Faisan de Colchide

Publié le mercredi 27 février 2008


Faisan de Colchide Phasianus colchicus

Angl. : Common Pheasant
All. : Fasan
It. : Fagiano comune

D’origine orientale, le Faisan de Colchide a été introduit puis s’est répandu plus ou moins naturellement à travers une grande partie de l’Europe, ne semblant éviter que les régions montagneuses (majeure partie de la Suisse, de l’Italie et de la Grèce), la péninsule ibérique et les régions trop froides (deux tiers nord) de la Scandinavie (Cramp et Simmons 1980).

En France, l’espèce est présente dans tous les départements. Quelques-uns (Haute Marne, Nièvre, Côte d’Or, Lozère et Cantal) sont toutefois très peu peuplés. Seul le climat alpin semble un obstacle à la plasticité écologique de cet oiseau (Birkan in [N]).

Dans la région Rhône-Alpes, le Faisan n’est assez répandu que dans le Pays de Gex, les districts planitiaires (Val de Saône excepté) de l’ouest du département de l’Ain, la vallée du haut-Rhône, l’ouest de la Savoie, essentiellement les marais de Chautagne, les districts du sud-ouest du département du Rhône, la plaine et les monts du Forez dans celui de la Loire. En Haute-Savoie, en Isère, dans la Drôme et dans l’Ardèche, seules sont rapportées des mentions éparses. La plupart des sites occupés sont situés à une altitude inférieure à 600 m, le plus souvent à moins de 500 m. Un chanteur a été entendu à Belleydoux (01, 1000 m) les 14 et 15 juillet 1996 et les plumes d’une femelle trouvées à plus de 1 700 m aux Houches (74) le 6 mai 1992 mais des altitudes bien supérieures (1 coq à 2 000 m en Savoie en octobre 1985) peuvent être atteintes par des oiseaux issus de lâchers cynégétiques.

Les effectifs nicheurs sont impossibles à évaluer, seules quelques familles étant observées tous les ans dans chaque département rhônalpin. Nulle part ne semblent exister de véritables populations naturelles (une population est considérée comme “ naturelle ” si elle est composée d’au moins 50 individus sans apport d’oiseaux d’élevage depuis 5 ans). Le biotope optimal de l’espèce dans notre région est constitué par une alternance de cultures, de milieux herbacés avec des boisements feuillus d’âges différents en milieu frais de basse altitude. Toutefois, le Faisan peut être rencontré dans des milieux très secs, en Provence par exemple. Des tentatives d’acclimatation en montagne sous climat alpin semblent vouées à l’échec. Seuls de rares oiseaux survivent à la saison de chasse durant laquelle ils sont introduits en grands nombres (plusieurs dizaines de milliers dans chaque département). Ainsi, dans l’Ain, seules 20 à 30% des observations sont-elles effectuées après la fermeture de la chasse. Les chants sont entendus à partir de mars, plus rarement dès février (date précoce du 19 février 1986 à Grignan - 26, exceptionnelle du 30 janvier 1990 à Dardilly - 69). Culminant en avril, ces chants s’estompent rapidement après la fin de mai et deviennent rares en été (date tardive du 31 juillet 1994 à Saint Maurice sur Dargoire - 69). Une seule mention de chant automnal a été effectuée : 17 octobre 1989 à Dardilly - 69. Les pontes sont déposées le plus souvent dans des prairies naturelles ou artificielles, des champs de trèfle ou de luzerne. Dans ces milieux, œufs et couveuse sont très exposés à la généralisation de la pratique de l’ensilage et des fauchaisons précoces et répétées, ce qui explique peut-être le déclin des populations dombistes. Plus rarement, les pontes ont lieu dans des friches ou des broussailles, au bord d’une haie ou à l’intérieur d’un bois clair. Les premiers œufs peuvent être trouvés dès la fin mars ainsi que l’indique l’observation d’une famille de 4 jeunes poussins à Chaveyriat (01) le 25 avril 1971. La plupart des pontes (qui comptent de 4 à 17 œufs) semblent déposées d’avril à juin. Toutefois, bon nombre de jeunes oiseaux peuvent encore être observés en août, bien plus rarement en septembre (extrêmes : 3 jeunes aux ¾ de la taille des adultes à Chalamont - 01 - à la mi-septembre 1997, 6 pulli de 8-10 jours à Grignan - 26 - le 11 septembre 1988). Les familles rhônalpines (n = 31) comptent en moyenne 6,25 jeunes (de 2 à 14).

L’introduction du Faisan de Colchide dans notre région a été effectuée à une époque inconnue. La plus ancienne mention publiée semble être celle d’Alleon du Lac (in Magne de Marolles 1788) citant l’espèce dans les monts du Forez (42) en 1765. Au début de ce siècle, le Faisan était considéré comme commun dans l’Ain (Bernard 1909) ce qui était encore vrai jusqu’au début des années 1970 en Dombes et dans la plaine de l’Ain. Par la suite, les raisons du déclin confinant à la disparition locale sont probablement les mêmes que celles invoquées pour la Perdrix grise. De nos jours, l’espèce ne survit en tant que nidificatrice que grâce aux survivants des lâchers cynégétiques. Cà et là, pourtant, certains renoncent à ces coûteux procédés pour privilégier la reconstitution de biotopes favorables et gérer les rares oiseaux nés sur ces territoires.

Alain Bernard