Chevalier guignette

Publié le mercredi 27 février 2008


Chevalier guignette Actitis hypoleucos

Angl. : Common Sandpiper
All. : Flussuferlaüfer
It. : Piro-piro piccolo

Espèce paléarctique à très large distribution, monotypique, le Chevalier guignette se rencontre du Japon et du Kamtchatka à l’est, à l’Espagne et à l’Irlande à l’ouest. En Europe, il se reproduit principalement au nord du 55ième parallèle. Les effectifs sont évalués à 882 000 couples, dont 96 % se reproduisent dans la seule péninsule scandinave ([N]). Quelques oiseaux passent l’hiver sur le continent, mais la grande majorité migre en Afrique. Certaines reprises de bagues montrent même que l’espèce peut s’y rendre très rapidement après la nidification ([E]).

Notre pays ne possède pas une part significative des importants effectifs européens : 500-650 couples en 1984 (Dubois et Mahéo 1986), population estimée stable (effort de prospection supérieur) avec 900 couples en 1995-1996 (Deceuninck et Mahéo 1998). Trois principales régions sont habitées : les Pyrénées Atlantiques, les vallées de la Loire et de ses affluents au cœur du Massif central, les Alpes enfin, plus particulièrement les régions centrales et septentrionales de la chaîne.

Ce limicole est donc logiquement présent dans les districts montagneux de la région Rhône-Alpes, son habitat de prédilection, et n’est absent que des basses altitudes ([R]) ; les départements savoyards semblent être les mieux peuplés. Par rapport à l’Atlas de 1977, certaines populations situées à basse altitude ont été découvertes et peut-être s’agit-il de nouveaux territoires conquis par l’espèce : Vallée de la Loire (42), sud de l’Ardèche, sud de la Drôme, Bas Dauphiné (38), Chambarand (26-38). La situation semble stable dans les massifs alpins, l’espèce étant cependant plus régulièrement signalée qu’en 1977 dans les districts de l’Arve-Giffre (74) et de la Tarentaise (73). Par contre, des lacunes de la présente prospection sont vraisemblables dans le sud-est du département de l’Isère et dans le nord de l’Ardèche. Les absences relatives de données dans la vallée du Rhône et au centre du département de la Loire peuvent correspondre à une meilleure évaluation du statut de l’espèce dont les migrateurs ont été mieux distingués des nicheurs potentiels. Nous disposons de fort peu d’informations sur la taille des populations qui peuvent être localement abondantes. Ainsi, une estimation de Chabert (1969) pour le massif des Bornes (74), indiquait 30 à 50 couples sur le Fier entre le pont St Clair et Thônes et 10 à 20 couples pour la Filière : soit 2 à 3,5 par km de cours d’eau. Il est très délicat de retenir les résultats de l’enquête de 1984, qui semble avoir été mal réalisée sur la région, le total régional ne donnant que 26 à 55 couples (Dubois et Maheo 1986). Le nouveau recensement 1995-1996 indique pour le département de l’Isère 36 à 54 couples (Deliry 1998 a), 7 à 21 dans la Drôme et l’Ain, 22 à 51 en Ardèche, Savoie et dans la Loire et plus de 100 en Haute-Savoie, ce qui porte l’estimation à 200-400 couples pour notre région (Deceuninck et Mahéo 1998). Le Chevalier guignette est considéré comme “ vulnérable ” sur la Liste Rouge du département de l’Isère (Deliry et Loose 1995). Notons qu’en 1936, Mayaud signalait pour la nidification dans notre pays, outre le Puy-de-Dôme, deux départements rhônalpins (l’Ain et la Haute-Savoie), complétant son commentaire par “ probablement assez répandu en France ”.

Une grande partie de l’aire de cette espèce des eaux courantes se superpose à celle de l’Ombre commun (Thymallus thymallus ; Roché 1988). Ce limicole niche en général dans la région à des altitudes comprises entre 500 et plus de 1 000 m, atteignant celle de 1 600 m au moins en Maurienne (Bessans). Mais il peut tout à fait nicher en plaine, comme dans le Forez (42). Quelques oiseaux arrivent dès mars, mais certains peuvent être plus précoces : 26 février 1961 en Dombes (01), 22 février 1976 à l’embouchure de l’Ain. Le passage s’accentue en avril et s’étale jusqu’au mois de juin, mais c’est en mai (2/3 des observations) que s’effectue le gros de la migration. A la fin de cette période, les oiseaux peuvent parader durant leurs haltes migratoires, ce qui ne facilite pas la détermination des sites de nidification. A cette difficulté s’ajoutent les mouvements précoces de migration postnuptiale qui peuvent commencer dès fin juin ou juillet et se maintiennent en août-septembre. L’analyse révèle deux pics de passage (juillet et août) séparés par un creux à la mi-août . Des passages nocturnes ont été enregistrés aux cols de Bretolet et de Bérard (74). Des oiseaux étrangers passent par nos départements (au moins 4 reprises d’oiseaux suédois et une d’un finlandais). Sur la rapidité des mouvements évoqués plus haut, retenons l’exemple de cet oiseau qui a parcouru 340 km/j en moyenne entre la Suède, où il a été bagué le 30 août et Soyons (07) où il a été tué le 3 septembre 1973. Nos oiseaux migrent en direction du sud-ouest par la péninsule ibérique et le Maroc (Cramp et Simmons 1983). Comme nous l’avons déjà souligné, des parades nuptiales peuvent être constatées chez des oiseaux jusqu’en juin durant leurs haltes migratoires. Sur des sites de nidification connus dans le Grésivaudan, des parades sont notées les 24 avril 1965 et 25 avril 1964. De même l’espèce est cantonnée et chante en Basse Ardèche dès le 26 avril 1986. Pour la chronologie de la nidification sur laquelle nos informations locales sont anecdotiques, notons 2 nids avec œufs le 2 juin 1980 à Toisinges (74) et un adulte avec un jeune le 23 juillet 1980 à Bessans (73). Les sites de nidification sont désertés au cœur de l’été ([N]).

La fin du passage d’automne est difficile à mettre en évidence car elle se confond souvent avec les tentatives d’hivernage. La plupart des nicheurs de l’Europe de l’Ouest semblent hiverner en Afrique occidentale, principalement du Sénégal et du Mali à la Côte d’Ivoire et au Nigéria ([N]) ; ils y arrivent essentiellement entre août et septembre-octobre et repartent dès mars, le passage au Maroc étant noté essentiellement entre la fin de mars et le début d’avril (Cramp et Simmons 1983).

En hiver, la dispersion de l’espèce se fait sur une partie plus importante du territoire, l’essentiel des hivernants (500 à 800 individus, dont de nombreux oiseaux certainement non indigènes) se concentrant du Finistère à la Gironde, ainsi que sur le cours de la Loire (Duquet 1992). Dans la région Rhône-Alpes, nous avons d’abord considéré les cas d’hivernage comme exceptionnels (années 1960 et 1970). Dès la fin des années 1970, les observations sont devenues de plus en plus régulières et abondantes et l’espèce est désormais assez régulièrement citée en hiver. Ce ne sont pas moins de 8 à 10 individus qui ont hiverné sur les berges du Léman (74) en 1987-88. La progression de l’hivernage est un fait dans la région, mais l’effet d’une meilleure prospection est aussi assez vraisemblable ; ainsi a-t-il fallu attendre 1994 pour que la première citation hivernale dans l’Ile Crémieu soit effectuée (Deliry 1995 b) et depuis l’espèce y est notée chaque hiver ! L’origine exacte de ces oiseaux n’est pas connue.

Cyrille Deliry