Fauvette à tête noire

Publié le mercredi 27 février 2008


Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla

Angl. : Blackcap
All. : Mönchsgrasmücke
It. : Capinera

Fauvette à tête noire, photo France DUMAS © 2008
Fauvette à tête noire, photo France DUMAS

Espèce européenne, la Fauvette à tête noire présente une large aire de répartition dans toute l’Europe, à l’exception du nord de l’Ecosse et de la péninsule scandinave au delà du 64°N. Des populations nichent aussi en Afrique du Nord, autour de la Mer Noire et dans le Caucase (Glutz von Blotzheim et Bauer 1991). En Europe comme en France, c’est l’une des dix espèces d’oiseaux les plus abondantes et la fauvette ayant la plus large aire de distribution.

Dans notre pays, il s’agit de l’une des quelques espèces qui nichent de façon homogène sur tout le territoire ainsi qu’en Corse ; il en va de même en Rhône-Alpes, où l’espèce est extrêmement commune et répandue : elle se reproduit dans tous les types de milieux arborés, des plaines aux altitudes moyennes, au nord comme au sud de la région. L’espèce se raréfie avec l’altitude, à partir de 1 000 m environ et disparaît au delà de 1 800 m. Les altitudes maximales connues sont de 1 800 m dans l’Oisans (38) (chanteuse en aulnaie en juin 1986), 1 850m dans les Bauges (74) en mai 1971, 2 000 m à Bonneval sur Arc (73) en juin 1978 (Lebreton et Martinot 1998).

Fauvette à tête noire, mâle adulte, photo France DUMAS © 2008
Fauvette à tête noire (mâle adulte), photo France DUMAS

Espèce à tendance arboricole et peu spécialisée, la Fauvette à tête noire a des exigences écologiques simples : elle recherche l’association d’arbres recouvrant ou jouxtant une strate buissonnante ou arbustive dense. Les arbres lui servent de poste de chant et conservent ombrage et fraîcheur ; les buissons permettent de camoufler le nid et servent de terrain de chasse. Commune dans les talus boisés, bosquets et fourrés frais d’essences caducifoliées, tous les boisements lui conviennent, même ceux de résineux, mais elle en occupe alors les lisières et les clairières. La Fauvette à tête noire peut s’adapter à des micro-milieux, même isolés au sein de vastes espaces défavorables : quelques buissons dans un jardin ou un square arboré en centre urbain, un lambeau de bocage en plaine céréalière ou encore quelques feuillus ici et là en sapinière dense... en somme, elle est présente partout où le milieu lui est un tant soit peu favorable.
Quelques indications sur les densités atteintes en Rhône-Alpes sont disponibles : en Dombes (01), 9 couples/10 ha occupent un boisement mixte de frênes et de chênes à Villars les Dombes (Bournaud et Ariagno 1969) ; en Chautagne (73), la sylviculture de peupliers accueille plus de 11 couples/10 ha, alors que la ripisylve mélangée de saules et de peupliers atteint 17 couples/10 ha (Tournier 1976). En revanche, les quadrats réalisés à 1 150 m dans les sapinières du Pilat (42) n’obtiennent que 2,4 couples/10 ha. Enfin, en boisements feuillus suburbains à sous-bois fourni, l’espèce atteint 11 couples/10 ha à Oullins (69) en juillet 1990 (Renaudier et Mandrillon inédit).
Au printemps, il n’est pas toujours facile de distinguer les hivernants des premiers migrateurs. Les avant-coureurs se manifestent aux premiers jours de février, mais n’arrivent en moyenne que le 26 février (n = 34 années). Le passage culmine en avril et s’achève à la fin de ce mois, voire aux tout premiers jours de mai. De 1960 à 1979, les oiseaux arrivaient en moyenne le 4 mars, mais de 1980 à 1992, cette moyenne a été ramenée au 21 février. Cette précocité croissante pourrait être due à l’augmentation du nombre d’ornithologues de terrain, ainsi qu’aux hivers moins rigoureux. En Haute-Savoie, les oiseaux arrivent en moyenne le 2 mars (n = 18 années) ; dans le Rhône, ils arrivent à la même date moyenne (n = 20 années). En Vanoise, l’observation la plus précoce est le 3 avril 1979 à Bonneval sur Arc et le lendemain un oiseau fut trouvé mort au col Girard à plus de 3 000 m (Lebreton et Martinot 1998) ! A Dardilly (69) le passage s’étend du 15 février au 6 mai, la moyenne le 17 avril, de 1986 à 1990 (n = 685 individis, Mandrillon 1989). En Camargue, il s’agit du 7 avril (Klein et al. 1973) ; comme pour la migration postnuptiale, l’écart des dates médianes entre la latitude de Lyon et celle du delta du Rhône est donc de 10 à 14 jours.

Fauvette à tête noire, photo France DUMAS © 2008
Fauvette à tête noire (femelle), photo France DUMAS

Toutefois, certaines années au printemps précoce avancent les dates de retour d’une dizaine de jours. Le passage des oiseaux nordiques commence au début de mars. L’arrivée est assez subite dans la seconde quinzaine de mars et le gros du passage se produit du 10 au 25 avril. Les mâles sont majoritaires au début du passage : en ripisylve de l’Ozon à St Pierre de Chandieu (69) le sexe-ratio était de 1 femelle pour 5 mâles le 31 mars 1980. En 1988, 70 % de mâles furent capturés le 2 avril à Grignan (26) et 88% furent observés le 10 avril à Dardilly (69). La remontée s’observe d’abord dans la vallée du Rhône et se remarque ensuite sur les reliefs. Par exemple en 1984 en Ardèche, au col de l’Escrinet (787 m), les premiers migrateurs ont été notés le 25 mars ; le passage s’y est poursuivi jusqu’au 14 avril avec un maximum de 46 individus le 9 avril (n = 115 oiseaux). Ce décalage a été constaté dans le département du Rhône entre la ripisylve des îles de Miribel-Jonage (175 m) et Dardilly dans les Monts du Lyonnais (320 m). A la fin de l’été, une reprise des chants est décelable ; c’est en général après les dernières canicules estivales, lors de baisses sensibles des températures accompagnées de périodes orageuses, que ces chants postnuptiaux se font entendre. Ce sont souvent des strophes partielles, brèves ou incomplètes, parfois émises en sourdine, qui retentissent de la fin d’août mais plus généralement début septembre jusqu’en novembre. Le déroulement des migrations et de l’hivernage de la Fauvette à tête noire est bien documenté pour la région Rhône-Alpes ; il rappelle de façon schématique celui du Pouillot véloce Phylloscopus collybita. Le passage s’étend de la fin août à la mi-novembre, avec un maximum fin septembre. A Dardilly (69), les migrateurs sont notés du 6 septembre au 5 novembre avec une date médiane au 26 septembre (de 1986 à 1989 - n = 238 individus Mandrillon 1989). A Grignan (26), le gros du passage ne commence qu’aux alentours du 11 septembre et s’étend jusqu’à la mi octobre, ce qui correspond à l’épuisement des ressources en baies ; un pic important se situe du 25 au 29 septembre (Olioso 1986). Ces barycentres s’accordent de façon logique avec ceux trouvés aux limites de la région : le 20 septembre dans le canton de Genève (Turrian et Jenni 1989) et le 10 octobre en Camargue (Klein et al. 1973). A la fin du mois de novembre et encore en décembre, les observations sont plus rares mais régulières. L’hivernage est annuel mais en faible effectif dans la majeure partie de la région, plus soutenu dans toute la vallée du Rhône et plus encore au sud de Valence. Les populations de Drôme provençale sont sédentaires et s’éloignent peu de leur territoire en fonction des ressources alimentaires disponibles (Olioso 1996). De petits rassemblements peuvent être observés dans le sud de la région, par exemple au moins 10 à Rochemaure (07) le 29 décembre 1977, au moins 30 à Saint Maurice St Aygues (26) le 1er janvier 1981 (Olioso 1996). Ailleurs en Rhône-Alpes, quelques individus restent en plaine mais l’issue de cet hivernage se solde souvent par la mort de l’oiseau. Le microclimat des villes et de la vallée du Rhône retient des hivernants de façon plus régulière, mais l’espèce déserte les reliefs alpins et préalpins de décembre à la fin de mars. Une baisse des températures peut stimuler un oiseau à lancer quelques strophes. Les hivernants sont dépendants des fruits et des baies qu’ils consomment en grandes quantités, en particulier lierre, gui, raisin et vigne vierge, pyracantha, cotonéaster, aubépine... les pommes tombées dans les vergers et les grappes de raisin laissées par les machines à vendanger sont aussi très appréciées. La Fauvette à tête noire hiverne là où ces baies abondent, dans les vergers, haies, très souvent près des habitations, dans les jardins des villages et des banlieues, où elle consomme des pains de graisse et parfois du pain sec aux mangeoires.

Fauvette à tête noire, photo France DUMAS © 2008
Fauvette à tête noire, photo France DUMAS

Les comportements territoriaux commencent au sortir de l’hiver dans le sud, mais concernent des oiseaux relativement sédentaires (dès le 25 février 1996 à Aubenas 07). Au début de mars, les oiseaux se disputent, puis se cantonnent à la fin du mois et au début avril. Des constructions de nid ont été notées entre un 5 avril 1997 (transport de brindilles à Vaulx-Milieu - 38) et un 6 juillet 1996 à Bourg Saint Andéol (07), cette dernière date correspondant à une seconde ponte. Les nourrissages s’étalent du 17 avril 1995 à Saint Just d’Avray (69) au 13 août 1987 avec un nourrissage de 3 jeunes à la Tour de Salvagny (69). Les juvéniles sortent du nid à partir de la mi-mai (5 citations du 13 au 19 mai). Enfin, sur 11 nids dénombrés en Rhône-Alpes, 6 comptaient 5 oeufs, 4 en comptaient 4 et un seul contenait 3 oeufs.
Quinze oiseaux bagués en période de reproduction en Rhône-Alpes ont été repris de l’automne au début du printemps dans la partie occidentale du bassin méditerranéen : un dans les Bouches du Rhône, un dans l’Hérault, un dans les Pyrénées orientales, 2 en Italie, un en Grèce, 6 en Espagne, 3 en Algérie.

Texte : Alexandre Renaudier
Photos : France DUMAS

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