présente enquête à permis de trouver cet oiseau dans treize nouveaux districts, affinant ainsi son aire de répartition régionale. Le Gobemouche noir est aujourd’hui observé en Drôme (Diois, Tricastin et Vercors), en Isère (Vercors, Basse Isère, Chambarand, Belledonne), en Savoie (Tarentaise), dans le Rhône (Monts du Lyonnais), dans la Loire (Monts du Lyonnais, Plaine du Forez et Monts du Forez). L’espèce a été découverte dans le Beaufortin (74) et confirmée dans le Haut-Vivarais (07). Cette progression est sans doute due en grande partie à une pression d’observation plus assidue. Cependant, la distribution régionale est certainement très fluctuante et, comme à l’échelle nationale, le Gobemouche noir demeure très localisé. Une analyse plus fine révèle en effet que seulement 13 % de la région sont occupés (70 des 511 mailles de l’Atlas). Pour la période 1993-1997, les effectifs rhônalpins sont estimés entre 200 et 400 couples (10 à 13 % des effectifs nationaux). Les rares indications régionales sur l’altitude des sites de reproduction (n = 8) ne permettent pas d’indiquer de préférence, la majorité étant située aux alentours de 500 m. Une seule observation de 2 mâles et une femelle, le 15 juin 1978 en Haute Maurienne (73), atteste une nidification possible à plus de 1 800 m, au sein d’une futaie claire mixte, composée de mélèzes, de trembles et de frênes (G.O.S. 1979). Dans des milieux analogues, sa reproduction a été prouvée jusqu’à 1 500 m dans le canton de Vaud (Suisse ; Ravussin in Sermet et Ravussin 1995).

Gobemouche noir, photo France DUMAS© 2008
Gobemouche noir, photo France DUMAS

A l’origine, le Gobemouche noir niche dans les massifs forestiers, préférant les peuplements de feuillus âgés ou mélangés avec des pins. Les futaies de résineux ne sont que très rarement utilisées (Géroudet 1998a ; [N]) ; il apprécie particulièrement les vieilles futaies sans sous-étages de végétation, un sol dégagé sous les arbres favorisant la chasse aux insectes qu’il capture en vol ou à terre. Il peut également nicher en bordure de forêt, dans les parcs arborisés, comme ceux de Bron-Parilly et de la Tête d’Or à Lyon (69) et les vergers comme en Haute Savoie ([R]). Dans les régions méridionales (Vivarais et Haut-Vivarais), il apprécie, comme dans le Gard (Daycard in C.O.Gard 1993), les vieilles châtaigneraies ; il utilise aussi les vieilles chênaies lorsque celles-ci ne sont plus constituées que de semenciers. L’espèce se cantonne volontiers sur des terrains pentus, bas de versants de montagne et collines, qu’il préfère nettement à la plaine (Géroudet 1998a).

Migrateur transsaharien intégral, absent de France en hiver, le Gobemouche noir arrive en avril-mai (Bournaud 1986), entre le 14 avril (n = 33) et le 11 mai (n = 21), la date moyenne régionale étant le 29 avril (n = 54). Des dates exceptionnellement précoces sont le 28 février 1976 aux Marches (73) et le 9 mars 1995 à Morestel (38), la plus tardive le 31 mai 1992 à l’embouchure de l’Ain (01). Pendant la reproduction, l’activité se concentre autour de la cavité de nidification et le mâle, arrivé le premier sur le site, joue un rôle prépondérant et acharné dans la défense du territoire. Les cavités à orifice étroit sont particulièrement appréciées (Géroudet 1998a). Arrivée un peu plus tard, la femelle élabore seule le nid dans lequel elle dépose rapidement une ponte complète de 6 à 7 œufs. Des cas de polygynie (un mâle pour deux, voire plusieurs femelles) sont connus en proportion variable suivant la densité de population et la concurrence pour les cavités. Cependant la bigamie reste moins fréquente que la monogamie et les mâles ayant conquis une deuxième femelle la délaissent rapidement, rejoignant la première afin d’assurer l’élevage des jeunes (Géroudet 1998a). Nourris régulièrement par les deux parents, ceux-ci volent une quinzaine de jours après l’éclosion. Les données sur les densités des populations rhônalpines sont inexistantes. Dès la fin de juin, la famille s’éloigne rapidement et parfois à grande distance du site de reproduction ; elle vagabonde pendant le mois de juillet et les premiers départs ont lieu à la fin de ce mois : 22 et 23 juillet 1970 à Miribel (01), le 25 juillet 1966 dans le Forez (42), le 29 juillet à Périgneux (42). En Rhône-Alpes, la migration bat son plein du 10 août (n = 26) au 30 septembre (n = 32), la date moyenne de passage étant le 7 septembre (n = 57). Le passage des migrateurs peut être, selon les années, très concentré dans le temps - du 2 au 10 septembre 1981 dans le Rhône, du 29 août au 11 septembre à Grignan (26) - comme dans l’espace : 80 individus sur 200 m (1 oiseau tous les 2,5 m) le 8 septembre 1986 à Grignan (26). Des individus tardifs sont observés jusqu’à la fin du mois d’octobre : le 19 octobre 1994 à Courtenay (69), le 26 octobre 1993 à Décines-Charpieux (69), le 26 octobre 1997 à Aoste (38) et le 28 octobre 1995 à Pierre Bénite (69), le 13 novembre 1976 en Isère.

Gobemouche noir, photo France DUMAS© 2008
Gobemouche noir, photo France DUMAS

Le Gobemouche noir n’est a priori pas menacé. Si sa distribution et son statut rhônalpins ont été précisés, il reste encore mal connu car il est particulièrement discret en période de reproduction et sa nidification en cavité ne permet pas un suivi précis. Il est cependant connu qu’il utilise très facilement les nichoirs qui sont mis à sa disposition ; il serait souhaitable et intéressant, étant donnée la position géographique particulière des populations rhônalpines au carrefour des autres populations européennes, de mettre en œuvre un programme d’étude de la biologie de la reproduction du Gobemouche noir en Rhône-Alpes dans des nichoirs placés sur quelques sites pilotes.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photos : France DUMAS

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