Cigogne blanche

Publié le mercredi 27 février 2008


Cigogne blanche Ciconia ciconia

Angl. : White Storck
All. : Weisstorch
It. : Cicogna bianca

Cigogne blanche, photo Rémi RUFER © 2008

La Cigogne blanche est une espèce paléarctique dont la forme nominale niche dans toutes les régions tempérées et méditerranéennes d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie du sud-ouest ; une autre sous-espèce est présente en Asie centrale (C. c. asiatica) et une forme proche, parfois considérée comme une espèce à part entière (C. (c.) boyciana), en Extrême-Orient. Quelques couples nichent en Afrique du Sud (Géroudet 1978). Son statut en France a fait l’objet de nombreuses publications, dans ses fiefs traditionnels alsaciens et mosellans (voir par exemple Schierer 1972 et 1986, [N]), puis dans d’autres lieux d’implantation, en particulier l’ouest de la France colonisé récemment (Barbraud et al. 1999).

Le statut de la Cigogne blanche en Rhône-Alpes a évolué depuis le premier Atlas des oiseaux nicheurs (Cordonnier 1987 a). Il y a trente ans, aucun cas de nidification certaine n’était mentionné ([R]).

Au printemps, les retours les plus précoces sont enregistrés à la fin du mois de février ou au début du mois de mars ([R]), les plus tardifs vers la mi-mai. S’il y a eu un fléchissement de la fréquence et du nombre d’individus après les années 1960 (Cordonnier 1987a), une certaine augmentation est actuellement observée, reflétant la démographie désormais favorable de l’espèce en France ([N]). En témoignent 6 dates très tardives au printemps, toutes situées entre le 15 mai et le 25 mai, en 1996, 1997 et 1998 et 2 records printaniers de 15 oiseaux les 24 et 25 mars 1998 à St Sorlin de Morestel (38) et de 8 oiseaux à St Victor de Morestel (38) les 5 et 6 avril 1996. La Dombes accueille aujourd’hui la seule population reproductrice rhônalpine mais plusieurs tentatives ont eu lieu dans d’autres départements, notamment en Isère et dans la Loire.

Le passage prénuptial est étalé, la Cigogne blanche étant un migrateur précoce au passage postnuptial : les 27 et 28 juillet 1960 à St Jean de Bournay (38). Dans le Grésivaudan (38-73), bien suivi en 1975, le passage se déroule entre le 19 août et le 11 octobre, avec un groupe maximum de 19 le 25 septembre à Pont de Claix. Deux données hivernales sont à signaler : l’hivernage d’un oiseau à Vaulx-Milieu (38) du 8 janvier au 2 avril 1987 (oiseau bagué le 23 juin 1967 à Bâle, Suisse) et le stationnement du 3 décembre 1988 au 2 janvier 1989 à Cheyssieu (38) d’un oiseau bagué à Strasbourg en 1984. Dans l’Ain, la petite population nicheuse de Dombes a été suivie régulièrement depuis son installation en 1976 et le premier envol de jeunes en 1978 (Cordonnier 1979, 1987 a, 1995, puis O.N.C., données non publiées).

L’estivage de sujets sauvages (un mâle apparié à une femelle handicapée placée en enclos, puis un deuxième couple construisant son nid) sur le parc ornithologique de Villars les Dombes (01) en 1976 fut à l’origine de cette population, étoffée depuis sans cependant s’accroître de façon manifeste, et restant essentiellement localisée au site d’origine (3 à 6 couples par an de 1983 à 1996). Hors du parc de Villars les Dombes, une première tentative de reproduction a été notée à Bouligneux en 1986, sans succès, puis à Lapeyrouse (1988) et Ambérieux en Dombes (1989). Ces trois localités sont les seules signalées durant l’enquête du présent Atlas et ont connu chacune une reproduction réussie en 1999.. Les données acquises grâce au baguage (reprises d’oiseaux et lectures directes de bagues) analysées antérieurement (Cordonnier 1987 a) nécessiteraient une actualisation, en particulier pour connaître l’origine des nicheurs et hivernants. Il est notable que la mortalité des cigognes reste élevée durant la première année, comme en témoigne le suivi d’oiseaux porteurs de balises (1998, presse régionale).

Cette récente population nicheuse ne paraît pas présenter le dynamisme observé dans d’autres régions (le nombre de couples reproducteurs en Charente-Maritime est passé de 1 à 44 entre 1978 et 1999, Barbraud et al. 1999). En croissance constante, l’effectif dombiste a atteint toutefois pour la 1ère fois en 2000 le chiffre record de 23 couples (dont 9 hors du parc de Villars les Dombes). Les ressources alimentaires ne semblent pas être un facteur limitant (Coléoptères aquatiques en particulier, Barbraud et al. 1997) : dans le Parc de Villars les Dombes, un mâle a pu nourrir seul sa nichée (nourriture apportée de l’extérieur du Parc) alors que la femelle était morte accidentellement une semaine après l’éclosion des jeunes ; il semble aussi qu’en hiver tout particulièrement, la fréquentation assidue des décharges d’ordures ménagères favorise indéniablement le séjour de l’espèce sous nos latitudes. Les sites de nidification en Dombes ne manquent pas pour cette espèce relativement peu exigeante (sur le parc de Villars les Dombes, des nids ont été construits sur des supports "aberrants" : toits plats, poteaux électriques, jeune bouleau… sans conséquences néfastes sur le taux d’envol des jeunes). Des sites de nidification sont actuellement connus ailleurs notamment sur les communes de Marlieux, Saint - Nizier le - Désert et Lapeyrouse. Dans la Loire plusieurs tentatives de reproduction ont eu lieu dans la plaine du forez en 1999 puis en 2000 : le 31 mai 1999, la femelle retourne les œufs et couve à nouveau ; le 30 mai 2000 3 jeunes cigogneaux sont observés au nid. Les dérangements humains en période de construction des nids, d’incubation et d’élevage des jeunes ne peuvent pas davantage être invoqués, le parc de Villars étant certainement le site le plus fréquenté de la Dombes en belle saison. La mortalité de jeunes poussins dans les nids peut être élevée certaines années, lorsque les conditions météorologiques sont défavorables (pluie abondante et baisse des températures). Mais les déplacements en vol, dès le mois de juillet, sont source d’autres accidents ; les électrocutions ou chocs contre des câbles aériens représentent la plus importante cause de mortalité. Des dispositifs de protection ont été mis en place par E.D.F. dès 1986 sur les pylônes dangereux, puis sur les câbles eux-mêmes (spirales colorées).

Au début du XXième siècle, Lavauden (1911) signale l’espèce comme assez rare, de passage régulier, ne connaissant pas de cas de nidification dans le Dauphiné ; peu après la population alsacienne était encore assez importante (173 couples en 1927) et n’a ensuite cessé de régresser pour atteindre les 103 couples en 1950, suivi d’une reprise temporaire à 145 couples en 1960. Au bord de la disparition en 1974 avec 9 couples, l’espèce progresse dès lors à nouveau. Malgré les facteurs actuels limitant la population dombiste, il semble aujourd’hui prévisible de voir celle-ci se développer dans les années à venir. En 1999, 43 jeunes issus de 16 nids se sont envolés. Les diverses mesures de protection (neutralisation des câbles et poteaux, dispositifs favorisant l’installation des nids) constituent un plus non négligeable pour l’avenir de cette espèce très populaire. Par ailleurs, toutes les actions de renforcement des populations envisagées dans les autres départements devraient porter leurs fruits dans les années à venir.

Texte : Pierre Cordonnier
Photo : Rémi RUFER