Corneille noire

Publié le mercredi 27 février 2008


Corneille noire Corvus corone

Angl. : Carrion Crow
All. : Rabenkrähe
It. : Cornacchia

Corneille noire, photo France DUMAS © 2008
Corneille noire, photo France DUMAS

Souvent nommée “ corbeau ” par le public, cette espèce est de catégorie faunistique paléarctique. Elle présente une vaste répartition en deux groupes principaux : Corneille noire (6 sous-espèces) et C. mantelée (4 sous-espèces) ([N]). Forte de plusieurs millions de couples en Europe, la Corneille noire n’est pas menacée. Elle est même en progression significative dans divers pays, tout particulièrement en Grande Bretagne (Tucker et Heath 1994). Sa répartition couvre l’Europe mais manque cependant localement ; par exemple, elle est absente pratiquement de toute l’Irlande (Holloway 1996). Si notre Corneille noire (Corvus corone corone) est réputée sédentaire, certaines populations de Corneille mantelée (groupe cornix) peuvent migrer. Les mouvements sont alors sensibles en octobre-novembre et février-mars (Cramp et Perrins 1994 a).

Commune dans toute la France sous sa forme nominale, elle est représentée en Corse par la forme mantelée (Corvus corone sardonius) ([N]). Ses populations sont globalement stables, mais la progression de l’espèce a été importante sur le littoral méditerranéen ([N]) qu’elle n’occupait guère dans les années 1930 (Mayaud 1936). En Provence, elle n’a pas dû nicher avant le début du XXième siècle et son statut a considérablement évolué depuis (Olioso 1996). Dans les régions de montagne, elle évite les parties élevées ([N]). La population française est estimée à environ 500 000 couples ([E]).

Corneille noire, photo France DUMAS © 2008
Corneille noire, photo France DUMAS

Dans la région Rhône-Alpes, elle est très commune dans les districts de plaine et jusqu’à près de 1 000 m d’altitude. En montagne, sa fréquence est limitée par la présence de massifs forestiers compacts et l’étage alpin-nival ne convient guère à sa nidification. Elle a cependant été notée jusqu’à 2 645 m au col du Galibier (73) en 1971 et sa nidification a été prouvée (oiseau couvant le 2 mai 1971) à 1 900 m, à Bessans (Maurienne - 73). Les effectifs de l’espèce ne sont pas évalués dans la région. Depuis le premier atlas, elle semble mieux représentée dans certains districts naturels : Arve-Giffre, Tarentaise, Chartreuse et Vercors notamment, sans qu’on sache s’il s’agit d’un effet de la prospection ou d’une réelle progression en montagne.

La migration de certains individus ne peut être exclue puisque des reprises d’oiseaux français ont été effectuées jusqu’à 300 km de leur site de nidification et des oiseaux allemands, capturés dans la Haute-Vienne. Seulement 23 reprises de bagues étrangères en France témoignent d’un phénomène somme toute marginal ([H]). Au confluent Ain-Rhône, des regroupements pouvant aller d’une centaine à, exceptionnellement, un millier d’individus (entre septembre et novembre 1993) peuvent indiquer de tels mouvements. Les dates concordent en effet avec les mouvements connus de la Corneille mantelée dans le nord de l’Europe et ces groupes ont fourni la même saison 4 observations de Corneilles mantelées ou hybrides sur le site, ainsi que quelques autres à la même époque en Savoie et dans l’Ain (Deliry 1995 a). Ce n’est pas une espèce grégaire comme le Corbeau freux, les couples nichant isolément. En plaine, la nidification est étalée dans le temps : des parades ont été notées le 8 février 1981 dans l’Ile Crémieu, des oiseaux couvant déjà ont été vus le 7 mars 1990 à Sandrans (Dombes), les 30 et 31 mars 1973 en Plaine du Forez (42), alors que des jeunes étaient au nid le 1er juillet 1965 en Dombes. Ensuite l’erratisme postnuptial rassemble des groupes comptant jusqu’à quelques centaines d’individus (groupe de 400 le 7 août 1995 à Aoste - 38) dès juillet-août. Divers dortoirs sont connus dans la région où des regroupements plus importants encore peuvent être observés. Citons celui d’Annecy, où 2 178 oiseaux par exemple furent comptés le 26 janvier 1991. De telles rassemblements de Corneilles semblent indépendants de la saison.

Du point de vue historique, nous avons peu d’éléments sur l’évolution rhônalpine de la Corneille noire. Les campagnes d’empoisonnement des nuisibles ne semblent pas avoir été sans effets. En Maurienne, c’est la Corneille mantelée, présente de façon marginale, qui a été victime de telles campagnes au point de disparaître. Par contre et plus récemment, une spectaculaire augmentation des effectifs, tant nicheurs que non nicheurs, a été signalée en Dombes (Bernard 1987). Ceux-ci étaient pourtant déjà fort importants il y a près de 60 ans, selon Meylan (1938). Cet auteur soulignait déjà qu’ils n’étaient pas sans conséquences sur l’avifaune nidificatrice. L’étude de Broyer (1988) a pu mesurer l’ampleur d’un phénomène amplifié par l’évolution des pratiques agricoles. La Corneille mantelée a montré des évolutions significatives au niveau national. Elle devait être commune au Moyen-âge, du moins en hiver (Kerautret 1968). Elle était encore très commune en hiver au XIXième siècle, plus particulièrement au nord et sur la bordure atlantique, ce, jusqu’au Pays Basque. Dans les années 1950, la distribution hivernale reste similaire, mais les effectifs ont beaucoup baissé. Dans les années 1960, la Corneille mantelée n’est plus représentée que dans les 3 départements du nord du pays ([H], Dubois 1994). Le nombre d’observations d’hybrides depuis 1990 (Dubois 1992) et d’observations au passage et en hiver depuis au moins 1993, dans la région Rhône-Alpes semblent en augmentation. Olioso (1996) constate le même phénomène dans le Vaucluse dès 1991. En hiver, la Corneille mantelée a été observée en Dombes, l’Est Lyonnais, la plaine de Bièvre, le Grésivaudan et la Basse Vallée de l’Isère (pour le département de l’Isère, voir Loose 1986). La nidification de la Corneille mantelée, bien que très marginale dans la région, mérite qu’on s’y arrête. Nous ne citerons que les observations récentes en période de nidification (excluant février-mars, période de migration) et les cas de nidifications connus, même plus anciens.

Corneille noire, photo France DUMAS © 2008
Corneille noire, photo France DUMAS

En période de nidification, elle a été vue à la décharge de Beaufort (73) du 21 au 26 août 1988 (Blanchemain et Blanchemain 1993) ; deux hybrides à St Bénigne le 27 juillet et une presque pure à Romans le 15 août 1993 dans l’Ain, une Mantelée les 22 juin et 5 juillet 1995 à St Hilaire-de-Brens (Ile Crémieu) (Deliry et al. 1997), une le 15 mai 1983 à Certines (01), une le 21 juillet 1996 à Montélimar (26). Parmi des indices de nidification, notons des nicheurs à Bessans (Maurienne) en mai 1975 ([R]) ; un adulte de Mantelée et de jeunes hybrides récupérés par un taxidermiste à Trévoux (01) en 1981 ; deux nidifications de couples mixtes, en 1993 et 1994 dans le département de l’Ain (Dombes et Plaine de l’Ain) qui produisent respectivement une Mantelée, 3 Noires et 2 Noires à l’envol ; un nid à Lyon (69) avec une Corneille noire couvant et une Corneille mantelée territoriale notées le 7 avril 1997. D’autres cas ont été cités, sans précision, pour la Croix Rousse à Lyon (69) dans les années 1980. Les exemples ne sont pas limités à la proximité de l’Italie (voir aussi Bril et Dubois 1996). Le phénomène n’est peut-être pas récent. Ainsi Ogerien (1863) la signalait comme nidificatrice rare et migratrice en automne assez régulière dans le Jura.

Texte : Cyrille Deliry
Photos : France DUMAS