Fauvette grisette

Publié le mercredi 27 février 2008


Fauvette grisette Sylvia communis

Angl. : Common Whitethroat
All. : Dorngrasmücke
It. : Sterpazzola

Fauvette grisette, photo France DUMAS © 2008
Fauvette grisette, photo France DUMAS

La Fauvette grisette est une espèce polytypique d’origine euro-turkmène, présente du sud de la Scandinavie au centre de la péninsule ibérique. D’ouest en est, sa répartition s’étend de la Grande Bretagne et de la péninsule ibérique au sud à la Sibérie centrale ([E]). Après une chute des effectifs de la plupart des populations européennes dans les années 1970, celles-ci ont augmenté, sans pour autant retrouver leur niveau antérieur (Marchant et al. 1990). Aujourd’hui, les effectifs européens seraient compris entre 6,7 millions et 8,8 millions de couples, la Russie en abritant la plus forte proportion ([E]).

En France, la répartition uniforme s’explique par la reconstitution des populations depuis une vingtaine d’années et par une meilleure prospection qui a permis de combler les lacunes de l’enquête de Yeatman (1976). Les effectifs ne dépasseraient pas le million de couples ([N]).

Comme dans d’autres régions, une chute a été observée en Rhône-Alpes à la fin des années 1960 (Bournaud et Ariagno 1969). Longtemps considérée comme la fauvette la plus commune, elle ne fait plus partie aujourd’hui des espèces les plus représentées dans la région ; elle niche cependant dans tous les départements rhônalpins. Espèce typique des étages planitiaire et collinéen, elle évite les zones de haute montagne ; en plaine, elle est très présente en Val de Saône et le long du Rhône. Ailleurs, comme en plaine du Forez et dans le nord de la Drôme, sa fréquence diminue quelque peu, conséquence de probables modifications de l’habitat, notamment de la disparition de nombreuses haies. Les zones de collines comme les Monts du Forez et le Pilat (42), le Beaujolais et les Monts du Lyonnais (69), la bordure orientale du massif ardéchois (07), la bordure méridionale du Vercors et les Baronnies (26) accueillent de fortes densités. A cet étage, l’altitude moyenne de nidification est de 482 m (n = 73). Sa distribution reste très localisée dans les parties orientales des départements alpins. Bien que des observations ponctuelles soient réalisées jusqu’à 1 700 m (un chanteur le 30 mai 1972 à Bessans, en Maurienne (73), à 1 700 m ; un chanteur le 29 juillet 1973, à plus de 1 500 m à Combeau - 26), elle est rare au-delà de 1 500 m. Cette limite est supérieure à celle d’autres régions françaises, où sa présence est exceptionnelle au-delà de 1300 m (Affre et Affre 1980 ; Salvan 1983 ; C.O.A. 1989, Durand in G.O.J. 1993, Olioso in C.O.Gard 1993). Dans le canton de Vaud (Suisse), l’espèce ne dépasse pas 1 100 m (Petit - Matile in Sermet et Ravussin 1995).

Fauvette grisette à la mare avec un rouge gorge, photo France DUMAS © 2008
Fauvette grisette (avec un rouge-gorge), photo France DUMAS

Oiseau de la strate buissonnante, la Fauvette grisette apprécie les milieux à végétation arbustive dense mais peu élevée ; les buissons impénétrables forment ainsi son habitat de prédilection. En plaine, elle est inféodée aux haies et aux lisières épaisses des bosquets, même si, localement comme c’est le cas en Dombes, elle utilise les bordures de champs de colza. Sur les versants ensoleillés, pré-bois et anciennes friches envahies par une couverture touffue de buissons de ronces caractérisent son biotope préféré. Les landes denses à Genêt purgatif Cytisus purgans et Prunellier Prunus spinosa sont fréquemment utilisées. Comme elle occupe plutôt des milieux diversifiés de petite taille, sa fréquence reste délicate à estimer (Durand in G.O.J. 1993), d’autant qu’elle peut présenter des variations annuelles importantes. En Rhône-Alpes, les fortes densités observées dans le val de Saône (01) et le long du Rhône (38, 69), contrastent avec celles, moyennes à faibles, de la plaine du Forez (42) et du nord de la Drôme. Les valeurs extrêmes oscillent entre un chanteur pour 40 ha, en zone péri-urbaine (69), à un chanteur pour 2,5 ha, en milieu en mosaïque, dans la plaine de Valence (26), confirmant la tendance à former parfois des colonies lâches (Marion in Guermeur et Monnat 1980). Cette dernière valeur est en accord avec celles observées dans d’autres régions (Durand in G.O.J. 1993), mais reste très éloignée des densités optimales européennes ([E]) ; elle doit être cependant considérée avec précaution car le cantonnement, en début de période de reproduction, de nombreux mâles chanteurs célibataires peut conduire à une surestimation des effectifs nicheurs. Sur un circuit témoin de 3 km en Pays de Gex (01), l’abondance a varié de 1,6 à 4,3 mâles chanteurs cantonnés par km entre 1985 et 1987. Ces valeurs sont similaires à la limite supérieure des variations d’abondance, déjà mise évidence en Dombes (3 à 4 couples nicheurs par km) par Bournaud et Ariagno (1969).

Visiteuse d’été, la Fauvette grisette arrive en France dans la première quinzaine d’avril, parfois à la fin de mars. La date la plus précoce en Rhône-Alpes est le 5 mars 1990 dans le Diois (26) ; la date moyenne est le 7 avril (n = 36 années). Cependant, les dates moyennes d’arrivée ont fluctué à plusieurs reprises. La date moyenne d’arrivée de 1961 à 1979 est le 8 avril (n = 18), mais, de 1970 à 1975, cette arrivée printanière est retardée de 6 jours, le 14 avril (n = 6). De 1980 à 1997, la date moyenne est le 5 avril (n = 17), ce qui correspond avec les observations de Vaucher (1954). De 1983 à 1987, on constate à nouveau 8 jours de décalage. La date moyenne d’arrivée est alors le 13 avril (n = 5) ; elle redevient plus précoce entre 1990 et 1997, le 6 avril (n = 7). La périodicité du décalage observé est de sept à neuf jours, sur cinq à six ans.
La reproduction, qui donne lieu à au moins deux pontes normales ou de remplacement, s’étale d’avril à juillet. Les premiers nids sont construits dès l’arrivée sur les sites de reproduction dans la dernière décade d’avril : le 27 à Servas (01) en 1962, le 30 à Château Gaillard (01) en 1982. Cette précocité a déjà été observée dans d’autres régions (Olioso 1996). La majorité des nids sont achevés dans le courant du mois de mai ; en moyenne 4 œufs y sont déposés (n = 5), la taille des pontes allant de 3 à 5 œufs. Les premières éclosions ont lieu au début de ce mois, comme l’atteste le nourrissage de jeunes au nid le 10 mai 1997 à Berzème (07). La taille moyenne des familles est de 2,8 jeunes (n = 6), variant à l’envol de 2 à 5 jeunes. L’envol des premières nichées s’effectue jusqu’à la fin du mois de juin ; les secondes prennent leur essor en juillet. Des nids sont encore découverts dans la deuxième partie de ce mois : nourrissage au nid en Drôme méridionale le 19 juillet 1989, un nid avec des œufs dans ce même département le 21 juillet 1966. Les dernières nichées s’émancipent entre la fin de juillet et le début d’août : des jeunes à peine volants à Chaumirat (42) le 17 juillet 1988, une famille complète à Lapeyrouse (01) le 4 août 1996.
La dispersion commence au début du mois de juillet et la migration débute réellement un mois plus tard, jusqu’en octobre. La date moyenne de départ est le 2 octobre (n = 16) mais des oiseaux peuvent être observés jusqu’à la fin de ce mois : le 20 octobre 1963 à Valence (26), le 26 octobre 1969 au Bourget (73), date la plus tardive. Les fauvettes grisettes d’Europe occidentale hivernent au Sahel, ce qui peut avoir des conséquence sur les variations d’effectifs ([N], [E]). Les rares données de baguage du fichier régional ne permettent pas de localiser avec exactitude les quartiers d’hivernage des oiseaux rhônalpins.

La diversité des milieux sur de petites surfaces détermine la bonne densité de cette espèce. Même si la Fauvette grisette a démontré son adaptabilité en utilisant les bordures de certaines cultures intensives (Durand in G. O.J. 1993, [N]), la suppression des haies et le débroussaillage intensif des lisières et petites parcelles et les superficies de plus en plus vastes de friches, milieu de transition avant reboisement, pourraient être les causes de son lent déclin, observé depuis une décennie en Europe occidentale (Tucker et Heath 1994). Ceci est d’autant plus préjudiciable que la Fauvette grisette s’avère être une espèce sensible aux variations climatiques, aussi bien dans son aire européenne que sur ses sites d’hivernage africains. Cette sensibilité pourrait aussi expliquer les variations observées lors de la migration de retour. Parmi les facteurs favorables à son maintien, l’arrêt de l’expansion de la grande culture et la présence de plus en plus importante de jachères, source d’alimentation, semblent les plus sûrs garants du maintien d’une espèce qui a peine à retrouver ses effectifs d’antan.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photos : France DUMAS