Canard chipeau

Publié le mercredi 27 février 2008


Canard chipeau Anas strepera

Angl. : Gadwall
All. : Schnatterente
It. : Canapiglia

De catégorie faunistique holarctique, le Canard chipeau possède une vaste répartition dans l’ex U.R.S.S. et au Canada. Plus à l’ouest, sa distribution apparaît comme une constellation de sites répartis de la Finlande jusqu’à l’Espagne (Cramp et Simmons 1977). Dans notre pays, naguère cantonnée à la Dombes (01), au Forez (42) et à quelques rares autres sites (Yeatman 1976), l’espèce est désormais répandue dans toutes les zones humides au nord d’une ligne Bordeaux-Grenoble, sans compter la Camargue et les régions adjacentes.

En Rhône-Alpes, seules les deux principales régions d’étangs hébergent des populations importantes. La plus anciennement peuplée est sans conteste la Dombes qui compte actuellement environ 400 couples alors que le Forez en retient autour de 200. Les autres sites rhônalpins (Bresse, plaine de l’Ain - 01, marais de l’Etournel - 74, Meyzieu, Décines - 69, confluent de la Drôme avec le Rhône - 26) ne sont occupés qu’irrégulièrement et n’hébergent que quelques couples. Avec de 600 à 860 couples les populations rhônalpines représentent la moitié des 1 000 à 1 200 couples français ([N]).

Les étangs du Forez favorisent une meilleure productivité en canards chipeaux que ceux de Dombes : 1,1 nichée par étang contre 0,5 (Tournier 1987). Les pontes sont le plus souvent déposées sur terrain sec (jusqu’à 200 m environ des étangs, rivières ou fleuve, bassins de lagunage), souvent dans une prairie où elles sont alors très exposées aux fenaisons. Moins fréquemment, les nids sont situés dans la végétation aquatique rivulaire, voire dans une colonie de Laridés. Les tout premiers poussins peuvent être notés durant la dernière semaine d’avril mais la plupart des éclosions se produisent entre la dernière décade de mai et la fin de juin, plus précocement en moyenne dans le Forez qu’en Dombes. 100 % des jeunes sont capables de voler au début de septembre dans le Forez, le 15 de ce mois en Dombes (M.N.H.N. et O.N.C. 1989). Les familles dombistes (n = 454) comptent en moyenne 8 jeunes (tous âges confondus) avec des valeurs extrêmes de 1 (assez rarement) à 15 (en 1999). Quelques cas de parasitisme aux dépens de fuligules morillons sont connus mais le Chipeau est aussi parfois victime de tels comportements de la part de fuligules milouins. En Dombes, dans les années 1973-77, 80 % des femelles menaient à bien leur nichée contre 40 % seulement pour la période 1980-86 (et même 22 % en 1986 contre 60 % en Forez). Au cours de la première période, la production annuelle de jeunes avoisinait 8 800 jeunes (1100 femelles reproductrices) ; actuellement, ce nombre n’est plus que de 1 280 jeunes (160 nichées).

Le baguage apporte quelques informations en dehors de la saison de reproduction. Sur 34 reprises d’oiseaux (dont 20 poussins) bagués en période de reproduction dans notre région, 25 ont été effectuées dans le district même de leur marquage ; 6 dans le sud (Italie, Drôme, Bouches du Rhône, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales) et dans le nord-est (Marne et Pologne, ce dernier oiseau nichant probablement dans ce pays 2 ans après être né en Dombes). La chasse représente 85 % des cas de reprises. La durée moyenne de port de bague de ces oiseaux a été de 209 jours (maximum de 2 ans, 7 mois et 2 jours) mais seulement de 130 jours pour ceux bagués poussins.

En hivernage, notre région n’accueille que très peu d’oiseaux (entre 254 et 419, de 1995 à 1997, soit 1,6 à 3,0 % des effectifs français, essentiellement présents en Camargue) sur d’assez nombreux sites. Notre région voit passer ou retient en hivernage des chipeaux nés en Russie, Estonie, Suède, Tchécoslovaquie, ou bagués en période de reproduction ou de migration en Camargue, Espagne, Allemagne, aux Pays-Bas et en Angleterre. La chasse apporte 89 % des reprises de ces individus dont la durée moyenne du port de bague est de 475 jours avec un record de 8 ans, 5 mois et 23 jours pour un oiseau bagué en Allemagne le 16 juin 1979 et trouvé à Pont de Vaux (01) le 9 décembre 1987. Tant en hivernage qu’en migration, les chipeaux se montrent peu grégaires et les troupes égales ou supérieures à 200 individus sont extrêmement rares. Des troupes de 647 oiseaux le 22 septembre 1984 et de 245 le 1er octobre 1983 à Sandrans (01), 252 le 14 mars 1984 à Lapeyrouse, 465 à Saint Paul de Varax (01) le 22 mars 1992 et 820 à Birieux (01) le 10 octobre 1999 (PC) donnent quelques indications sur les dates des flux migratoires importants en Rhône-Alpes.

En 1977, la reproduction de l’espèce n’était observée que dans trois districts rhônalpins : Dombes, Bresse et Forez. Depuis, le Chipeau s’est reproduit en quelques autres sites. Dans la plaine de l’Ain, des nidifications (1 à au moins 3 familles selon les années) ont été constatées de 1986 à 1996 sur un étang temporaire et des bassins de lagunage. Ailleurs, seuls de rares cas ont été signalés : une famille à l’Etournel en 1991, une famille au confluent de la Drôme et du Rhône en 1993, une famille à Meyzieu en 1996, une famille à Décines en 1997. Ces quelques tentatives de colonisation de sites nouveaux ne doivent pas cacher la chute de la population dombiste. Estimée à 1300 couples à la fin des années 1970, elle n’est plus que de 400 couples environ de nos jours. Les raisons de cet effondrement sont sans doute multiples. Le Chipeau nichant ici fréquemment hors des étangs, la fauchaison des prairies est responsable de la perte de 10 % des couvées annuelles. Les importances relatives de la prédation (Broyer 1988), de la météorologie et de la pression de chasse sont beaucoup plus difficilement quantifiables. Le maintien ou la réimplantation de prairies denses et fauchées tardivement dans un rayon de 200 m autour des étangs peuvent contribuer à la poursuite de la reproduction de l’espèce en Rhône-Alpes. Enfin, les dates actuelles d’ouverture de la chasse (15 août en Forez, début septembre en Dombes) ne sont pas adaptées au calendrier régional de reproduction de ce canard et devraient être repoussées de deux semaines au moins.

Alain Bernard