Foulque macroule

Publié le mercredi 27 février 2008


Foulque macroule Fulica atra

Angl. : Common Coot
All. : Blasshuhn
It. : Folaga

En Europe, la Foulque est presque partout présente, des rives du golfe de Botnie au détroit de Gibraltar et de l’Irlande à la Turquie. Ses répartitions européenne, française et rhônalpine illustrent ses exigences. Pour se reproduire, celle-ci adopte une grande variété de zones humides pour autant qu’il s’y trouve une végétation suffisante, un courant faible ou nul et que l’altitude n’excède pas 800 à 1 000 m. Un couple cantonné à 1 390 m à Morzine (74) (le 11 juin 1990) est à cet égard particulièrement remarquable. Ainsi, dans notre région, l’espèce est-elle commune sur les étangs de plaine de la Dombes (01), du Forez (42), de l’Ile Crémieu (38) et plus irrégulièrement le long des cours d’eau qui lui offrent quelques secteurs abrités (Rhône, Ain ...), des lacs préalpins (Léman, lac du Bourget) ou de petites retenues artificielles. La population du département de la Savoie n’excède pas 200 couples. Inféodée aux zones humides, l’espèce est par conséquent presque totalement absente des départements de la Drôme, de l’Ardèche ou des Alpes. Les effectifs rhônalpins furent évalués à 8 000 couples en 1977 ([R]) et n’ont sans doute guère évolué depuis. En effet, si l’eutrophisation de nombre de plans d’eau a favorisé l’expansion géographique de l’espèce, elle a vraisemblablement peu augmenté ses effectifs. En Dombes (01), bastion rhônalpin de la Foulque, un chiffre stable de 5 à 6 000 couples fut d’ailleurs constaté en 1991 (Lebreton et al. 1991). S’y ajoutent sans doute 1 500 à 2 000 couples foréziens (42) et de petites populations éparses aux effectifs modestes. Il paraît donc possible de considérer que la population rhônalpine approche 10 000 couples et représente environ 10% de l’effectif national ([N]).

Pour nicher, la Foulque recherche des surfaces d’eau présentant à la fois de petites zones ouvertes et une végétation suffisamment fournie pour lui offrir un abri dense aisément accessible, des matériaux pour son nid, une nourriture abondante. Dans notre région, l’espèce est commune sur les étangs, les bras morts de rivière, plus ponctuellement sur les dragues et les ballastières (lorsqu’une végétation palustre a pu s’y établir), mais aussi sur de petites retenues d’altitude moyenne pour autant qu’un massif de phragmites suffisamment dense s’y soit implanté. Il est possible d’observer des foulques toute l’année en région Rhône-Alpes, mais les couples ne commencent réellement à se cantonner qu’au mois de mars. Débutent alors les incessants affrontements territoriaux amenant les oiseaux à s’opposer en corps à corps spectaculaires, parfois violents et toujours bruyants. Ces conflits rompent soudainement avec le grégarisme volontiers adopté en période de migration et d’hivernage.

Généralement bien visible, le nid est composé d’une plate forme surélevée, parfois flottante, constituée d’un amas de branchettes, de plantes aquatiques, d’algues. En milieu artificiel, tels les ports des lacs préalpins, la Foulque peut même installer son nid sur des bateaux à l’amarre. Le nid est régulièrement rechargé, tout particulièrement lors de montées soudaines du niveau des eaux environnantes. Les pontes sont composées en général de 5 à 7 œufs mais peuvent en compter jusqu’à 12. Généralement déposées durant la première décade d’avril, elles sont couvées 24 jours, alternativement par chacun des parents. Pourtant des couvées plus précoces sont notées presque chaque année en Dombes (01) dès le mois de mars et des poussins fraîchement éclos furent même observés dans ce district le 7 avril 1985 et le 18 avril 1987, à Viviers du Lac (73) dès le 22 avril 1994. Ne pouvant voler qu’à l’âge de 8 semaines, les jeunes sont longuement accompagnés par leurs parents, ceux-ci s’avérant cependant impuissants à limiter les lourdes pertes dues aux conditions météorologiques défavorables et à la prédation. Enfin, certains jeunes non encore volants ont été observés aux premiers jours de septembre (date tardive : deux poussins d’environ 15 jours le 26 septembre 1999 en Dombes - 01), c’est-à-dire lors de l’ouverture de la chasse sur les étangs...

Dès le mois de juin, des regroupements d’adultes non nicheurs (et d’immatures) préludent aux rassemblements estivaux. Il est alors possible d’observer sur certains grands étangs des troupes qui approchent ou dépassent le millier d’individus, en mue pour la plupart (par exemple 2 184 au Plantay - 01, le 14 août 1990 ou 1 040 sur le lac du Bourget - 73, en juin 1996). Puis débutent les mouvements postnuptiaux qui amènent la majeure partie des oiseaux rhônalpins à gagner des contrées plus méridionales (Camargue et littoral méditerranéen). Les autres rejoignent leurs congénères essentiellement originaires d’Europe du Nord et de l’Est, notamment de Suisse et d’Allemagne (Cordonnier 1980) sur les eaux libres de nos fleuves, rivières ou lacs (Bourget - 73, Léman, Annecy - 74, Miribel-Jonage - 69) lorsque les étangs sont pris par les glaces. L’effectif des hivernants rhônalpins, qui peut atteindre 30 000 oiseaux (dont 6 à 10 000 pour le seul lac du Bourget - 73 et 7 à 10 000 pour Miribel-Jonage - 69), excède alors celui des nicheurs.

Cette espèce peut être chassée en France et dans tous les départements rhônalpins. L’évolution à long terme des effectifs nichant dans notre région est difficile à établir. L’espèce y semble cependant relativement stable à l’image du constat dressé sur la base de l’analyse des décomptes d’oiseaux hivernant dans le nord-ouest de l’Europe (Rose 1995). Chassable, mais généralement dédaignée du fait de son faible intérêt gastronomique, la Foulque est sans doute l’une des espèces aquatiques les moins exigeantes de l’avifaune régionale. La préservation de zones humides diverses, calmes et bien végétalisées, demeure bien évidemment la condition principale du maintien de ses effectifs.

Pierre Crouzier