Chevêche d’Athéna

Publié le mercredi 27 février 2008


Chevêche d’Athéna Athene noctua

Synonyme : Chouette chevêche

Angl. : Little Owl
All. : Steinkauz
It. : Civetta

Chouette Chevêche d'Athéna Chouette Chevêche d'Athéna
Chevêche d’Athéna Athene noctua

D’origine turkestano-méditerranéenne, polymorphe, la Chouette chevêche est présente du bassin méditerranéen aux confins de la Chine (Mikkola 1983, Cramp 1985, Tucker et Heath 1994, [E]). Vers le nord sa répartition est limitée au sud de la Scandinavie et sa présence en Grande-Bretagne est récente, puisqu’elle y a été introduite dans la seconde moitié du XIXième siècle (Glue et Scott 1980). Absente du nord de l’Europe, cette espèce est à l’inverse bien répandue dans la partie méridionale de ce continent. Dans les régions tempérées, elle n’est présente que de manière discontinue (Génot in Rocamora et Yeatman-Berthelot 1999). Les effectifs européens sont estimés entre 180 000 et 328 000 couples. La Chevêche d’Athéna est vulnérable à l’échelle européenne, car elle est en régression dans 19 pays sur les 32 dans lesquels un suivi est réalisé (Tucker et Heath 1994). En France, les effectifs sont évalués entre 11 000 et 50 000 couples, en régression de 20 à 50 % depuis la fin des années 1970 (Génot in Rocamora et Yeatman-Berthelot 1999, [N]). Ses effectifs sont en régression marquée dans la plupart des régions ([N]).

En Rhône-Alpes, la Chouette chevêche niche dans l’ensemble des départements, évitant cependant les zones de haute montagne. La régression spatiale constatée depuis trente ans s’est accompagnée d’un déclin significatif des effectifs, qui ne sont plus compris qu’entre 1 100 et 1 200 couples, soit à peine 10 % de la population nationale. Ce constat permet de classer la Chouette chevêche parmi les trente espèces ayant le plus régressé en Rhône-Alpes. Cette évolution correspond à ce qui est observé dans la majeure partie des pays d’Europe (Tucker et Heath 1994), mais également, à une échelle plus précise, dans différents départements ou régions limitrophes de Rhône-Alpes. Elle a disparu du canton de Vaud (Suisse), dans le courant des années 1970 (Ravussin in Sermet et Ravussin 1995). Au début des années 1980, il ne restait en Suisse que quatre petits noyaux de populations bien distincts en Ajoie, dans la campagne genevoise, sur le plateau et dans le Gürbetal (Julliard 1984). Dans le Jura, Joveniaux (in G.O.J. 1993), mentionne l’accélération de son déclin au début des années 1980, phénomène amplifié par les hivers très rigoureux de 1985 et de 1986. Dans le sud-ouest, Salvan (1983) signale une chute des effectifs de la fin de la guerre aux années 1960 et l’impute à l’augmentation de la circulation automobile. Plus récemment, Jay (in C.O.GARD 1993) signale une fragmentation de son aire de répartition, liée aux disparitions locales de biotopes favorables et de sites de reproduction potentiels. Cette situation est également observée depuis une décennie en Drôme (Blache, en prép.), bien que dans la partie méridionale de ce département et en Vaucluse Olioso (1996) ne signale pas d’évolution régressive des populations.

La Chouette chevêche apprécie des paysages divers et variés qui attestent de la modestie de ses besoins. On la trouvera aussi bien dans des espaces très ouverts que sur des sites semi-boisés.(Géroudet 1984, Julliard 1984). Deux caractéristiques semblent vitales : tout d’abord des terrains ouverts, à sol nu ou végétation herbacée rase de moins d’une vingtaine de cm, facilitant sa quête de nourriture ; ensuite des buissons, arbustes, piquets de clôtures lui fournissant des refuges et perchoirs réguliers et accessibles. Très sédentaire et se satisfaisant d’un territoire très réduit, la Chevêche est sensible aux conditions climatiques en particulier hivernales, celles-ci conditionnant soit directement soit indirectement son accès aux proies. Ce mode de vie explique que, hormis cas exceptionnel, l’espèce ne s’établit que rarement à une altitude élevée. La carte de répartition met d’ailleurs en évidence qu’elle évite à l’est tous les massifs alpins intérieurs, isérois, savoyards et haut-savoyards, tandis qu’à l’ouest, elle est également absente des hauts plateaux et des sommets les plus élevés. Cette chouette est un habitant des zones de plaines et de l’étage collinéen, l’altitude des sites de nidification les plus élevés ne dépassant pas les 900 m : 872 m à Burdignes (42) le 14 juillet 1996, 797 m à Saint Vincent de Mercuze (38). Les données sur les densités restent fragmentaires et variables d’un site à l’autre. Dans la plaine de l’Isère, 4 couples / 10 ha ont été observés en 1988 (Deschamps 1988). Dans le Rhône, en 1990, sur 2 zones, l’une de 270 ha de plaine céréalière parsemée de quelques haies et de résidus de vergers traditionnels, l’autre de 600 ha en relief collinéen bocager, les densités étaient respectivement de 0,2 couple /10 ha et de 1,2 couple / 10 ha (Athanaze 1990). Dans la plaine de Valence, bastion de la population drômoise, la densité est de l’ordre de 0,6 couple / 10 ha. Ces données correspondent à celles qui ont été observées pendant plusieurs années en Suisse, où Julliard (1984) a mis en évidence, sur une surface de 27 500 ha, une densité moyenne d’un couple pour 10 ha, avec des variations selon les années entre 0,4 et 1,8 couple / 10 ha.

Les couples se forment entre décembre et mars ([N]). Le site de nidification est choisi en mars-avril, période où le chant est le plus fréquent. Cavernicole, la Chevêche est très éclectique quant au choix de son site de reproduction. En Drôme, elle a été trouvée nicheuse dans des mûriers, des saules, des noyers, des trous de Guêpier d’Europe ainsi que sous les tuiles de vieux cabanons. En Isère, elle a été observée dans des mûriers et des poiriers. Dans le Rhône, un nid situé à la base d’un peuplier a été suivi pendant 4 années consécutives entre 1989 et 1992. Elle affectionne également les bâtiments, qu’ils soient ou non en ruines (bâtiments agricoles ou habitations). Enfin elle apprécie, s’ils ne sont pas préalablement occupés par d’autres espèces, les nichoirs mis à sa disposition. La ponte a généralement lieu à la fin du mois d’avril ou au début du mois de mai. L’éclosion a lieu après plus de 3 semaines d’incubation. Les jeunes restent au nid pendant 4 à 5 semaines. En Rhône-Alpes, comme cela a été constaté dans d’autres régions, les pertes au nid avant éclosion ou pendant l’élevage des jeunes sont importantes. Quarante-quatre nichées suivies dans la région ont donné 139 jeunes à l’envol, soit en moyenne 3,15 jeunes par nichée. Une comparaison sommaire entre cavités naturelles et nichoirs met en évidence que la taille moyenne des familles est supérieure lorsque les chouettes utilisent les nichoirs : 2,4 jeunes volants par couple ayant niché en cavité naturelle (n = 17 nichées), contre 3,6 par couple utilisant les nichoirs (n = 27 nichées) ; les 7 nichées ayant produit 5 jeunes à l’envol étaient toutes en nichoir. La date moyenne d’envol des jeunes est, en Rhône-Alpes, le 5 juillet (n = 17). L’alimentation de la Chevêche est essentiellement composée d’arthropodes, mais aussi de vertébrés de petites tailles (oiseaux, mammifères). Les lombrics et les gros insectes représentent plus de 90 % de son régime alimentaire aussi bien en nombre qu’en poids de matière vivante (Julliard 1984). L’élevage des jeunes et leur envol coïncident avec l’abondance maximale de l’entomofaune. Ils sont encore nourris par les parents pendant quelques semaines. A la fin du mois d’août ou au début du mois de septembre, les jeunes quittent leurs parents, mais ils resteront fidèles au secteur dans lequel ils sont nés. Ainsi en Drôme, une jeune chouette, baguée poussin le 28 juin 1998 sur la commune de Montélier, a été retrouvée l’année suivante nourrissant des jeunes dans un mûrier à 2,5 km de son lieu de naissance. Une autre, baguée aussi à Montélier en 1998, niché sur le même site en 1999. En automne, puis pendant la mauvaise saison, les adultes ne fréquentent généralement plus le nid, surtout s’ils ont à disposition plusieurs autres cavités ([N]).

La régression, dont les premiers signes avant-coureurs datent des années 1970, s’est depuis lors confirmée et aggravée. Son déclin concerne la totalité de Rhône-Alpes. Du nord au sud et d’est en ouest, la Chevêche a disparu des Bornes-Aravis, des districts du Mont-Blanc et du Beaufortin (74), de la Tarentaise et de la Maurienne (73) et du Haut-Diois (26). Elle a fortement régressé en Genevois-Annecy (74), Monts du Chat, Chartreuse (73, 38), Bas-Dauphiné, Grésivaudan (38), Bresse (01), Val de Saône (01), Haute Ardèche, Haut Vivarais, Vivarais, Basse vallée du Rhône, Tricastin (07), Diois, Baronnies (26). Ce déclin a de multiples causes parmi lesquelles nous pouvons citer les modifications et disparitions de biotopes favorables, la raréfaction des espèces proies, la disparition des sites de nidifications traditionnels, un accès aux proies rendu difficile pendant la période de reproduction à cause du changement de mode cultural (céréaliculture intensive). Si cette évolution perdure au même rythme, soit 35 % de régression spatiale en 20 ans accompagnée d’une chute des effectifs d’environ 20 %, la répartition et les populations de chevêches risquent d’être, avant 2025, réduites à de simples îlots locaux de faible densité. C’est pourquoi doivent être mises en oeuvre des mesures de soutien aux populations, comme celles qui ont été engagées en Drôme depuis 1996. Il serait nécessaire qu’à l’échelle régionale une coordination globale des suivis des populations, visant à valoriser et mettre en commun les données locales, soit très rapidement mise en place, à l’instar de ce qui existe dans d’autres régions (Génot in Rocamora et Yeatman-Berthelot 1999).

Sébastien Blache
Olivier Iborra / CORA
André Ulmer