Fauvette à lunettes

Publié le mercredi 27 février 2008


Fauvette à lunettes Sylvia conspicillata

Angl. : Spectacled Warbler
All. : Brillengrasmücke
It. : Sterpazzola di Sardegna

L’aire de répartition de la Fauvette à lunettes, espèce d’origine européenne, s’étend sur l’ensemble du bassin méditerranéen occidental, des îles du Cap vert et des Canaries à l’ouest, à la Sicile et Chypre à l’est ([N], [E]).

En France, sa situation n’a guère évolué depuis soixante ans. Mayaud (1936), repris par Yeatman (1976), donne l’espèce “nidificatrice dans le midi méditerranéen et au Moyen-Orient”. Ce dernier auteur considère qu’il s’agit de l’espèce de fauvette dont la répartition est la plus étroite sur le territoire français. Les effectifs européens sont compris entre 157 700 et 318 300 couples ([E]). En France, Isenmann ([N]), la dit “localisée et nulle part abondante”. L’estimation fournie en 1976 évaluait les effectifs de la population nationale entre 3 000 et 10 000 couples (Yeatman 1976) ; l’enquête la plus récente révise cette estimation en donnant une fourchette nettement inférieure, de l’ordre de 50 à 100 couples seulement, sans pour autant évoquer une régression, jugeant les effectifs très fluctuants sans tendance marquée à la progression ou au déclin ([N]).

En Rhône-Alpes, la présence de l’espèce apparut si surprenante et sa répartition si ponctuelle dans des stations sèches de la Basse-Ardèche, que l’atlas de 1977 ne présente pas de carte de répartition ([R]) ; le statut n’a guère évolué. La nouvelle carte rhônalpine mentionne la présence de l’espèce comme nicheuse probable (commune de Rosières, chant et cri d’alarme le 13 mai 1997) ou possible, sur cinq communes du sud de l’Ardèche. Ces sites présentent une altitude moyenne de 230 m (n = 5). Bien qu’il soit avéré que l’espèce n’est pas limitée à une très étroite bande côtière le long de la Méditerranée (Olioso in C.O.GARD 1993), elle semble atteindre ici la limite nord de sa répartition régulière en France. Pour la période 1993-1997 les effectifs sont estimés à moins de 5 couples, la Fauvette à lunette appartenant au groupe des douze espèces ayant le plus régressé en Rhône-Alpes depuis 1977. Lebreton (in [R]), rappelait que les “étonnants paysages de la Basse-Ardèche sont les seuls présentant chez nous (en Rhône-Alpes) une gamme quasi complète de la végétation et de l’avifaune méditerranéenne”. De fait, la Fauvette à lunettes retrouve ici les garrigues basses et dégradées caractérisant son habitat, constitué par une alternance de taches de végétation buissonnante (Genevrier oxycèdre Juniperus oxycedrus ; Chêne kermès Quercus cocciferus) très souvent inférieure à un mètre, avec le sol nu ou des formations végétales rases. Ce type de paysage, constitué par une “brousse basse mais clairsemée de Chêne kermès” (Olioso in C.O.Gard 1994), correspond aux biotopes de nidification décrits dans les régions limitrophes (Salvan 1983 ; Olioso in C.O.Gard 1994 ; Olioso 1996 ; Orsini 1994). Rares sont les données permettant d’avoir une idée de la densité des populations des sites rhônalpins : au printemps 1984, 12 mâles chanteurs cantonnés ont été recensés sur 50 ha de garrigues dans les Gorges de l’Ardèche, soit 2,4 mâles chanteurs pour 10 ha ; au printemps 1987, 1,8 couples pour 10 ha. étaient présents sur 28 ha de garrigue à la Chapelle sous Aubenas (07) ; le même site accueillait 1,6 couples pour 10 ha en 1988. Ces évaluations correspondent à celles couramment admises en Italie et dans la péninsule ibérique, pays qui accueillent les populations les plus fournies ([E]). Une reproduction certaine est signalée par Isenmann en 1991 dans les Baronnies (26) ([N]).

Migratrice totale, la Fauvette à lunettes est présente d’avril à septembre, période qui correspond aux dates de migration observées en Camargue (Isenmann 1993). En Rhône-Alpes, la date la plus précoce est le 21 avril 1984. La répartition ponctuelle de l’espèce, sa relative courte période de présence et sa discrétion expliquent qu’aucun indice de reproduction certaine n’a pu être obtenu au cours de l’enquête du présent atlas. Les particularités locales de la biologie de reproduction restent inconnues, mais ne diffèrent sans doute pas de ce qui est décrit en région méditerranéenne. Deux pontes annuelles composées de 3 à 5 œufs chacune sont déposées entre avril et juin. La couvaison et l’élevage des jeunes, d’un temps équivalent d’une petite quinzaine de jours, sont assurés par les deux parents ([N] ; Géroudet 1998 b).

Yeatman (1976) considérait que l’espèce n’avait “jamais dû nicher en Savoie” mais, très récemment, sa reproduction a été prouvée dans le Valais (Suisse) (Maumary et al. 1990). Cette observation vient à point pour rappeler les mentions savoyardes du siècle dernier lorsque Bailly (1853-1855) donnait l’espèce comme nicheuse dans ce département. En fait, l’histoire récente montre que ce très discret Sylviidé peut réserver des surprises car sa limite de répartition est très fluctuante ; comme beaucoup d’oiseaux migrateurs, il peut s’installer temporairement sur un site qui lui convient. Sa présence est donc à rechercher avec patience et assiduité, en se fiant davantage à son cri d’alarme caractéristique qu’à son chant, dans tous les milieux ouverts qui lui sont favorables, y compris en altitude, puisque l’espèce niche en France jusqu’à 1 000 - 1 050 m. ([E]).

Olivier Iborra / CORA