Fauvette orphée

Publié le mercredi 27 février 2008


Fauvette orphée Sylvia hortensis

Angl. : Orphean Warbler
All. : Orpheusgrasmücke
It. : Bigia grossa

De catégorie faunistique méditerranéenne, la Fauvette orphée est présente dans les milieux de ce type en Europe, Afrique du Nord, Asie mineure et du sud, du Portugal et du Maroc à l’ouest jusqu’en Asie centrale à l’est ([E] [N]). Selon les estimations les plus récentes, les effectifs européens sont compris entre 190 000 et 462 000 couples, dont 80 % dans la péninsule ibérique (Tucker et Heath 1994 [E]).

En France, l’espèce "niche au sud d’une ligne rejoignant le sud de la Côte d’Or à l’estuaire de la Gironde" ([N]). Cependant, comme l’espèce s’avère très sensible aux variations climatiques et aux modifications de milieux, sa limite de distribution fluctue fortement et rapidement. La France accueillerait entre 1 000 et 5 000 couples, avec des effectifs très fluctuants, alors que dans la plupart des pays européens (Espagne, Portugal, Italie, Grèce), la tendance est une forte régression entraînant un rétrécissement de plus en plus marqué vers le sud ([N] Tyssandier 1991, [E]).

Le sud de la région Rhône-Alpes fait partie de la frange septentrionale de la distribution actuelle de la Fauvette orphée. A l’échelle régionale, l’espèce a disparu de neuf districts depuis 1977, dans la Loire, le Rhône, l’Isère, l’Ain, les Savoie ([R]). Cette rétraction spatiale s’accompagne d’une faible baisse des effectifs d’environ 10 %, dans tous les cas inférieure au seuil de 20 % à partir duquel cette régression apparaîtrait significativement importante ([N]). Il s’agit d’une réelle diminution de l’aire de distribution dans la moitié nord de la région, dont les populations sont marginales. Les deux noyaux de populations restants sont en effet situés dans les secteurs méditerranéens des départements méridionaux, la Drôme (Baronnies, Diois) et l’Ardèche (plateaux de Basse Ardèche et Vivarais). Leurs populations ont évolué différemment depuis la précédente enquête. Les effectifs drômois montrent une baisse comprise entre 20 et 50 % alors que les effectifs ardéchois sont jugés stables. A part un indice de nidification possible dans la Loire, l’espèce a disparu de l’ensemble des autres départements.
L’habitat de l’espèce, bien décrit par Isenmann (in Glutz von Blotzheim et Bauer 1991) est une “formation arborée ouverte et buissonnante richement structurée avec des espaces découverts”, en milieux secs bien exposés et ensoleillés, typiquement une mosaïque à Brachypode parsemé de ligneux bas, ou le matorral à Genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus). Cette alternance de buissons et d’espaces ouverts semble être un des critères prépondérants dans le choix des sites lors de l’arrivée des couples, la présence de gros buissons apparaîssant indispensable pour l’installation d’un chanteur. Dans le Vivarais ou l’espèce est rare, l’Orphée occupe des pâturages comportant quelques arbres isolés. En Basse Ardèche, dans un biotope favorable, 3,5 mâles chanteurs pour 10 ha ont été entendus en 1994, densité similaire à ce qui observé ailleurs en France et en Europe ([E] [N]). Les altitudes extrêmes de nidification vont de 144 m à St Marcel (07) le 24 mai 1997 à 1 450 m à Aussois (73) le 26 juin 1985. Ceci correspond à ce qui est observé en Provence et en Languedoc-Roussillon, où différents auteurs mentionnent qu’elle est rare au-dessus de 1 000 m (Salvan 1983, C.O.Gard 1993, Olioso 1996, Orsini 1994).

Les quelques données existantes ne permettent que d’esquisser les grandes lignes du cycle annuel, sans en dégager les particularités régionales. Migrateur total, la Fauvette orphée est observée dans la région d’avril à septembre. Les retours ont lieu à la fin du mois d’avril ou au début du mois de mai. La date la plus précoce est le 12 avril 1994 sur les Gras de Balazuc et de Chauzon (07). Plus des trois quarts des observations de nidification certaine ont lieu entre le 16 mai et le 15 juin ; la date moyenne est le 29 mai (n = 11). La présence de mâles chanteurs sur les sites de reproduction est comprise entre la mi-avril et la fin juin. Les deux données régionales sur la taille de ponte font état d’un nid garni de 4 œufs le 23 juin 1970 à Chassieu (69) et d’un nid abandonné avec un œuf à la Chapelle-sous-Aubenas (07), le 13 juin 1997. Le départ intervient entre la fin juillet et le mois de septembre, comme l’atteste cette capture en Tricastin (26) les 7 et 8 septembre 1986, ce qui correspond bien au déroulement de la migration postnuptiale décrit chez cette espèce (Isenmann 1989).

En 1977, Lebreton (in [R]), écrivait "…ces toutes dernières années les observations d’orphées se sont multipliées dans notre région au fur et à mesure notamment qu’en était explorée la partie la plus méridionnale". Il s’appuyait sur des observations telles que celles réalisées au printemps 1970 et 1971 lorsque l’espèce était "très commune" dans les vergers de Rives de Gier (42), mettant en évidence l’existence de "stations plus septentrionales", mais signalait déjà, comme un signe avant coureur le "déclin des stations bourguignonnes de jadis". Depuis cette tendance n’a fait que s’accentuer. La régression est certainement d’autant plus marquée qu’elle affecte ici des populations dont les stations de reproduction sont en limite de répartition. Ce phénomène s’inscrit dans un cadre plus large puisque l’espèce est vulnérable à l’échelle européenne, ses populations principales étant en large déclin (Tucker et Heath 1994). Etant donnée la rapidité de celui-ci en Rhône-Alpes depuis trente ans – la Fauvette orphée n’est plus citée que sur 38 des 489 mailles du nouvel atlas, soit à peine 7 % de la couverture cartographique – il semble opportun de mettre en place un suivi fin de l’état des populations régionales et de leur évolution.

Olivier Iborra / CORA
Alain Ladet