Chevêchette d’Europe

Publié le mercredi 27 février 2008


Chevêchette d’Europe Glaucidium passerinum

Synonyme : Chouette chevêchette

Angl. : Pygmy Owl
All. : Sperlingskauz
It. : Civetta nana

Avec deux populations distinctes, l’une occupant la taïga de l’Europe du Nord à la Sibérie orientale et l’autre limitée au forêts d’altitudes de l’Europe moyenne, la Chevêchette d’Europe, est une espèce strictement paléarctique. La population nordique, qui occupe la Norvège, la Finlande et la Suède, représente plus des deux tiers des effectifs européens avec plus de 25 000 couples, alors que celle d’Europe centrale en compte tout au plus 10 000 ([E]). Les oiseaux rhônalpins font partie de cette dernière population dont le noyau principal s’étend du sud-est de la France à la Hongrie en passant par le nord de l’Italie, la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne. De petites populations occupent également la Roumanie et la Pologne. Bien que ces deux populations soient nettement séparées, elles concernent des oiseaux de la même sous-espèce, G. p. passerinum. La deuxième sous-espèce, G. p. orientale, occupe une zone allant de l’est de la Sibérie à la Mandchourie.

Comme ailleurs en Europe, la distribution de la Chevêchette en France est surtout liée à la répartition du type de forêt où elle vit. On peut la rencontrer dans tout l’arc alpin, du département de la Haute-Savoie à celui des Alpes maritimes, dans le Haut Jura (Ain) et, en Franche-Comté, dans les départements du Jura et du Doubs seulement, peut-être encore dans les Vosges (Duquet 1997).

La région Rhône-Alpes accueille sûrement une part importante de la population française de chevêchettes. L’espèce est connue pour fréquenter les forêts d’altitudes de tous les départements alpins. Sa répartition y est morcelée et sa présence est liée à la forêt mixte, semblable à celle des paysages répandus au cours de la dernière glaciation. Ces forêts sont généralement des hêtraies-sapinières ou des pessières, relativement âgées, toujours parsemées de clairières et peu exploitées. Actuellement, on ne rencontre ce milieu qu’en altitude, généralement au-dessus de 1 000 m. Les Hauts Plateaux du Vercors abritent de 30 à 80 couples (C.O.R.A. Isère et R.N. des Hauts Plateaux, données non publiées) ; cette population, très isolée géographiquement et écologiquement, est une des plus importante de France. De 5 à 20 couples seraient présents sur les Hauts Plateaux de Chartreuse (Drillat 1978). La partie rhônalpine des Crêts du Jura, en Forêt de Champfromier (01), abrite moins de 5 couples, mais cet îlot de présence montre la continuité entre les oiseaux du Jura et ceux des Alpes. En Haute-Savoie, l’espèce est connue pour fréquenter le district du Haut Giffre, le haut de la vallée de l’Arve et certaines communes telles que Vallorcine, Saint-Gervais ou encore les Houches dans la vallée de Chamonix. En Savoie sa répartition réelle est mal connue. Quelques données existent dans les massifs des Bauges, du Beaufortin, de la Chartreuse et de la Vanoise où son effectif peut être estimé à 5-20 couples. Dans le Parc National de la Vanoise, l’espèce est mieux connue qu’ailleurs dans les deux Savoie et Lebreton et Martinot (1998) la citent en Maurienne et en Tarentaise, où elle semble localement assez commune.

En région Rhône-Alpes, la densité de la Chouette chevêchette n’a été estimée que pour la population du Vercors, qui fait l’objet d’une étude spécifique depuis 1998, et dont on pense qu’elle se rapproche de celle de la Forêt du Risoux dans le Jura, soit environ 1 couple au km² (C.O.R.A. Isère et R.N. des Hauts Plateaux, données non publiées). Dans le reste de la région, les densités doivent être du même ordre que celles notées ailleurs en Europe, de 1 à 10 couples au km² (Cramp 1985). Les variations d’effectifs ne sont connues pour aucune population.

Les mouvements saisonniers de la Chouette chevêchette sont assez bien connus en Europe. Les oiseaux nordiques quittent les territoires de reproduction au début de l’hiver pour se rapprocher des habitations et peuvent se déplacer de plus de 500 km pendant la mauvaise saison, alors que ceux d’Europe moyenne sont quasiment sédentaires et n’effectuent que de petits déplacements altitudinaux. En Rhône-Alpes seule une donnée fait état de cette transhumance : un oiseau tué dans le massif de la Chartreuse en Isère en novembre 1919, à une altitude de 400 m (Lavauden, 1919). Pourtant en Suisse proche, sur le site de migration du col de Bretolet, l’espèce a été capturée plusieurs fois, ce qui montre bien que certains individus peuvent migrer. Il est aussi connu que l’erratisme des jeunes peut les pousser à se déplacer sur des distance notables : de 9 à 90 km en Suisse et en Autriche selon Cramp (1985).

De nombreuses notes et études ont été publiées sur la chronologie de reproduction de la Chevêchette d’Europe (Barruel 1950 b , Bille 1972 , Schönn 1978 , Kalberer 1980 et Crocq 1984, entre autres). L’activité annuelle peut être séparée en deux périodes : l’automne, pendant lequel les couples se forment ou défendent leurs territoires (chants réguliers) et la fin de l’hiver et le printemps, saison de la reproduction. Pour cette espèce qui ne niche que dans des trous d’arbres, le plus souvent creusés par des pics, l’activité nuptiale et les chants débutent à la fin du mois de janvier pour se terminer à la fin de mars, mais les jeunes mâles non-appariés peuvent chanter jusqu’en juillet. La ponte à lieu de la fin de mars à la mi-mai chez les deux populations européennes. L’incubation dure en moyenne 30 jours à partir du dernier œuf et les poussins restent au nid entre 27 et 34 jours. Passé cette période, les jeunes sont capables de voler mais ne quittent la cavité que 10 à 15 jours plus tard ; ils restent ensuite dépendants de leurs parents pendant 2 à 3 semaines. Ainsi les premiers jeunes hors du nid peuvent être contactés dès la mi-mai alors que les dernières émancipations se font à la fin d’août.

Bien qu’avec des niveaux d’effectifs plutôt bas, la Chevêchette d’Europe, espèce spécialisée, ne sera pas vraiment menacée en Rhône-Alpes tant que les milieux peu fréquentés qu’elle occupe ne seront pas modifiés par l’exploitation forestière. Non que cette activité soit directement dérangeante pour l’espèce, mais plutôt parce qu’elle homogénéise les forêts d’altitude. Ceci favorise aussi l’implantation de la Chouette hulotte (Strix aluco), prédateur de la Chevêchette. De même, éliminer les arbres morts des forêts exploitées tend à réduire les populations de pics, notamment du Pic noir, donc à faire disparaître les sites de reproduction de ce petit rapace nocturne.

Guillaume Bruneau