Courlis cendré

Publié le mercredi 27 février 2008


Courlis cendré Numenius arquata

Angl. : Eurasian Curlew
All. : Grosser Brachvoge
l
It. : Chiurlo maggiore

Le Courlis cendré, de catégorie faunistique paléarctique, est largement répandue à travers tout le continent eurasiatique, depuis les Iles Britanniques et la France à l’ouest jusqu’au nord-est de la Chine. Sa distribution européenne comprend tous les pays du nord du continent alors que la limite sud passe par la France, la Suisse, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie et le nord-est de la Mer Caspienne (Géroudet 1983).

En France, le Courlis cendré est sporadiquement réparti mais quelques grandes populations peuvent être définies : Bretagne, Normandie, Alsace-Lorraine, bassins de la Loire et de la Saône. La répartition rhônalpine actuelle n’est pas très différente de celle constatée lors de la précédente enquête ([R]). L’espèce est présente dans le Roannais et la plaine du Forez (42), dans les monts du Lyonnais (69), la Bresse, le Val de Saône et la plaine de l’Ain (01), les marais autour du lac du Bourget et le Grésivaudan (73), le Bas Dauphiné et la plaine de Bièvre, mais plus l’Ile Crémieu (?) (38). Les effectifs sont difficiles à préciser. Il y aurait 40 couples dans la Loire, 10 dans le Rhône, 16-20 dans l’Isère (Dubois et Mahéo 1986), moins de 10 en Savoie. Dans l’Ain, les plus récentes estimations font état de 20-30 couples dans la plaine de l’Ain, 60-100 en Bresse, entre 450 et 700 chanteurs dans le Val de Saône ces dernières années (Broyer 1998 et comm. pers.) ce qui fait de ce département le plus peuplé en France, loin devant celui, voisin, du Jura (300 couples - Joveniaux in G.O.J. 1993). Avec 600-910 couples, notre région compte 37 à 65% des effectifs nationaux estimés à 400-600 couples (Sigwalt in [N]) et qui ne représentent que le centième des populations européennes hors Russie (Bednorz et Grant in [E]).

En période de reproduction, les seuls biotopes occupés sont les milieux herbacés, qu’ils soient humides ou secs. Comme cela avait été déjà remarqué lors du précédent atlas ([R]) et n’a fait que s’amplifier depuis, ce sont les herbages frais qui hébergent la plus grande partie des courlis rhônalpins. Dans le Val de Saône par exemple, ce sont les prairies submersibles, mais cela ne va pas sans dangers puisque les crues printanières peuvent, comme en 1983 ou 1988, anéantir ou presque toute possibilité de reproduction (Broyer 1998). Ailleurs, ce sont des zones de marais (Lavours - 01, marais savoyards) qui retiennent l’espèce, à condition que des aménagements (débroussaillage ou pâturage entre autres) créent les milieux ouverts indispensables à cet oiseau. A l’opposé, des biotopes très secs sont occupés, en moins grand nombre il est vrai. Ces milieux se retrouvent notamment dans les chaninats de la plaine du Forez (42), les "steppes" des camps militaires d’Ambérieu ou de la Valbonne (01), des aéroports de Satolas, de Saint Etienne de Saint Geoirs (38), de Corbas, les landes de Montagny (69), les prairies de fauche, voire de pâture de la plaine de l’Ain. Aucun des sites occupés en période de reproduction ne semble dépasser l’altitude de 500 m. Pourtant, des cantonnements - mais sans reproduction apparente - ont été signalés en 1981 à Aranc et Brénod (Bugey - 01) à environ 750 m. Les densités sont le plus souvent inférieures à 2 ou 3 couples aux 100 ha, en dehors de concentrations locales, en plaine de l’Ain par exemple, qui peuvent atteindre 4 couples sur la même surface. Dans le Val de Saône, ces données paraissent faibles, puisque les 700 chanteurs notés sur 3000 ha en 1998 (Broyer, comm. pers.) indiquent une moyenne de 23 chanteurs aux 100 ha, valeur sans doute dépassée localement et qui se situe au second rang européen après les 60 (!) couples aux 100 ha sur un petit secteur (300 ha) d’habitats semi-naturels des îles Orcades (Ecosse - Bednorz et Grant in [E]).

Le Courlis cendré est l’un des oiseaux rhônalpins qui revient le plus tôt sur ses quartiers de reproduction. Les oiseaux arrivent en effet à la date moyenne du 20 février (n = 27 années, entre 1963 et 1998), mais celle-ci, par un probable effet de la progression de la "pression" ornithologique ou du réchauffement climatique, n’a cessé de s’avancer au cours de cette période : le 28 février entre 1963 et 1974, le 17 février entre 1976 et 1989, le 6 février entre 1990 et 1998. Des dates de janvier ont même été obtenues récemment : le 22 en 1997 à Thoissey et même le 10 en 1998 à Saint Bénigne (01). Les chants et autres manifestations territoriales sont entendus dès ce moment et jusqu’à la fin de la période de reproduction (dates extrêmes : 10 janvier 1998 à Saint Bénigne - 28 juillet 1970 à Servas - 01) et sont exceptionnels en d’autres saisons : chant à Montagny le 25 novembre 1983. Les pontes (3 ou 4 oeufs) sont déposées le plus souvent en avril. Une ponte complète a toutefois été découverte dès le 22 mars 1992 à Reyssouze (01) ; un poussin de quelques jours le 28 avril 1982 et un jeune voletant le 28 mai 1990 à Château-Gaillard (01) indiquent également une ponte à la fin de mars. A l’opposé, un jeune non volant à Saint Bénigne le 5 juillet 1992 et un nid contenant 4 oeufs en Valbonne (01) le 20 mai 1990 sont tardifs. Nous ne possédons malheureusement que peu de données sur le succès de la reproduction. Dans le Val de Saône, Broyer (1988) indique que 7 couples sur 8 ont mené à terme leur nidification, en l’absence de toute fauchaison en 1987 mais que seulement 4 sur 8 y sont parvenus en 1988.

Dès la fin de la saison de reproduction, les courlis se dispersent et apparaissent dans des districts ou des régions où ils ne se reproduisent pas. La quasi totalité des biotopes secs sont désertés, les oiseaux rejoignant alors des milieux bien plus frais. Ce passage automnal est assez peu marqué. L’hivernage, irrégulier, concerne essentiellement les deux régions d’étangs que sont la Dombes et le Forez. Des troupes atteignant la centaine d’oiseaux ont été notées autrefois : 100 à Bouligneux (01) le 1er novembre 1959, 100 en plaine du Forez le 16 décembre 1962. L’origine de ces oiseaux n’est suggérée que par la reprise d’un oiseau bagué en Allemagne de l’Est le 19 mai 1970 retrouvé dans la Loire le 15 février 1971. Le passage printanier, mieux marqué, débute en février, culmine en mars (plus grosse troupe : 140 dans la Loire le 18 mars 1962) et se poursuit jusqu’en avril, voire en mai (Broyer 1983). Des estivants non nicheurs sont notés fréquemment en Dombes.

Assez curieusement, le Courlis cendré est une acquisition récente de l’avifaune nidificatrice rhônalpine. En 1936, Mayaud ne cite l’espèce que dans les marais de Divonne (01). Les premiers cas de reproduction en Dombes ne remontent qu’à 1948 ou 1951, à 1953 dans l’Isère, à 1960 dans la plaine du Forez, à 1963 en Bresse et dans le Val de Saône (Dubois et Mahéo 1986). En 1977, la population rhônalpine était estimée à 135 couples, l’espèce ayant disparu en Dombes dès 1964 à la suite de l’assèchement du marais des Echets. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Courlis voyait ses effectifs s’éroder en Savoie et dans l’Isère en raison de la transformation des marais en zones de culture ([R]) ; le labourage de prairies de fauche est également responsable de la disparition d’environ 50% des effectifs de la plaine de l’Ain lors de la dernière décennie. Par contre, depuis le début des années 1980, les populations du Val de Saône n’ont cessé de s’accroître : plus de 250 couples en 1981, plus de 350 en 1985, 400 en 1992, 500 en 1994, 600 en 1996, 650 en 1997 (Broyer 1998), 700 en 1998 (Broyer comm. pers.). Cet accroissement est dû dans un premier temps (années 1980) au repli vers ce site d’oiseaux d’Alsace et de la partie bourguignonne du Val de Saône puis, dans un second temps, aux effets positifs des mesures agro-environnementales menées depuis 1993 et destinées primitivement à préserver les populations locales de râles des genêts et de cailles.

Alain Bernard