Gélinotte des bois

Publié le mercredi 27 février 2008


Gélinotte des bois Bonasa bonasia rupestris

Angl. : Hazel Grouse
All. : Haselhuhn
It. : Francolino di monte

En Rhône-Alpes, les gélinottes sont chassées, et soumises au plan de chasse dans les deux Savoies et en Isère. Dans l’Ain, l’espèce est également gibier, mais une attribution nulle au plan de chasse en interdit la chasse. Dans la Drôme, elle est protégée.

En Europe, l’aire de répartition de la Gélinotte des bois s’étend de l’Europe occidentale à l’Europe centrale et de la Pologne à la Grèce. En Italie, on évalue les effectifs à 6 000 couples et en Suisse à 9 000 couples. Ces estimations, très délicates eu égard à la grande discrétion des oiseaux et aux difficultés d’accessibilité des milieux, peuvent varier dans de grandes proportions.

En France, les effectifs sont estimés à 10 000 oiseaux adultes (Ellison 1991, Bernard-Laurent et Magnani 1994). Ce Tétraonidé est présent à l’est de la France : Ardennes, Vosges, Jura et Alpes du nord et du sud jusqu’aux Alpes de Haute Provence ; il habite également le Massif Central et quelques observations ont été faites dans les Pyrénées sans reproduction certaine pour l’instant. Cependant l’O.N.C. (1979) a montré qu’il a disparu, dans cette région, d’une quarantaine de communes, plutôt de basse altitude. La zone fréquentée est comprise entre 200 m et 2 000 m, 500 à 2 000 m en Rhône-Alpes. Sa présence dépend de la structure du milieu forestier.

Il est estimé, en prenant en compte la régression des populations ardennaises et vosgiennes, que Rhône-Alpes abrite 50% de l’effectif national, soit 5 000 oiseaux environ : 1 800 en Savoie, 1 400 en Haute-Savoie, 1 000 en Isère, 400 dans l’Ain, 400 en Drôme, ces chiffres étant à prendre comme ordre de grandeur et non à la lettre. L’espèce est absente dans le Rhône, et l’Ardèche. Dans la Loire sa présence est connue depuis longtemps et des contacts récents dans les monts du Forez, monts de la Madeleine, et au "Bois noir" entre les deux massifs précédents. Les densités, très variables, oscillent, en France, entre 0,4 individus et 5 couples aux 100 ha. En Rhône-Alpes, on rencontre 1 à 3 ou 4 mâles / 100 ha. A Champfromier (01), les densités minimales d’adultes des cinq dernières années sont 3,3 / 100 ha en 1993, 2,2 en 1994, 2,6 en 1995, 2,8 en 1996 et 1,2 en 1997. Le domaine vital d’un adulte est également fluctuant : entre 3 et 20 ha par couple (Géroudet 1978), 5 à 10 ha (Klein 1986), 20 ha (Saint Oyant 1990), 40 ha (Swenson 1991), 5 ha (Dändliker et al. 1996). Il faut différencier le domaine vital global (englobant tous les contacts d’un individu - Mohr 1947) et le domaine vital principal, qui est donné par la surface minimale en dessous de laquelle l’individu ne peut survivre (Harvey et Barbour 1965). Ainsi, selon Montadert (1997) le domaine vital global de 4 mâles suivis par radio-télémétrie dans le Doubs varie, selon la saison et les ressources alimentaires, de 12,4 à 58,5 ha et le domaine vital principal de 3,3 à 7,2 ha. Bien qu’effectuée en dehors de Rhône-Alpes, cette étude est intéressante, car c’est la seule qui utilise la radio-télémétrie dans une région proche.

La Gélinotte est inféodée aux milieux transitoires entre la futaie et le pâturage ; ces écotones se retrouvent en forêt dans les groupes de régénération élargis des futaies régulières (coupes secondaires et définitives lorsque la surface n’est pas trop importante) ou les parcelles de régénération des futaies irrégulières ou encore dans les zones de chablis. De même, on la rencontre dans les emprises des lignes à haute tension d’E.D.F., colonisées par les noisetiers. La Gélinotte est aussi présente sur les sols pauvres ou rocheux limitant la couverture végétale. Elle affectionne les pré-bois d’altitude avec des bosquets de feuillus, les taillis et les taillis sous futaie, surtout s’ils sont hétérogènes. La strate herbacée doit couvrir au moins 30% de la zone. L’espèce demande, pour son alimentation la plus grande diversité végétale possible : Noisetier, Charme, Sorbier, Alisier, Saule, Bouleau, Myrtille, Framboisier, Groseillier, Fraisier.

C’est un oiseau sédentaire, aux déplacements limités, mais pouvant parfois dépasser 15 km. Les éléments dont nous disposons révèlent qu’elle bouge beaucoup au mois de mars. Ainsi, un mâle s’est tué contre une fenêtre à Passy (74) en mars 1989, un autre contre une terrasse à Mégève (74) le 23 mars 1989, alors qu’il n’y a pas de population à proximité, et une femelle adulte contre une baie vitrée à Bellegarde (01) le 9 mars 1998 à 4 km de la population la plus proche. On peut citer un déplacement exceptionnel de 17 km, dont au moins 370 m sans arbre, effectué par un mâle célibataire suivi par radio-télémétrie, en avril 1995, dans le Doubs (massif jurassien, Montadert 1997). Le précédent record étaient de 5 km pour un juvénile et 14 km pour un adulte (Swenson 1991). Ces déplacements printaniers sont sans doute effectués principalement par des mâles célibataires en quête d’une femelle.

La Gélinotte est réputée monogame ; la femelle pond, entre avril et mai voire juin, 7 à 12 œufs au sol, au pied d’un arbre, d’une souche ou d’un rocher. L’orientation du nid est indifférente. Environ 80% des œufs éclosent, mais bon nombre de poussins n’atteignent pas l’âge adulte. Pour une bonne réussite des nichées, l’abri et la quiétude de la femelle, qui bénéficie d’un mimétisme remarquable, sont essentiels. Les compagnies de 3 à 5 juvéniles se dispersent en automne.

La cause principale de raréfaction de la Gélinotte des bois réside dans la politique forestière nationale de conversion vers une futaie régulière de la plupart des taillis sous futaie, ainsi que de l’enrésinement, qui est largement pratiqué dans le massif vosgien. Il faut cependant noter que de plus en plus de sylviculteurs remettent en cause ce mode de gestion. En Rhône-Alpes, la constante régression des populations de Gélinotte des bois au cours des 50 dernières années a conduit l’espèce à un niveau tel qu’elle doit faire l’objet d’un important plan de sauvegarde. Les populations de basse altitude sont les plus menacées et de nombreux massifs où la Gélinotte était présente il y a quelques années sont aujourd’hui déserté. En Rhône-Alpes, les tableaux de chasse en constante diminution ne peuvent être le reflet d’une gestion cynégétique plus restrictive comme l’atteste une période de chasse de 43 jours sans un plan de chasse en Haute-Savoie. La cause essentielle du déclin de la Gélinotte des bois réside dans la transformation des milieux naturels : régularisation de la futaie, disparition des stades transitoires, conversion des taillis. Les mesures de protection doivent être orientées vers une gestion sylvicole favorisant une mosaïque de milieux forestiers, notamment en futaie jardinée très appréciée par ce petit Tétraonidé.

Gilbert David
Régis Saint-Oyant