Chardonneret élégant

Publié le mercredi 27 février 2008


Chardonneret élégant Carduelis carduelis

Angl. : Goldfinch
All. : Stieglitz
It. : Cardellino

Chardonneret élégant, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Chardonneret élégant, photo Nicolas DUPIEUX

De catégorie faunistique européenne-turkmène, le Chardonneret élégant occupe toute l’Europe au sud du 63ième parallèle ; il est présent sur la quasi totalité des îles, à l’exception des Féroé et des archipels écossais. Sa population est estimée entre 7 et 9 millions de couples. Le Chardonneret se reproduit sur l’ensemble du territoire français en dessous de 1 200 m d’altitude, mais se rencontre parfois plus haut. C’est ainsi que dans les Pyrénées orientales, une population conséquente se reproduit en Cerdagne aux alentours de 1 400 m (Affre et Affre 1980) ; des populations lâches ou des couples isolés occupent des altitudes encore plus élevées.

Le Chardonneret se reproduit sur l’ensemble du territoire de la région Rhône-Alpes ; il est commun ou assez commun au-dessous de 1 000 m et se raréfie au-dessus. Il a cependant été observé à 1 670 m à Nancy s/Cluses (74) et 1 680 m à Bessans (73).

Nous n’avons malheureusement que très peu de données permettant une comparaison des densités de couples reproducteurs dans notre région. A Grignan (Tricastin), nous avons trouvé 7 couples sur une allée bordée d’arbres de 300 m de long à la limite du village. 45 points d’écoute de 5 mn réalisés en Tricastin dans le cadre du programme STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) ont donné des résultats variant du simple au double avec un minimum de 16 chanteurs en 1993 et un maximum de 38 en 1991 (la moyenne étant proche de 23) sans que se dessine une tendance nette à la hausse ou à la baisse. Deliry (comm. pers.) précise que le Chardonneret est plus fréquent en Val de Saône et Plaine de Bièvre qu’en Dombes et Bas Bugey et qu’en plaine de Bièvre il a été contacté dans 70% des sites étudiés.

Chardonneret élégant, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Chardonneret élégant, photo Nicolas DUPIEUX

Cet oiseau est assez éclectique en ce qui concerne les milieux fréquentés en période de reproduction. On le rencontre dans les landes pourvu qu’y apparaisse quelque arbuste, dans les zones agricoles où il fréquente assidûment les vergers et les haies et même les vignes, dans les jardins des lotissements, les parcs urbains, à la lisière des bosquets et des ripisylves. Il peut également se reproduire dans les pelouses d’altitude en profitant de quelques buissons. Un arbre isolé au milieu d’un parking bétonné ou sur la place d’un village suffit parfois à abriter la reproduction d’un couple. En fait, il n’y a guère que deux types de milieux qui ne semblent pas convenir à cette espèce, les boisements épais de feuillus et les étendues agricoles d’où ont disparu haies et arbres isolés.

Chardonneret élégant, mâle, photo France DUMAS © 2008
Chardonneret élégant, photo France DUMAS

La carte publiée par Yeatman-Berthelot ([H]) semble montrer que le Chardonneret est partout présent en hiver dans la région Rhône-Alpes. Bien entendu, elle est à lire avec précaution étant donnée la taille de la maille utilisée et le relief accidenté de la région. Le Chardonneret est en effet absent des contrées les plus élevées durant l’hiver. Il peut cependant s’y rencontrer à la fin de l’été et en automne lors de la dispersion et de la migration postnuptiales. C’est ainsi que l’espèce a été observée à 1 800 m le 18 novembre 1973 à la Combe d’Ire (74) et à St Pierre de Chartreuse (38) où un vol d’environ 200 individus était présent le 16 octobre 1978 ainsi qu’à 2 100 m à Sixt (74) où 15 oiseaux ont été vus en vol le 23 octobre 1991.

Dans le sud de la région, le passage prénuptial des oiseaux ayant hiverné dans des contrées plus méridionales et gagnant leurs territoires situés plus au nord commence dès la mi-février et culmine entre le 20 mars et le 20 avril ; il en est par exemple passé 278 le 12 avril 1984 au col de l’Escrinet (07).

Chardonneret élégant, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Chardonneret élégant, photo Nicolas DUPIEUX

Alors que ces oiseaux traversent notre région, nos nicheurs locaux ont déjà entrepris leur reproduction. Les premiers chants sont régulièrement notés en février et les premiers signes de construction de nid à la fin de mars (date la plus précoce le 28 mars 1992 à Samoëns, 74, et Bourg-en-Bresse, 01). C’est en avril que les nids en construction sont les plus nombreux (50 % des données disponibles) et ils peuvent se poursuivre très avant en été (date la plus tardive le 28 juillet 1995 à Grignan, Tricastin). Les premières pontes sont déposées à la fin d’avril (21 avril 1976 à St Martin d’Uriage, 38), le plus grand nombre étant trouvé en mai (53 %), les dernières au début d’août (5 août 1996 à Chapareillan, 38). Pour les 9 pontes dont nous connaissons la taille, celle-ci varie entre 3 et 5 œufs (moyenne 4,2). Les premiers poussins ne sont signalés qu’à la mi-mai (12 mai 1985 à Lavours, 01), le plus grand nombre de nichées est trouvé en juin (43 %) et les dernières en septembre. Des observations de jeunes volant nourris par les parents ont été faites jusqu ‘à un 17 septembre. La taille de 15 nichées varie de 1 à 5 poussins (en moyenne 3,7). Il n’est pas toujours aisé de différencier migrateurs et nicheurs locaux, si ce n’est par le baguage. Pour notre part, nous avons marqué plus de 1 200 individus en hiver à Grignan. Quelques-uns ont été contrôlés sur place en période de reproduction, montrant ainsi qu’une partie au moins des nicheurs locaux est sédentaire. Cela n’est probablement pas vrai pour tous nos chardonnerets et sur l’ensemble de la région. Un jeune de l’année, bagué le 11 août 1972 dans l’Ain, a été tiré le 17 novembre 1974 en Espagne. La date de baguage laisse penser qu’il s’agissait d’un oiseau local. Un oiseau bagué poussin le 25 juillet 1999 à Malataverne (26) a été retrouvé dans la région de Barcelone (Espagne) le 31 octobre 1999.

Chardonneret élégant, mâle, photo France DUMAS © 2008
Chardonneret élégant, photo France DUMAS

Les premiers migrateurs post nuptiaux en provenance d’Europe centrale sont signalés dès la mi-septembre à Ceyzériat (01) où le passage se poursuit jusqu’à la mi-novembre. A l’autre extrêmité de la région, en Tricastin (26), le passage ne commence qu’aux environs du 10 octobre et se poursuit jusqu’à la fin-novembre. L’origine de ces migrateurs est attestée par le baguage ; ils proviennent de pays assez proches : Suisse, Tchéquoslovaquie, Allemagne. Si un certain nombre d’entre eux vont passer l’hiver en Rhône-Alpes où on peut les observer en petites troupes pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus (550 le 6 février 1994 à St Romain de Jalionas - 38, Deliry 1998 b), la plupart d’entre eux ne font que passer et vont hiverner en Espagne comme l’attestent plusieurs reprises de bagues. Dans notre région, ils fréquentent alors les champs de tournesol et de sorgho non récoltés puis leurs chaumes, les bords de chemins, les lavandaies et tous autres milieux offrant les petites graines dont ils se nourrissent. Ils fréquentent aussi volontiers et parfois en grand nombre les mangeoires installées dans les jardins. Nos opérations de baguage hivernal à Grignan montrent que ces oiseaux sont fidèles à leur site d’hivernage, 9,1 % d’entre eux étant recapturés au même endroit l’année suivant leur baguage, ce taux étant encore de 1,4 % après 5 ans (Olioso 1994).

Texte : Georges Olioso
Photos : Nicolas Dupieux, France DUMAS