Faucon pèlerin

Publié le mercredi 27 février 2008


Faucon pèlerin Falco peregrinus

Angl. : Peregrine Falcon
All. : Wanderfalke
It. : Pellegrino

Faucon pèlerin, photo Rémi RUFER © 2008

Cosmopolite, le Faucon pèlerin a une répartition quasi mondiale, à l’exception du continent antarctique, de quelques archipels du Pacifique et de zones désertiques.

En Europe, il est présent sous tous les climats et toutes les latitudes, sa principale exigence étant la présence de rochers pour se reproduire.

A l’image de celui de la population européenne, le statut du Faucon pèlerin en France s’est profondément modifié. Relativement bien représentée jusqu’au début des années 1950, avec une population estimée entre 900 et 1 000 couples, l’espèce s’est considérablement raréfiée au cours des deux décennies suivantes, frôlant l’extinction. Sa régression était généralement liée à l’usage intensif des pesticides organochlorés, aux persécutions et localement aux désairages des oiseaux pour la fauconnerie. La règlementation de l’usage des organochlorés, les mesures de protection légales ainsi que les campagnes d’information et de surveillance ont permis de stabiliser les effectifs à un niveau très bas, de l’ordre de 150 à 200 couples aux alentours de 1970-1972. La reconquête des anciens territoires, très lente dans les années 1970, s’est considérablement accélérée au cours des années 1980 et se poursuit actuellement (Frémillon 1998). En 1994, la population française était déjà estimée à 650 couples nicheurs ([N]).

Les connaissances sur le statut et la répartition du Faucon pèlerin en région Rhône-Alpes résultent d’un travail récent. En 1969, J. F. Terrasse constatait que “mal connues du point de vue ornithologique en général, les Alpes françaises ne le sont pas du tout en ce qui concerne la distribution du Faucon pèlerin". Quelques années plus tard, l’Atlas Ornithologique Rhône-Alpes ([R]) indiquait qu’il existe peut-être encore une cinquantaine de couples de pèlerins dans la région qui, à elle seule, hébergeait sans doute la moitié des effectifs français. La situation a depuis fortement progressé, une enquête du F.I.R. (Régnier 1989) indiquant pour Rhône-Alpes 115 couples et 123 sites. En 1998, la population régionale du Faucon pèlerin compte 280 à 300 couples.

Presque exclusivement ornithophage, le Faucon pèlerin est un chasseur de haut vol ; c’était d’ailleurs l’espèce noble par excellence des fauconniers médiévaux. Il capture généralement ses proies en plein ciel, à la suite d’une descente en piqué au cours de laquelle il atteint une vitesse supérieure à 300 km / h. Sur les sites de reproduction, la nature des proies dépend du milieu et leur taille varie de la Mésange bleue à la Corneille noire. Dans notre région riche en falaises calcaires, les sites à Pèlerin connus ont toujours été des parois rocheuses. Quand un choix est possible, la préférence de l’oiseau va aux parois exposées au nord ou à l’ouest. En fait, la hauteur des sites coïncide avec la dimension moyenne des falaises de la région. Les aires sont situées à toutes altitudes, la limite supérieure de nidification augmentant sensiblement d’une centaine de mètres par cent kilomètres en direction du sud. En Vanoise, la limite supérieure est de 1 400 m (Lebreton et Martinot 1998) avec une altitude moyenne des sites de nidification qui a augmenté depuis 1980. La distribution du Faucon pèlerin est liée au substrat géologique, car sa préférence pour le substrat calcaire aux vires rocheuses favorables est assez marquée : massif du Vercors (26, 38), Bas Bugey et Revermont (01). A l’inverse, les massifs cristallins (Belledonne, Oisans) ou granitiques de la bordure orientale du Massif central sont délaissés.

Le Faucon pèlerin est monogame mais les couples sont parfois accompagnés de femelles surnuméraires participant au cycle complet de l’élevage. A basse altitude, la plupart des couples sont sédentaires et cantonnés toute l’année à proximité des sites de reproduction. Les liens assez lâches durant l’hiver conduisent à une forme d’erratisme fréquente pour les sites d’altitude. De janvier à mars les oiseaux reviennent sur le site de reproduction. Cris longs et plaintifs, vols acrobatiques, attaques interspécifiques, échanges de proies préludent aux accouplements. La ponte débute à la fin de février et s’étale jusqu’au début d’avril. Les couples nouvellement constitués semblent plus tardifs que les anciens. Les dates moyennes de fin de ponte se situent entre le 10 et 20 mars. Les œufs (de 1 à 4) sont pondus à 48-72 heures d’intervalle. La femelle assure la plus grande part de l’incubation, qui dure 30 jours et débute à la ponte du dernier ou de l’avant-dernier œuf ; les éclosions interviennent donc dans un intervalle maximum de 72 heures. Dans des conditions normales, le mâle pourvoit seul à l’alimentation des jeunes, la femelle les réchauffe et les protège presque en permanence pendant les deux premières semaines, période critique pour la réussite de la nichée. L’élevage à l’aire dure de 42 à 48 jours. Après le premier vol, les jeunes restent dépendants des adultes pendant 6 à 8 semaines au cours desquelles ils exercent leurs techniques de vol par des jeux aériens, des poursuites et des attaques acrobatiques. En Isère une étude conduite sur de 1978 à 1997 a permis de suivre 380 reproductions sur 46 sites. La productivité moyenne est de 2,1 jeune / couple (Frémillon 1997). La dispersion se produit durant le mois de juillet, mais la présence intermittente de jeunes sur les sites de reproduction peut être constatée jusqu’en septembre. Des oiseaux erratiques, jeunes et immatures, sont présents entre septembre et février dans les grandes agglomérations régionales y compris en plaine comme à Lyon et à Valence. Bien qu’il n’y ait actuellement aucune preuve, il n’est pas impossible que dans un proche avenir l’espèce tente de nicher en milieu urbain et péri-urbain.

Le Faucon pèlerin, rapace emblématique, a fait l’objet d’importantes campagnes d’information et, depuis les années 1970, d’une surveillance systématique des aires. Depuis dix ans, le nombre de réoccupations des anciens territoires en France et en région Rhône-Alpes est en augmentation et cette situation globalement satisfaisante a pu faire penser que tout était définitivement acquis. Il n’en est rien et de nouvelles causes de régression se sont fait jour ; la progression naturelle du Hibou Grand-Duc (Bubo bubo), prédateur du Pèlerin, mais surtout le développement des activités sportives en pleine nature (vol libre, escalade - l’équipement de falaises en moyens lourds comme les via ferrata) peuvent être particulièrement dommageables. La vigilance reste donc de rigueur pour assurer la sauvegarde de l’une des plus prestigieuses espèces de la région Rhône-Alpes.

Texte : Jean-Luc Frémillon
Photo : Rémi RUFER
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