Faucon crécerelle

Publié le mercredi 27 février 2008


Faucon crécerelle Falco tinnunculus

Angl. : Common Kestrel
All. : Turmfalke
It. : Gheppio

Faucon crécerelle (transport de proie, micro-mammifère), photo France DUMAS © 2008
Faucon crécerelle

(transport de proie, micro-mammifère), photo France DUMAS

Le Faucon crécerelle est un Faucon de l’Ancien Monde ; il est polytypique, représenté chez nous et dans une bonne partie de l’Eurasie par la forme nominale. Il est répandu partout en Europe, du sud de l’Espagne à la Laponie, sauf en Islande et, en altitude, dans les montagnes du centre de la Scandinavie. Le statut de l’espèce est défavorable en Europe : près de la moitié de ses populations (près de 300 000 couples) sont en déclin significatif (plus de 20%) et 20 % de celles-ci connaissent un déclin notable de plus de 50% ; par contre, son aire de répartition est plus stable (Tucker et Heath 1994).

En France, il est considéré comme le rapace diurne le plus fréquent en période de nidification. Il n’y a pratiquement aucun secteur où il soit absent. Les populations sont estimées à 42 000 - 57 000 couples (1982) et semblent en diminution significative (peut-être plus de 20% des effectifs), mais la distribution reste assez stable (Tucker et Heath 1994). Dans la région Rhône-Alpes, l’espèce est répartie suivant des densités variables sur l’ensemble du territoire et à toutes altitudes inférieures aux neiges éternelles (en Oisans - 38 : observations jusqu’à près de 3 400 m et nidification démontrée à 2 500 m ; nidification record en Vanoise - 73 - à 2 710 m, Lebreton et Martinot 1998). Aucune évolution globale significative de la répartition n’a été constatée depuis les années 1970. Des témoins de progressions locales (meilleure prospection ?), par exemple une plus grande fréquence des observations disponibles, existent cependant pour le nord de la région. A l’inverse, notamment dans certaines plaines agricoles, les densités semblent avoir régressé. Joly (1979) a dénombré 40 à 50 couples sur 7 000 ha en Dombes (01), soit 6 à 7 couples pour 10 km². Au début des années 1980 les populations étaient bien plus faibles dans la région de Cruseilles (74 ; altitude moyenne 730 m ; Deliry et al., 1989 et en prép.) : 29 couples occupent 12 900 ha, soit une densité de 2,2 couples pour 10 km².

Faucon crécerelle (juvéniles), photo France DUMAS © 2008
Faucon crécerelle (juvéniles), photo France DUMAS

Cet oiseau est le plus ubiquiste des rapaces diurnes : il niche dans des arbres isolés, des bosquets, des bâtiments, des parois rocheuses, régulièrement dans les villes ; il n’hésite pas à s’installer dans de grandes agglomérations comme Lyon ou Grenoble. On rapporte sa nidification dans une jardinière au 8ème étage d’un immeuble de St Priest (69) en 1984, avec 7 jeunes à l’envol. Espèce des milieux ouverts, elle évite les massifs forestiers denses qui lui sont défavorables. Ce Faucon peut côtoyer sur certains sites l’Aigle royal et, en 1989, un couple a niché dans une aire occupée par des aigles dans le Vercors (38). Dans la région de Cruseilles (74), sur 9 aires découvertes, 5 se trouvent en milieu rupestre, 2 sur des bâtiments et 2 sur un arbre d’une haie (Deliry et al. 1989).

La population française, qui déserte en hiver les sites d’altitude (transhumance) ou enneigés, semble peu migratrice : environ 20 % hivernent sur place et les deux tiers ne se déplacent pas à plus de 100 km. Parmi les oiseaux qui se déplacent, les jeunes effectuent des voyages plus importants que les adultes : respectivement 301 km en moyenne (n = 21) et 72 km (n = 5). Seules 6 reprises révèlent de véritables déplacements migratoires (plus de 1000 km) en direction du sud-ouest. Il s’agit essentiellement d’oiseaux habitant la moitié orientale du pays, les oiseaux occidentaux étant particulièrement sédentaires ou présentant une mobilité limitée (Vansteenwegen 1993). Nous sommes donc concernés par ces derniers mouvements migratoires : nos populations essentiellement sédentaires, hors des phénomènes de transhumance, peuvent être considérées comme minoritairement migratrices . Ainsi, des oiseaux de l’Ain ont été repris en Seine-et-Oise, Deux-Sèvres, Aveyron ou, dans 2 cas au moins, dans le nord-est de l’Espagne (Bernard 1991). Notre région est traversée par des individus originaires du nord de l’Europe ou du centre du continent : Suède (3 reprises au moins), nord de l’Allemagne (1), Pays-Bas (1) ou Suisse (1). Les plus forts passages enregistrés l’ont été au col de Bretolet (74) où quelques centaines d’individus peuvent être comptés lors d’une saison d’automne (par exemple 473 du 6 septembre au 9 octobre 1977). Sur les autres sites suivis (Ceyzériat - 01, Col de la Croix Haute - 26/38, Fort l’Ecluse - 01/74...), les chiffres ne dépassent pas 100 individus en général bien que des pointes à plus de 300 oiseaux puissent être observées. Le passage est fort étalé, de la fin du mois d’août à la mi-novembre, avec un maximum de la fin septembre à la mi-octobre. En hiver, le Faucon crécerelle est de 4 à 5 fois moins abondant que la Buse variable dans les comptages échantillons le long des routes. A titre d’exemple, dans l’Ile Crémieu (38) on a pu noter suivant les hivers entre 0,1 et 1,0 oiseaux pour 10 km (contre 1,3 et 4,5 Buses / 10 km) sur les mêmes itinéraires (Deliry 1995 b) et dans l’Ain, entre 0,5 et 2,9 oiseaux pour 10 km (moyenne : 1,5) (Bernard 1991). Les proportions ne sont pas les mêmes en période de nidification : il faut donc bien considérer qu’une partie de nos populations a quitté la région en hiver. Le passage prénuptial a pu être constaté par exemple au col de l’Escrinet (07) ou dans la région de Cruseilles (74) ; il est sensible de la fin du mois de février à la mi-avril.

Faucon crécerelle (transport de proie, micro-mammifère), photo France DUMAS © 2008
Faucon crécerelle (transport de proie, micro-mammifère), photo France DUMAS

Si le nombre de données est faible, quelques jalons permettent cependant de constater que la nidification est très étalée dans la saison selon les couples et les secteurs (parade dès février et émancipation des jeunes jusqu’en août). Peu de données biologiques sont disponibles : l’Atlas précédent ([R]) cite 10 pontes : 3 de 5 œufs, 5 de 6, 2 de 7, soit une moyenne de 5,9 œufs par ponte ; il signale 9 couvées : 1 de 3 poussins, 3 de 4, 2 de 5 et 3 de 6, soit une moyenne de 4,8 jeunes par famille d’où un succès de l’élevage d’environ 80 %. Dans la région de Cruseilles (74), 14 cas de reproduction ont été suivis par une équipe menée par J.P. Matérac, avec une moyenne de 3,9 jeunes par famille au moins (4,5 si on s’en tient aux 4 résultats connus exactement). Les 14 couvées étudiées se répartissaient comme suit : 2 d’au moins 1 jeune, 1 de 2, 1 d’au moins 3, 2 de 4, 1 d’au moins 4, 1 de 5, 4 d’au moins 5, 1 de 6 et 1 de 7. Un essai de modélisation de dynamique des populations, avec une mortalité annuelle choisie à une valeur de 20 %, moyenne selon la littérature, indique que la population de la région de Cruseilles était assez productive au début des années 1980 (“ progression ” annuelle correspondant à 15 % de la population totale) (Deliry et al. 1989).

Nous avons peu d’informations locales sur l’évolution historique dans la région (voir plus haut). En France, l’espèce, qui a dû progresser au Moyen-âge, bénéficiant de l’ouverture des milieux, semble encore avoir vu ses populations augmenter au XIXième siècle. Depuis les années 1950, elle paraît en diminution, alors que la Buse et l’Epervier rétablissent peu à peu leurs effectifs depuis leur protection effective dans les années 1970 ([N]).
A l’échelle de l’Europe de l’Ouest, on considère que l’intensification de l’agriculture (pesticides, monocultures), ainsi que la disparition d’arbres creux dans les zones ouvertes sont des facteurs pouvant expliquer son déclin. Des mesures peuvent être adaptées pour agir en faveur de ce petit rapace (Tucker et Heath 1994).

texte : Cyrille Deliry
Photos : photo France DUMAS