Gallinule Poule-d’eau

Publié le mercredi 27 février 2008


Gallinule Poule-d’eau (Poule-d’eau) Gallinula chloropus

Angl. : Moorhen
All. : Teichhuhn
It. : Gallinella d’acqua

Gallinule poule d'eau, photo Rémi RUFER © 2008

La répartition de la Poule d’eau est très vaste : cosmopolite, elle habite toute l’Europe à l’exception de l’Islande et du nord de la Scandinavie. En France, elle occupe la plus grande partie du pays (l’espèce est présente dans 89,8% des “ carrés ”, Crouzier in [N]). Seuls les grands massifs montagneux ne l’hébergent pas. La distribution rhônalpine de la Poule d’eau correspond à sa répartition nationale : elle habite toutes les plaines, où elle peut être commune (Forez - 42, Bresse et Dombes - 01), mais reste rare dans les Alpes, les franges du massif central, les Monts du Lyonnais (69, 42) et le Bugey (01).

Même si la Poule d’eau se raréfie nettement au-dessus de 600 m, elle peut localement atteindre une altitude remarquable : un cas de reproduction est connu à 1 720 m à Bessans en Haute Maurienne (73) ([R]). Les effectifs locaux comme nationaux restent difficiles à évaluer, seuls les rassemblements hivernaux étant précisément chiffrés. De même, les densités rhônalpines sont inconnues. En Bresse bourguignonne voisine, sur 32 étangs, Roché (1978) obtient le chiffre de 0,86 couple par ha. On sait que les effectifs baissent fortement après les hivers rudes et mettent du temps à se reconstituer.

La Poule d’eau s’avère peu exigeante pour s’installer : ses conditions minimales sont un espace d’eau libre, même de très faible taille, et une végétation adjacente assez dense. Présente des mares de quelques mètres carrés aux rives des lacs alpins, des fossés jusqu’au cours du Rhône, ce Rallidé est assurément ubiquiste. Son comportement, tantôt farouche, tantôt familier, présente la même variabilité : si parfois seul son cri sonore permet de la détecter dans un marais dense, ailleurs, elle niche quasiment à découvert sur les bassins des parcs urbains. L’espèce est en partie sédentaire. Une (ré)installation sur les sites de nidification est cependant sensible dès le mois de février, époque à laquelle les groupes hivernaux se disloquent. La migration proprement dite, nocturne, échappe à l’observation.

Le couple construit des plates-formes pour la parade puis le nid proprement dit. Les pontes débutent pour la plupart à la mi-avril et l’incubation dure trois semaines, ce qui est confirmé par le suivi détaillé d’une couvée en 1996 à Saint Cyr (07) : ponte commencée le 2 avril, début de la couvaison le 10 avril (6 œufs) et éclosion le 3 mai. A cet égard, deux couvées observées le 20 avril 1997 à Biziat (01) s’avèrent extrêmement précoces puisqu’elles font remonter le début de l’incubation au 30 mars et celui de la ponte au 23 mars, date plus communément observée dans le midi de la France ou en Grande-Bretagne. La taille moyenne de 23 familles notées pendant la prospection du présent atlas s’élève à 3,6 pulli, ce qui montre que la Poule d’eau subit une forte prédation (ou qu’une partie de la nichée, menée par l’autre adulte dans la végétation palustre, a échappé à l’observation…). En effet, sur 10 pontes, le précédent atlas régional ([R]) notait une moyenne de 10 œufs, chiffre qui semble important au vu des 6,6 œufs obtenus sur un échantillon anglais nettement plus représentatif de 2 278 couvées (Huxley et Wood 1976). En Forez, une ponte de 18 œufs en mai 1966 relevait probablement de 2 femelles, comportement étonnant chez une espèce normalement monogame. Les jeunes, nidifuges, deviennent indépendants vers l’âge de 3-4 semaines et volent à 9 semaines environ. Leur dispersion débute dès juillet. La fréquence des 2èmes (voire 3èmes) pontes et celle, plus grande encore, des pontes de remplacement, expliquent que des jeunes non volants soient régulièrement notés à la fin d’août et en septembre (date extrême : 2 juvéniles non volants le 23 septembre 1987 à Château-Gaillard - 01).

Les oiseaux locaux, réputés sédentaires, sont en fait partiellement migrateurs. En effet, les densités hivernales sont nettement inférieures à celles observées en été. De plus, une seule des 3 reprises d’oiseaux rhônalpins a eu lieu dans la région. Si les mouvements des poules d’eau rhônalpines sont mal connus, un apport d’oiseaux en provenance de Suisse (5 reprises en Rhône-Alpes), d’Allemagne (2), du Danemark et de Lithuanie (1) est établi. La Poule d’eau devient fréquemment grégaire en hivernage et des troupes importantes sont alors notées : de 44 à 73 individus à la Roche de Glun (26) entre le 15 octobre et le 15 novembre pendant plusieurs années, de 100 à 200 oiseaux le 13 janvier 1980 à l’embouchure de la Drôme (26). Localement, on peut aussi remarquer des concentrations spectaculaires, comme ces 54 individus sur 50 m de rivière le 24 décembre 1989 à Viriat (01). Des fuites sont nettement perceptibles lors des vagues de froid, comme en janvier 1985.

L’espèce a connu une augmentation de sa répartition et de ses effectifs aux niveaux européen et français. Cette évolution concerne probablement aussi la région Rhône-Alpes, mais n’y est cependant pas vérifiée. La présence d’un albinos complet le 15 janvier 1995 à Saint André de Corcy (01) montre que la survie d’un oiseau en général furtif dans ce plumage voyant reste possible. La Poule d’eau n’est pas menacée en Rhône-Alpes ; cependant, elle reste vulnérable à la dégradation de ses habitats (rectification de cours d’eau, drainages, enrochements - Taylor 1984) et aux hivers rigoureux.

Texte : Jean-Baptiste Crouzier
Photo : Rémi RUFER