Fauvette mélanocéphale

Publié le mercredi 27 février 2008


Fauvette mélanocéphale Sylvia melanocephala

Angl. : Sardinian Warbler
All. : Samtkopfgrasmücke
It. : Occhiocotto

La répartition mondiale de la Fauvette mélanocéphale se limite essentiellement aux pourtours de la Méditerranée ; l’espèce niche également au Portugal, au Maroc ainsi qu’aux îles Canaries (Cramp 1992, [E]). En France, cette fauvette est considérée comme la plus strictement méditerranéenne de notre avifaune car sa distribution correspond exactement à l’aire climacique du Chêne vert ([N]). Ces dernières années, sa nidification a toutefois été prouvée en moyenne vallée de la Garonne (Roche 1999).

La limite de répartition de la Fauvette mélanocéphale passe par le sud de la région Rhône-Alpes. La carte de l’Atlas montre qu’elle est surtout présente en Basse-Ardèche, en Tricastin et dans les Baronnies ; dans la Drôme, elle occupe également une partie du Diois. En Ardèche, elle niche aussi sur les contreforts du Coiron et, très ponctuellement, dans certaines vallées des Cévennes méridionales. Localement, l’espèce remonte nettement plus au nord, en particulier sur les côteaux ardéchois de la vallée du Rhône où elle atteint Andance, soit le 45e parallèle. Sa nidification a même été prouvée à Grenoble (38), pendant l’enquête de préparation de l’Atlas. La Fauvette mélanocéphale semble avoir progressé vers le nord au cours des 20 dernières années, car elle n’était pas signalée dans le Diois ni dans ses sites marginaux du nord de l’Ardèche et de l’Isère dans le premier Atlas régional ([R]) ; Lebreton (1980) indiquait la montagne de Crussol comme limite septentrionale de cette espèce. Les effectifs rhônalpins, probablement compris entre 5 000 et 10 000 couples, ne représentent qu’une faible part des 400 000 couples estimés pour le territoire national ([E]).

Aucune information précise n’est disponible sur les densités de cette espèce dans ses différents milieux. A l’occasion d’un inventaire des oiseaux nicheurs de la forêt domaniale de Bois Sauvage (07), basé sur la méthode des points d’écoute, Mure (1995 b) n’a contacté la Fauvette mélanocéphale que dans les "landes" et les "landes sur pelouses", avec un IPA moyen inférieur à 1. La Fauvette mélanocéphale habite essentiellement les garrigues, où son milieu typique est une mosaïque de pelouses à brachypodes, alternant avec des peuplements arbustifs denses de Filaire (Phyllirea media), de Nerprun alaterne (Rhamnus alaternus), de Pistachier térébinthe (Pistacia terebinthus), de Cade (Juniperus oxycedrus) et de Buis (Buxus sempervirens), souvent avec quelques grands arbres ; elle peut aussi nicher dans des haies touffues ou des ronciers. Cette fauvette niche essentiellement à moins de 500 m d’altitude, atteignant toutefois 730 m sur les contreforts du Coiron (07) ; elle monte plus haut dans d’autres régions : jusqu’à 1 100 m en Corse et 1 200 m dans les Alpes Maritimes.

La Fauvette mélanocéphale est une espèce essentiellement sédentaire, qui peut être observée en période hivernale dans l’ensemble de son aire de répartition, y compris dans des milieux où elle ne niche pas, et même quelquefois beaucoup plus au nord : un mâle adulte a été vu à Bron (69) les 12 et 13 janvier 1974. La présence régulière d’individus au Sahel en hiver montre cependant qu’une partie au moins des populations est migratrice ([H], [N]). Des dépassements d’aire sont également notés au printemps : un mâle trouvé mort à Bellegarde (01) le 14 avril 1986 et un mâle dans un jardin de Montbrison (42) le 23 avril 1998 (Rimbert 1999). Ces dernières observations concernent probablement des oiseaux en migration prénuptiale ayant dépassé leur site de nidification.
Sa forte sédentarité expose la Fauvette mélanocéphale aux rigueurs du climat. Les vagues de froid produisent des variations cycliques d’effectifs, mais d’importance très variable ([N]). Ainsi, en Basse-Ardèche, alors que le coup de froid de janvier 1985 n’avait eu aucune influence notable sur les populations, l’enneigement important de février 1986 a fait disparaître durablement l’espèce de certains sites.

Le chant devient très régulier à partir du début de mars, mais les premiers chanteurs peuvent être entendus en période hivernale, à la faveur des beaux jours ; les plus précoces ont été signalés dans le sud de l’Ardèche, en décembre 1996, le 15 à Vals les Bains et le 17 à Beaulieu. La période de chant se poursuit jusqu’en juin ; les derniers retentissent vers le milieu de ce mois en Basse-Ardèche. Les données précises sur le déroulement de la reproduction sont rares. Les transports de nourriture sont observés essentiellement en mai (dates extrêmes : 2 mai 1998 et 6 juin 1996), ce qui indique une période de ponte située entre la mi-avril et le 20 mai. Ces dates s’inscrivent au milieu de la fourchette indiquée par Orsini (in [N]) pour la Provence et le Languedoc. Des nichées plus tardives peuvent cependant avoir lieu comme l’indique l’observation de 2 jeunes volant à peine le 13 juillet 1997 à Chassiers (07).
La Fauvette mélanocéphale n’est pas considérée comme menacée au niveau européen, ni au niveau national. Les populations rhônalpines, bien que situées en limite d’aire, semblent également en bonne santé mais restent sujettes aux aléas climatiques.

Alain Ladet