Cigogne noire

Publié le mercredi 27 février 2008


Cigogne noire Ciconia nigra

Angl. : Black Stork
All. : Schwarzstorch
It. : Cicogna nera

Espèce paléarctique, la Cigogne noire est protégée en France. Une petite population occupe l’Afrique australe ; en Europe, elle niche dans l’ouest de la péninsule ibérique et dans l’est et le centre du continent (Duquet et Michel 1994). En France, en Belgique, au Luxembourg et au Danemark, son implantation est plus récente. Dans notre pays, les premiers cas de reproduction remontent au milieu des années 1970 ; la population est estimée à 22-35 couples en 1997, répartis sur 22 départements dans une large diagonale reliant la Gironde à l’Alsace-Lorraine. Les observateurs rhônalpins ont signalé la présence de la Cigogne noire à trois reprises pendant la prospection du présent atlas : le 24 juin 1995 et en juin 1997 en Ile Crémieu (38) et en juin 1996 (ainsi qu’en juin 1994) dans le secteur de Chambarand (38).

Toutes ces observations se situent à des dates et dans des sites extrêmement favorables pour la Cigogne noire qui recherche en effet “ les vastes étendues forestières entrecoupées d’étangs, de ruisseaux et de vallons humides, à basse altitude ”, et tout particulièrement les forêts “ âgées, peu ou pas exploitées, et où dominent les essences feuillues ” (Duquet in [N]). Par ailleurs, Michel (in Sériot et al. 1996) précise qu’une ou deux observations d’adultes sur un site favorable entre le 20 mai et le 10 juillet suffisent pour classer l’espèce comme nicheuse possible, voire probable si le nombre de contacts est supérieur. La Cigogne noire se caractérise en effet par son extrême discrétion en période de reproduction. A cet égard, G. Jadoul (in Duquet et Michel 1994) rapporte que pendant toute la période de nidification 1994, les adultes d’un nid connu en Belgique, situé à quelques kilomètres de son domicile dans une forêt fréquentée quasi quotidiennement par lui et ses amis, n’ont donné lieu qu’à trois observations en dehors du site du nid ! De plus, un secret certain règne autour des reproductions de cette espèce particulièrement sensible au dérangement. Cette attitude légitime explique sans doute que les “ 0-2 couples ” signalés en Isère en 1995 (Michel in Sériot et al. 1996) n’aient été mentionnés ni dans des bilans ultérieurs, ni dans les autres publications (Michel in Sériot et al. 1999).

D’autres données peuvent laisser suspecter la reproduction de la Cigogne noire en Rhône-Alpes. Certaines se situent d’ailleurs non loin de l’Ile Crémieu : une à Loyettes (01) le 24 juin 1990 et une à Meximieux (01) les 22 et 26 juin 1994. D’autres sont plus éloignées mais restent troublantes, comme deux observations des 28 juin 1991 et 1994 non loin de la rivière d’Ain à Corveissiat (01). Enfin, la mention d’un oiseau volant haut vers le nord à Péronnas (01) le 20 juin 1998 paraît extrêmement tardive pour un migrateur. Le passage prénuptial débute en effet en mars (en moyenne le 17 mars sur douze années, entre 1978 et 1993) pour se terminer en général en mai. Il est nettement moins fourni que la migration postnuptiale. Celle-ci bat son plein en août et en septembre pour s’achever en octobre avec quelques rares attardées en novembre (une le 8 novembre 1978 à l’Etournel - 01 - 74). Les effectifs observés à chaque passage sont en nette hausse depuis le début des années 1980 (Duquet et Michel 1994), ce qui reflète le dynamisme des populations européennes de l’espèce. Les totaux annuels observés à Fort l’Ecluse (01 - 74) progressent ainsi régulièrement : 3 en 1977, 16 en 1989, 42 en 1993 et 74 en 1995. Les maximums journaliers observés au passage d’automne augmentent aussi régulièrement : 7 le 20 septembre 1984, 8 le 30 août 1986, puis 9 le 21 septembre 1989 à Fort l’Ecluse (01-74). Sur un autre site, un maximum de 10 oiseaux ensemble a été noté le 24 août 1990 à Ceyzériat (01). La reprise le 6 septembre 1966 à Annonay (07) d’un oiseau bagué en Tchécoslovaquie et celle le 15 septembre 1973 à Assions (07, tirée !) d’un jeune oiseau bagué au nid le 8 juillet 1973 en ex-RDA donnent une indication de l’origine des migrateurs rhônalpins. Outre l’estivage d’un juvénile du 21 juin au 25 septembre 1998 à Sandrans (01), il convient de remarquer l’existence de quelques données hivernales étonnantes, comme à Arnas (69) le 22 décembre 1985 ou à Lent (01) le 21 janvier 1989. L’espèce hiverne d’ailleurs régulièrement en Bresse jurassienne proche (P. Crouzier comm. pers.).

L’implantation prochaine de la Cigogne noire en Rhône-Alpes paraît le prolongement logique de son expansion en Europe et en France. L’amélioration de nos connaissances rend nécessaire une prospection intensive, même si celle-ci s’avère souvent difficile, voire décourageante (Michel in Sériot et al. 1996) en raison de la discrétion des nicheurs. Pour localiser ces derniers, la meilleure période correspond au mois de mars, car les adultes restent alors proches des nids. L’extrême susceptibilité de l’espèce aux dérangements de toutes sortes doit inciter les observateurs à une grande prudence, afin d’éviter que ne se reproduise le fâcheux précédent du Jura en 1977. Le premier couple franc-comtois avait en effet abandonné son nid après des visites trop fréquentes (Crouzier in G.O.J. 1993). Enfin, la protection de la Cigogne noire doit être strictement respectée. A cet égard, la recrudescence des tirs ne laisse pas d’inquiéter (5 oiseaux au minimum ont été victimes des chasseurs en France à l’automne 1998)…

Jean-Baptiste Crouzier