Engoulevent d’Europe

Publié le mercredi 27 février 2008


Engoulevent d’Europe Caprimulgus europaeus

Angl. : European Nightjar
All. : Ziegenmelker
It. : Succiacapre

Espèce polymorphe paléarctique, l’Engoulevent d’Europe est un insectivore aux mœurs crépusculaires et nocturnes. Il se reproduit du Maghreb au sud de la Scandinavie et de l’Angleterre au Lac Baikal. En Europe, l’Engoulevent est absent au-delà du 64ième degré de latitude nord (Cramp 1985 ; Green in Tucker et Heath 1994 ; [E]).

Les évaluations les plus récentes estiment les effectifs européens, hors populations russes, entre 130 000 et 290 000 couples (Green in Tucker et Heath 1994 ; [E]). En France, alors que Mayaud (1936) donne une répartition couvrant toute la France et le qualifie de “localement très commun”, les deux enquêtes suivantes mettent en évidence que l’espèce, bien que présente partout en France y compris en Corse, “reste rare au nord d’une ligne le Havre - Besançon” (Yeatman 1976 ; [N]). Les effectifs nationaux sont estimés entre 1 000 et 10 000 couples sans tendance marquée à l’évolution ou au déclin (Green in Tucker et Heath 1994).

Les connaissances sur la distribution rhônalpine de l’Engoulevent ont été affinées ([R]). Il niche dans tous les départements rhônalpins mais sa distribution y reste très morcelée (143 mailles sur 511, soit 27 %). Depuis 1977 ([R]), une régression de l’aire de distribution de plus de 20 % a été constatée, les progressions enregistrées dans certaines zones ne comblant que des lacunes de prospection. En effet, l’espèce a disparu de quatre districts : Genevois - Annecy, Tarentaise, Oisans et Devoluy. Dans les Savoie, l’Engoulevent n’est plus présent que sur les versants bien exposés des parties ouest ou des vallées méridionales : Rhône-Bourget (74), Monts du Chat et Bauges (73), vallée de la Maurienne (73). Dans le même temps, la pression d’observation aidant, la présence a été confirmée dans d’autres secteurs. Les zones les plus fournies sont situées au sud de la région dans les parties méridionales de la Drôme et de l’Ardèche : Baronnies, Tricastin, Diois, Basse Ardèche, Vivarais. En Isère, les résultats des prospections récentes font apparaître l’Engoulevent en Bas Dauphiné, plaine de Bièvre et Chambaran, en Trièves et dans les massifs de Belledonne et des Grandes Rousses. Le peuplement de l’axe rhodanien n’est pas continu, la Moyenne Vallée du Rhône accueillant ça et là quelques couples. Ailleurs l’espèce est présente en taches de plus ou moins grande superficie : dans le Revermont (01), dans le Roannais, le Pilat (42), les Monts du Lyonnais (69) et l’Ile Crémieu (38). L’Engoulevent fait partie des 30 espèces dont l’abondance a le plus diminué en Rhône-Alpes depuis vingt ans. Pour la période 1993-1997, les effectifs sont évalués entre 700 et 2 000 couples, une chute d’au moins 20 % pouvant être avancée dans 3 départements au moins du nord de la région : Isère, Ain et Haute-Savoie. L’Engoulevent apprécie les basses altitudes et se reproduit de préférence dans les étages planitiaire et collinéen. Il atteint cependant des altitudes plus élevées, puisque il est relativement fréquent entre 1 000 et 1 700 m, exceptionnellement plus haut et sans doute en migration : 2 300 m le 14 août 1977 en Maurienne (73) En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) définissent une altitude moyenne de 1 355 m pour l’ensemble du massif. Dans les montagnes méridionales de Rhône-Alpes (Diois, Baronnies), son altitude maximale doit être voisine de celle donnée par Olioso (1996) pour le Vaucluse : 1 300 m. Ces données correspondent aussi à ce qui est observé dans la canton de Vaud (Suisse) où l’espèce est présente jusqu’à plus de 1 000 m (Estoppey in Sermet et Ravussin 1995). L’Engoulevent utilise les landes et les fruticées, milieux naturels qui ont subi un large déclin au cours des trente dernières années. Pour nicher, il préfère un milieu semi-ouvert au sol sec et perméable. La végétation buissonnante et arbustive de son territoire de chasse, parsemée d’arbres isolés ou en bouquets, est entrecoupée d’espaces ouverts de plus ou moins grande superficie lui permettant de se poser au sol sur lequel il reste volontiers pendant de longs moments.
Migrateur tardif, l’Engoulevent est un visiteur d’été (Bournaud 1986). Les retours se font principalement dans le courant des mois d’avril et mai - date moyenne le 29 avril (n = 21) ; la plus précoce est le 10 avril 1997 à Saint Etienne (42) et la plus tardive le 11 mai 1983 à Anglefort (01). Dès le retour sur le site de nidification qui, semble-t-il, reste chaque année le même, les parades nuptiales ont lieu et le chant ronronnant, se fait entendre. La date moyenne du premier chant, le 4 mai (n = 12), est à considérer avec prudence car certains individus chantent alors qu’ils sont encore en migration. La nidification bat son plein pendant les mois de juin et juillet. Après les jeux nuptiaux, la ponte de deux œufs est déposée à même le sol, plus ou moins tôt selon l’abondance de la nourriture, qui dépend de la météorologie. Les deux parents assurent la couvaison, puis l’élevage des jeunes. Si la ponte est détruite, elle peut être remplacée, mais pas systématiquement. La découverte de nids en juillet - le 7 juillet 1986 à Chaponnay (69) et 1997 à Grignan (26), le 15 juillet 1986 à Rompon (07), le 20 juillet 1995 à Pontaix (26) - semble démontrer que, les bonnes années, une seconde ponte peut avoir lieu dans le courant de ce mois. Dans ce cas le mâle assure la fin de l’élevage de la première nichée puis rejoint la femelle qui a élevé, en solitaire, la deuxième couvée (Géroudet 1998a). Même si les derniers chants sont signalés à la fin de juillet et parfois en août - le 27 juillet 1990 à Charvonnex (74), le 4 août 1992 à Chomérac (07), le 20 août 1985 à Chambles (42) - les départs commencent dans la deuxième partie du mois de juillet et s’étalent jusqu’à la mi-septembre - date moyenne : 11 septembre (n = 11). Des retardataires sont observés jusqu’à la fin de septembre, voire au début d’octobre : le 24 septembre 1986 à Saint Vincent de la Commanderie (26), le 30 septembre 1998 à Verclause (26), le 8 octobre 1992 à Saint Victor sur Loire (42), le 11 octobre 1969 en Chartreuse (38). A noter une mention hivernale - fait exceptionnel en Europe - le 21 janvier 1982 à Miribel (01).
La discrétion de l’Engoulevent, qui découle de ses mœurs, ne doit pas occulter que cette espèce est en régression à l’échelle européenne (Green in Tucker et Heath 1994), déclin partiellement masqué en Rhône-Alpes par une meilleure prospection qualitative et quantitative entre l’Atlas de 1977 ([R]) et le présent ouvrage. Il serait souhaitable de mettre en place un suivi plus fin de la distribution de cette espèce à l’échelle régionale, pour proposer les mesures de gestion les plus appropriées à son maintien, voire à son retour dans les districts d’où il a disparu.

Olivier Iborra / CORA