Chouette hulotte

Publié le mercredi 27 février 2008


Chouette hulotte Strix aluco

Angl. : Tawny Owl
All. : Waldkauz
It. : Allocco

La Chouette hulotte est un oiseau du Paléarctique. Sa répartition couvre l’ensemble de l’Europe, à l’exception du nord de la Scandinavie et de la majorité des îles (Irlande, Chypre, ...). En France, elle est absente de Corse et ne se rencontre guère au delà de la limite des arbres, vers 1 800 m d’altitude dans les Pyrénées (Bertrand et Faure in Joachim et al. 1997).

La nouvelle carte de répartition rhônalpine met en évidence le fort pourcentage de mailles qui hébergent des chouettes hulottes (70 %), tous critères de reproduction confondus. L’espèce est ainsi largement répartie et partout commune. La carte montre cependant des vides qui peuvent s’expliquer par des lacunes de prospection (nord de l’Ardèche, Monts de la Madeleine et Roannais - 42). Enfin elle signale des milieux peu favorables à l’espèce, souvent liés à une moindre densité de boisement (Plaine de Bièvre - 38) ou à des altitudes trop élevées et pour cela peu boisées (Grandes Rousses - 38).

La Hulotte reste le rapace nocturne le mieux représenté dans notre pays : environ 100 000 couples ([N]). Sur le territoire national, comme en Rhône-Alpes, elle atteint ses effectifs les plus élevés dans les régions plutôt forestières à dominante de feuillus des étages collinéen et montagnard ([R]). L’analyse de la répartition par classe d’altitude confirme ces faits : 85 % des mailles où l’espèce se reproduit se situent entre 200 et 1 300 m.

Les milieux occupés par la Chouette hulotte en Rhône-Alpes ne diffèrent pas de ceux habités dans le reste de la France. Cette espèce éclectique affectionne les futaies à boisement mixte (feuillus - résineux) mais on la rencontre aussi dans des boisements monospécifiques de résineux, des haies, des parcs urbains, des bâtiments, de vieux vergers, des zones rocheuses, voire même des nichoirs (par exemple à Margencel - 74, le 8 avril 1995). Si des cavités naturelles n’existent pas, elle peut fréquenter des anciens nids de corneille, buse, pie. Les densités dépendent étroitement du type d’habitat et des ressources alimentaires disponibles. Une étude réalisée sur 3 200 ha de forêts, dans une région voisine (la Bourgogne), permet d’avancer un chiffre moyen de 1 couple pour 64 ha. En forêt de résineux, comme dans les milieux bocagers, la densité est comprise entre 1 couple pour 150 ha et 1 couple pour 200. Des densités plus importantes ont été trouvées dans le département du Jura (39) dans des milieux ouverts : 1 à 2 couples pour 100 ha. Dans les forêts jurassiennes, la densité est de 1 couple pour 50 ha (Joveniaux in G.OJ. 1993). Dans des forêts de feuillus riches en proies, 20 à 30 hectares peuvent suffire à un couple ([N]). Aucune étude comparable n’a été publiée à ce jour pour notre région.
La Hulotte recherche des espaces dégagés pour chasser, tels que clairières, coupes forestières ou bordures de chemins. Sa nourriture se compose essentiellement de petits rongeurs, mais se diversifie en fonction de l’abondance des ressources alimentaires locales (amphibiens, oiseaux, poissons, invertébrés, chauves-souris, petits mustélidés, ...). Un travail de synthèse dans les Alpes du Sud (Bouvier et Bayle 1989) précise son régime alimentaire en milieu alpestre ; il confirme les résultats obtenus par ailleurs en Europe : prédominance parmi les vertébrés de mammifères et secondairement d’oiseaux. Les différences mineures observées sont le reflet des ressources locales du milieu. Des cas de prédations de truites sont notés en fin d’hiver, des consommations massives d’orthoptères dans l’étage du mélézein ou encore des captures de chauves-souris (Pipistrellus pipistrellus, Hypsugo savii) à Entraigues (38).

La Chouette hulotte est sédentaire. Ce sont le plus souvent ses manifestations vocales qui permettent de la détecter. Les émissions vocales peuvent s’entendre toute l’année et correspondent selon l’époque à différents comportements. De septembre à novembre, le chant signifie l’occupation d’un territoire, mais avec parfois des dates extrêmes comme à Perrex (01) dès le 7 août 1991. A partir de décembre et surtout en janvier-février, il correspondrait au chant nuptial, chant pouvant s’entendre jusqu’en juin comme à Sanilhac (07), le 17 juin 1996. Des chants diurnes s’échelonnent du 19 décembre 1983 dans l’Est Lyonnais au 1er mai 1995 à Saint Didier sous Riverie (69). De mai jusqu’en été, les émissions sonores se font plus rares et sont répétées par les juvéniles, comme aux carrières de Glay (69) le 24 juin 1995.

Le cycle de reproduction s’étend sur 5 mois, ce qui oblige la Chouette hulotte à commencer à pondre tôt, dès le début du printemps, au cœur de l’hiver dans le Roannais (fin février 1963), voire de manière plus précoce dans le sud de la région, comme l’atteste cette observation d’un gros poussin au sol le 24 février 1996 à Valréas (enclave vaucluséenne dans la Drôme), ce qui donne une date de ponte aux alentours du 1er janvier. Les dates plus habituelles concernent mars et avril. Les plus tardives sont situées en juin. Une étude conduite en Bourgogne fait état, sur 475 relevés, d’une date moyenne de début de ponte le 4 mars. Le nombre d’œufs, d’ordinaire 2 (Margencel - 74, le 8 avril 1995) à 4 (Les Echets - 01, le 4 mars 1965), dépend le plus souvent des ressources alimentaires disponibles. Les oeufs éclosent environ un mois après la ponte (à Aubenas - 07, le 25 avril 1996), le plus couramment de la mi-avril à la fin de mai et les jeunes s’envolent 4 à 5 semaines plus tard. Cependant, des jeunes envolés ont été notés à Servas (01) dès le 31 mars, date extrême dans la région Rhône-Alpes.

L’automne est une période d’erratisme pour les juvéniles à la recherche d’un nouveau territoire, puisqu’on peut les retrouver exceptionnellement à plus de 200 km de leur lieu de naissance (Géroudet 1998b). Dans la région, des reprises à des distances plus modestes ont eu lieu le 20 septembre 1991, entre la Suisse et la Haute Savoie (74) ; elles indiquent des déplacements de plus de 20 km. En mai 1973, une Hulotte baguée en Suisse 6 ans plus tôt a été trouvée en Haute Savoie. Ces déplacements restent cependant relativement rares. En Bourgogne, Baudvin (in [N]) cite un maximum de 1,5 km pour les adultes et de 10 km pour les juvéniles.

Aucune étude régionale ne précise l’évolution des populations, mais la progression des surfaces boisées laisse supposer que la Chouette hulotte n’a pas subi de régression notable dans les dernières décennies. Delmée (in Devilliers 1988) mentionne même son extension en Belgique depuis le début du siècle. Cette espèce très tolérante ne semble pas menacée.

Nicolas Greff