Choucas des tours

Publié le mercredi 27 février 2008


Choucas des tours Corvus monedula

Angl. : Eurasian Jackdaw
All. : Dohle
It. : Taccola

Choucas des tours, photo Rémi RUFER © 2008

Petit Corvidé très sociable, le Choucas des tours est une espèce polytypique du Paléarctique : on le trouve de la Chine à l’Europe en passant par l’Asie mineure, l’Iran et le nord de l’Afrique. Son aire de répartition européenne s’étend du nord de la Scandinavie (64° de latitude) et de la Russie (65° de latitude) jusqu’au sud de l’Espagne et de l’Italie. Ses populations n’ont cessé de s’étendre depuis le début du siècle dans toute l’Europe (Jarry in [N]) ; il a colonisé des pays où il était absent (Suède, Norvège, Ecosse) et a renforcé ses effectifs dans ceux qu’il occupait déjà. Sa situation en France est conforme à ce schéma général ; elle continue de conquérir petit à petit de nouvelles zones. L’aire de distribution englobe maintenant l’ouest, le centre et l’extrême sud-est de notre pays. Longtemps persécutée, l’espèce a récemment vu changer son statut juridique : elle est maintenant protégée.

La région Rhône-Alpes semble échapper à cette expansion. Absent de plusieurs districts savoyards, haut-savoyards et drômois à la fin des années 1970, le Choucas des tours n’a toujours pas colonisé la majeure partie de ces régions, même si des oiseaux y sont régulièrement observés depuis des années. Le Choucas des tours reste essentiellement un oiseau de plaine. Sa présence est conditionnée par celle de sites favorables pour la nidification et de contrées entretenues par l’homme pour la nourriture. Son habitat est composé de régions agricoles ne dépassant pas l’étage collinéen, même si des couples arrivent à nicher jusqu’à une altitude de 2 000 m (2 000 m, Peisey-Nancroix - 73 ; 2 050 m Tanninges - 74).

Cet oiseau d’origine rupestre est devenu très éclectique dans le choix des sites de nidification. Ses facultés d’adaptation l’ont conduit à s’installer hors de son milieu d’origine. On le trouve maintenant un peu partout en ville, les constructions anciennes et récentes n’échappant pas au phénomène ; il occupe aussi les cavités d’arbres. Ainsi, les arbres de bord de route sont-ils utilisés régulièrement dans la plupart des départements rhônalpins, situation déjà connue dans les années 1970, mais alors marginale. Dans le département de l’Ain, des "colonies" très importantes sont établies dans les platanes d’alignement le long des routes ou dans les parcs. Les sites rupestres ou les bâtiments ne rassemblent qu’un faible pourcentage des couples installés dans l’Ain. D’autres départements (Ardèche, Loire, Rhône) connaissent aussi, dans une moindre mesure, cette situation. La nidification dans des loges de Pic noir a été constatée (42).

Les oiseaux adultes de la région Rhône-Alpes restent probablement présents près des sites de nidification en hiver. La reproduction semble se dérouler comme dans les autres régions françaises. Dès la fin du mois de janvier (15 janvier, Dombes - 01), les couples, formés à vie, commencent à chercher des lieux propices. La ponte a lieu à partir de la mi-avril (12 avril - Plaine du Forez - 42). Après la couvaison et l’envol, on retrouve toute la famille, voire la colonie, prospectant et mangeant ensemble dans les prés environnants. Des regroupements parfois impressionnants peuvent réunir plusieurs centaines d’individus sur un même site de repos (dortoir de 500/600 oiseaux au confluent de l’Ardèche et du Rhône le 12 août 1985, de 700/750 individus à Veauchette - 42, le 1er juillet 1997). Les choucas y côtoient souvent les corbeaux freux et les corneilles noires. Se nourrissant surtout au sol, il est normal de les voir dans les champs et les prés où ils picorent. La composition de la nourriture varie selon les saisons : vers, graines, insectes, etc en été. En hiver, on les voit consommer végétaux, détritus, voire cadavres d’animaux en période de disette. C’est aussi durant cette période que les décharges publiques sont le plus fréquentées (1 200 individus sur un tas d’ordures ménagères à la Croix de Marlet - 42 - le 2 décembre 1980).

Choucas des tours, photo Rémi RUFER © 2008

En automne, des oiseaux d’Europe du nord s’associent aux troupes migratrices de corbeaux freux et viennent ainsi renforcer pour l’hiver les populations locales. Le passage migratoire culmine durant les mois d’octobre et novembre, mais 80% des effectifs migrateurs passent après le 15 octobre (Col de Barracuchet - 42 - suivi de migration de 1986 à 1996). Au printemps, le passage est beaucoup plus diffus et débute dès le mois de février. C’est surtout pendant la deuxième décade de mars que l’on observe le plus d’oiseaux bagués en Rhône-Alpes révélant que les migrateurs et hivernants sont d’origine suisse et tchèque. Certains hivers, des individus de la race "orientale" Corvus monedula soemmerringii ont été observés dans l’Ain (Crouzier et Comité d’Homologation National 1995).

Le statut de l’espèce en Rhône-Alpes ne semble pas être préoccupant même si, ça et là, la densité des nicheurs est inférieure à la capacité d’accueil des sites. Quelques petites colonies ont disparu dans le sud du Tricastin (26). La vigilance s’impose, ne serait-ce que par des suivis de longue durée des populations pour connaître les évolutions d’une espèce dont les causes de variations restent inconnues. La diminution considérable des effectifs en Suisse est là pour nous le rappeler (Géroudet 1996).

Texte : Bernard Daurat
Photo : Rémi RUFER