Cisticole des joncs

Publié le mercredi 27 février 2008


Cisticole des joncs Cisticola juncidis

Angl. : Zitting Cisticola
All. : Cistensänger
It. : Beccamoschino.

De catégorie faunistique Indo-africaine, la Cisticole des joncs a une aire de répartition européenne très instable, étroitement soumise aux conditions climatiques hivernales ; elle se reproduit normalement dans toute la région méditerranéenne et le long de la côte atlantique française mais elle a aussi pu atteindre, certaines années, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. La population européenne minimale est évaluée à 1 200 000 couples, la population maximale à 10 200 000. En France, la comparaison des deux atlas (Yeatman 1976, [N]) illustre parfaitement les mouvements d’avancées et de reculs que connaît la répartition de la Cisticole. Le premier a été réalisé au plus fort d’une vague expansive de l’espèce alors que le second fut marqué par les deux hivers extrêmement rigoureux de janvier 1985 et 1987. En Rhône-Alpes, la répartition 1995-97 figurée sur la carte ci-contre montre une présence essentiellement limitée aux régions méridionales de basse altitude de la Drôme et de l’Ardèche. L’espèce a aussi été contactée plus au nord, de manières répétées en Dombes (01) (en quatre sites distincts), dans les prairies du Val de Saône (01 - 69) et au marais de Lavours (01) mais aussi plus ponctuellement en Plaine du Forez (42), en Moyenne Vallée du Rhône (42 - 69) et en Isère. Elle se trouve donc aujourd’hui presque exclusivement cantonnée aux plaines alors qu’elle fut découverte dans le passé à près de 800 m d’altitude (le 11 août 1973 à Mens - 38). A proximité de notre région, cette espèce nicha même à 1 280 m pendant 3 étés consécutifs (de 1973 à 1975 à Seyne-les-Alpes-04) et un chanteur fut plus récemment noté à 1 059 m (aux Rousses - 39, le 29 juin 1994) (Crouzier 1994).

La Cisticole fréquente tous les milieux herbacés, qu’ils soient naturels ou artificiels. Ses milieux favoris dans le sud de la Drôme sont les bords de fossé, les friches, les cultures de colza (où elle installe ses nids les plus précoces), les prairies humides et les céréales. Elle n’y recherche donc pas particulièrement les milieux humides alors qu’elle opte toujours en Dombes ou à Lavours pour des zones de marais ou de végétation palustre et dans le Val de Saône pour des prairies inondables.
Les premiers chants sont notés à la fin de mars ( à Grignan - 26 - le 27 en 1995 et 1996, à Chalamont - 01 - le 24 en 1996 et dès le 12 mars 1984 dans le Tricastin - 26). Les premières pontes sont déposées à la fin d’avril mais l’espèce peut se reproduire tard (2 familles avec des jeunes à peine volant le 15 septembre 1995 à Grignan). Les cisticoles rhônalpines sont-elles sédentaires ? A Grignan, une femelle baguée sur place le 1er mai 1984 a été contrôlée au même endroit le 14 octobre suivant. Cependant, une sédentarité n’expliquerait pas les possibilités expansionnistes remarquables de cette espèce, phénomène probablement dû à sa prolificité et aux facultés de dispersion des jeunes.

Le premier atlas rhônalpin ([R]), qui date de la même époque que le premier atlas national, montre ce qui constitue très probablement l’extension maximale de la répartition de la Cisticole dans la région. Cet ouvrage a retracé l’historique local de l’espèce, ses apparitions dans les années 1930 et 1950 et la forte poussée enregistrée de 1973 à 1976. La succession de deux hivers assez rigoureux en 1977/78 et 1978/79 a décimé la population qui s’est ensuite stabilisée à un bas niveau jusqu’en 1985, année dont le mois de janvier connut des froids très vifs qui anéantirent les populations de l’espèce en Rhône-Alpes, mais aussi en Camargue et dans le Languedoc. Il n’y eut qu’une seule observation lors des printemps 1985 (un chanteur le 1er juillet à Grignan) et 1986 (un chanteur le 21 juin sur le même site). Après un nouvel hiver rigoureux en 1986/87, l’espèce disparut totalement de la région jusqu’au 15 juin 1989 ( un oiseau observé au marais de Lavours - 01). Dans le sud de la Drôme, la réapparition de la Cisticole n’a été notée que le 7 avril 1993 à Ancône ; à Grignan, d’où elle avait disparu en 1986, elle ne fut réentendue que le 21 février 1994 ! La recolonisation fut alors très rapide et il ne fallut que deux ans à l’espèce pour occuper le territoire figurant sur la carte de ce nouvel atlas. Cependant, l’hiver 1996/97 fut assez rude et la neige recouvrit le sol pendant plusieurs jours dans le sud de la Drôme, ce qui fit à nouveau disparaître l’espèce, la première observation du printemps 1997 n’étant réalisée que le 13 juin à Grignan. Caractérisé par des conditions hivernales plus rudes, le nord de la région Rhône-Alpes n’a connu qu’une mention de l’espèce (à Lavours) entre l’automne 1984 et le printemps 1996, date d’un retour timide et sans cesse remis en cause par les aléas de la météorologie.

Pierre Crouzier
Georges Olioso