Cincle plongeur

Publié le mercredi 27 février 2008


Cincle plongeur Cinclus cinclus

Angl. : Dipper
All. : Wasseramsel
It. : Merlo acquaiolo

Le Cincle plongeur est une espèce paléarctique, polytypique, peuplant l’ensemble des massifs montagneux de l’Europe et de l’Afrique du Nord. En France, il occupe largement les zones de reliefs, des Pyrénées aux Ardennes, et seul le Massif armoricain fait exception avec une absence remarquée de cet oiseau (Marzolin in [N]). La population française est estimée à environ 20 000 couples, soit 8 à 13 % des effectifs européens compris entre 151 000 et 230 000 couples hors population russe ([E]). La région Rhône-Alpes est entièrement comprise dans l’aire de répartition du Cincle, qui occupe tous les secteurs accidentés : Vivarais, Pilat, Monts du Forez et Monts du Lyonnais pour le Massif central, ensemble des massifs alpins et jurassiens. L’espèce fait défaut dans les zones de faible relief comme la plaine du Forez, la Dombes et le Val de Saône, ainsi qu’une bonne partie du Bas-Dauphiné. Il est vraisemblable que le Cincle, après une phase de régression, soit revenu dans certains secteurs de basse altitude ; c’est le cas en particulier de l’île Crémieu où, présent dans les années 1960-1970, il est de retour dans les années 1990 après une éclipse de plus de 20 ans. L’amplitude altitudinale de l’espèce est très large : de 40 m dans les gorges de l’Ardèche à 2 800 m en Vanoise (Lebreton et Martinot 1998). La région Rhône-Alpes s’avère être d’une grande importance pour l’espèce, bien que nous ne possédions que très peu de données sur les densités rhônalpines. Cinq à dix couples nichent sur les 30 km de gorges de l’Ardèche et sur la Semène, en Haute-Loire mais dans le district du Pilat, une étude sur plusieurs années a montré la présence de 5 couples sur 3 km. Le Cincle plongeur est caractéristique des rivières à courant rapide, oxygénées et riches en macroinvertébrés. Classiquement, l’espèce est associée à la zone à truite. Ces critères sont respectés en Rhône-Alpes, avec toutefois une originalité dans le sud de la région, où le Cincle occupe des ruisseaux méditerranéens intermittents, complètement asséchés durant plusieurs mois de l’année, comme la Payre en Ardèche. Sur le cours de la rivière Ardèche, l’espèce est commune à l’amont d’Aubenas, où les sites de nidification sont nombreux, mais devient plus localisée à l’aval au niveau des barrages et rapides (Ladet 1992).

Il est parfois difficile de distinguer les chants de fin d’été et d’automne de ceux qui préludent à la reproduction du Cincle. Ainsi, dès la mi-décembre (le 16 décembre en Ardèche), les premiers chants se font entendre avec une augmentation en janvier et février. La construction ou la restauration des nids s’observe très tôt : le 28 février 1984 sur le Fier à Rumilly (74) ; les oeufs sont déposés dès la première quinzaine de mars. Une donnée remarquablement précoce est à noter : le 1er mars 1987, un nourrissage de jeunes est observé dans le Vivarais. Alors que les dates des premières pontes s’étendent sur mars et avril, les secondes pontes se déroulent sur mai et juin. Les trois données de taille de ponte connues donnent 6, 5 et 2 oeufs ; pour 16 nids occupés par des poussins, quel que soit leur âge, on a observé une moyenne de 3,1 jeunes par nichée. Les nids sont situés au voisinage immédiat de l’eau et, dans les secteurs accidentés, le support rocheux est le plus souvent utilisé : en Ardèche, sur 19 nids, 17 sont accrochés à la roche et 2 sur des constructions humaines. Les nids sont distants de quelques centaines de mètres ; sur un affluent du Rhône dans le sud de l’Ardèche, deux nids étaient distants de 75 m, ce qui semble un record de proximité (Cochet, à paraître).

Les cours d’eau peuvent héberger le Cincle toute l’année, même en montagne où les oiseaux sont observés pêchant dans des rivières aux trois quarts gelées comme sur l’Arc à 1 800 m d’altitude le 20 décembre 1970 (Lebreton et Martinot 1998). De même il hiverne à plus de 1 000 m en Isère, notamment au lac de Matheysine ainsi qu’à Villars de Lans, où il a été observé le 23 février 1991. Néanmoins, des mouvements de descente vers l’aval et de transhumance en zone de montagne se produisent, et l’espèce apparaît en automne et en hiver dans des secteurs de basse altitude où elle se fait rare en période de reproduction : plaine de Bièvre, basse vallée de l’Isère, vallée du Rhône, Est Lyonnais.

Nous ne disposons pas de données quantitatives permettant d’évaluer une éventuelle diminution des effectifs du Cincle plongeur. Cependant, dans le Vivarais, sur le Duzon où la qualité de l’eau a fortement diminué en raison de son eutrophisation, nous avons noté, durant les années 1990, l’absence de nicheur sur deux sites occupés dans les années 1970 (Cochet 1993). Il a également disparu de la vallée du Lez en aval de Toulignan (Tricastin) après 1985. De même, sa quasi absence sur des rivières très polluées comme le Gier (42) ou le Furan (01), montre bien à la fois la valeur indicatrice de l’espèce et sa vulnérabilité. L’Epervier chasse souvent au ras des cours d’eau et capture à l’occasion des cincles, dont il est le principal prédateur (Tyler et Ormerod 1994). La Loutre peut s’attaquer aux nichées et aux jeunes individus mais sa densité en Rhône-Alpes ne peut affecter la population de cette espèce. Nous avons noté une capture par le Hibou Grand-duc dans la vallée du Doux. Actuellement, le Cincle plongeur est surtout menacé par la pollution et la destruction de son habitat, la construction de barrages qui noient les habitats favorables, le recalibrage des cours d’eau ainsi que leur "entretien" excessif. La fréquentation estivale des cours d’eau à des fins touristiques (pêche, canoés, etc.) a sans doute aussi un impact négatif, qui reste difficilement quantifiable.

Gilbert Cochet