Fuligule nyroca

Publié le mercredi 27 février 2008


Fuligule nyroca Aythya nyroca

Angl. : Ferruginous Duck
All. : Moorente
It. : Moretta tabaccata

Fuligule nyroca, photo Rémi RUFER © 2008

Le Fuligule nyroca est un canard plongeur de catégorie faunistique tourano-méditerranéenne. Il niche dans les zones tempérées, méditerranéennes et steppiques de l’Europe orientale et de l’Asie centrale. A l’est, on le trouve jusqu’en Chine occidentale et en Mongolie. Sur le territoire français, le Nyroca s’est reproduit au cours de ce siècle au lac de Grand-Lieu (Loire atlantique), dans la Meuse, en Dombes, dans l’est de l’île de Corse. Ce statut de nicheur irrégulier a été confirmé par de nouvelles observations en période de nidification en 1984 et 1993.

En France, la reproduction de ce fuligule est irrégulière et ne concerne jamais plus d’un couple. La Dombes est le seul district rhônalpin où elle a pu être observée depuis la fin des années 1970. Elle y est cependant ancienne puisque Meylan (1938) la mentionnait au début du XXième siècle. Ensuite, la reproduction a été prouvée en 1937, 1952, 1953 et 1964, puis des couples ont également été notés en 1968, 1976, 1984, 1988, 1990, 1991 (Lebreton et al. 1991, Roux in [N]) et 1996. Depuis, aucune observation de couple en période favorable n’a été effectuée dans ce district où le marais des Echets, aujourd’hui disparu, a été le principal lieu favorable à l’espèce. Ailleurs en Rhône-Alpes, un couple a été observé le 25 mai 1978 dans l’Ile Crémieu (38) et un mâle, apparié avec une femelle de Fuligule milouin, a été noté à Boisset les Montrond (Forez - 42) entre le 8 et le 13 juin 1994.

Fuligule nyroca, photo Rémi RUFER © 2008

En période internuptiale, les premiers nyrocas peuvent être observés dès début septembre (date précoce : 21 août 1993 à Lapeyrouse - 01) mais les observations ne deviennent régulières qu’à la fin de ce mois. Quelques hivernants apparaissent presque tous les ans en Rhône-Alpes et constituent parfois l’essentiel des nyrocas présents à cette saison en France (maximum national de 25 individus en 1984). A cette saison, les lacs alpins (Léman, Annecy, Bourget), le Haut-Rhône et ses bassins environnants sont les sites les plus régulièrement fréquentés. Le passage printanier, culminant de la fin-janvier à la première décade d’avril, est perceptible dans toutes les zones humides de plaine de Rhône-Alpes. Ensuite, des mentions sporadiques sont parfois effectuées jusque début juillet.

En toute saison, les nyrocas sont le plus souvent observés isolément ou par paire (maximums de 3 à la Vanelle - 26 - le 14 mars 1981, 3 au Pouzin - 07 - le 27 novembre 1983, 3 à Siccieu - 38 - , le 21 octobre 1988 et de 4 à Feurs - 42 - le 17 mars 1985), généralement au sein de troupes d’autres fuligules. Quelques mentions de probables hybrides Nyroca X Milouin ont été effectuées en Rhône-Alpes et l’examen systématique des troupes d’Anatidés permettrait probablement d’en découvrir plus fréquemment. L’observation d’un individu le 1er juin 1997 en Dombes (01), constitue la seule donnée rhônalpine à l’époque des nids durant l’enquête du présent atlas. Elle n’apporte aucune preuve de nidification en Rhône-Alpes.

Le Fuligule nyroca niche ordinairement dans des zones d’eaux douces eutrophes peu profondes (étangs, rivières lentes), dans la végétation palustre et riche en plantes aquatiques immergées ou flottantes, bordée de nombreux roseaux dans lesquels il installe son nid sur le sol près de l’eau ou sur une touffe entourée d’eau. Il n’y a qu’une seule nichée par année. 8 à 10 œufs sont couvés par la femelle seule durant 25 à 27 jours.

En 1974-1976, le C.O.R.A. a financé la ré-introduction de l’espèce (une dizaine d’oiseaux) en Dombes à partir d’individus élevés au parc ornithologique de Villars-les-Dombes et relâchés sur la Réserve voisine. Cette opération s’est soldée par un échec. Cette espèce est plus paludicole que les autres fuligules. L’évolution des étangs dombistes (création de bassins plus profonds aux rives présentant des pentes plus accusées) ne paraît pas susceptible de ramener ce canard dans l’avifaune nidificatrice de notre région.

Texe : Guillaume Allemand
Photos : Rémi RUFER