Caille des blés

Publié le mercredi 27 février 2008


Caille des blés Coturnix coturnix

Angl. : Common Quail
All. : Wachtel
It. : Quaglia

La Caille des blés est largement répartie à travers tout le Paléarctique, ne manquant guère qu’au nord du cercle arctique. Les Iles Britanniques sont toutefois peu peuplées (Cramp et Simmons 1980). En France, la Caille est présente sur tout le territoire malgré une faiblesse dans les régions viticoles et aussi dans les zones d’élevage bovin et de bocage de l’ouest et du nord-ouest de notre pays (Guyomarc’h in [N]).

La répartition rhônalpine est difficilement analysable. Des populations homogènes existent dans le nord de la Bresse et le Val de Saône jusqu’à Thoissey, les plaines de la basse-vallée de l’Ain et de l’Est-lyonnais, les monts du Lyonnais, les plaine et monts du Forez, le Vivarais, la basse-Ardèche et le Tricastin. Ailleurs, seuls de petits noyaux de population sont constitués. Si l’espèce est nettement plus abondante aux basses altitudes (moins de 1 000 m), nous disposons de quelques données à plus de 2 000 m : un chanteur a même été entendu à 2 300 m à Bessans (73) en 1965 et 1990. Remarquons toutefois qu’en Savoie, l’espèce devient paradoxalement plus commune en altitude (plus de 1 500 m) qu’en plaine. Ce “ repli ” risque d’être provisoire car, là aussi, l’intensification agricole commence à apparaître. Les effectifs et les densités sont difficiles à préciser et ce d’autant plus que ceux-ci sont très variables d’une année à l’autre sans que les raisons en apparaissent nettement. Ainsi, sur les dernières décennies, 1970, 1977, 1978, 1987, 1989, 1993 furent de bonnes “ années à cailles ” alors que 1976, 1988, 1990, 1991, 1994, 1996 furent très médiocres, les autres années devant être considérées comme “ moyennes ” ; ces résultats relevant souvent de l’impression ne correspondent pas toujours aux données d’autres régions françaises (Guyomarc’h in [N]). Les densités, nous l’avons déjà dit, sont également très variables. Le nombre de chanteurs ne reflète que bien mal l’abondance réelle des nicheurs et, à cause du nomadisme caractéristique de l’espèce, est susceptible de varier considérablement d’un jour à l’autre. Un chanteur pour 10 ha est une valeur élevée mais des agrégats locaux (4 chanteurs sur 25 ha à Massongy - 74 - le 3 juin 1989, ou 4 chanteurs sur 10 ha à Château-Gaillard - 01 - le 28 juin 1990) peuvent être rencontrés à l’occasion.

Probablement originaire, comme la Perdrix grise, de milieux steppiques, la Caille des blés habite ceux-ci lorsqu’ils existent encore. Ainsi, les “ steppes ” des camps militaires de la Valbonne et d’Ambérieu (01) sont bien peuplées. A l’opposé de ces milieux herbacés secs, les prairies de fauche inondables du Val de Saône constituent également l’un des bastions rhônalpins de cet oiseau. L’espèce est également présente, par extension, dans les luzernes et les prairies artificielles et s’est autrefois largement développée grâce aux céréales : blé, orge, avoine, seigle, triticale. Quelques autres cultures sont parfois occupées : betteraves, colza, pois.
Au printemps, les premières cailles, presque toujours alors détectées par le chant, arrivent dans la région Rhône-Alpes à la date moyenne du 22 avril (sur 30 années entre 1962 et 1997). Nous disposons de 2 dates en mars (2 à Joyeux - 01 - le 27 en 1973, 1 le 21 à Heyrieux - 38 - en 1991). Les arrivées semblent s’étaler sur une longue période. Ainsi, les 20 cailles baguées ayant fourni des reprises rhônalpines l’ont été en Italie entre un 29 avril (1954) et un 30 juin (1976). Cet étalement pourrait suggérer non seulement un certain nomadisme des oiseaux mais aussi l’arrivée tardive dans nos régions de jeunes nés quelques semaines plus tôt sur le continent africain. Les chants sont notés dès l’arrivée des oiseaux et c’est en juin que le plus grand nombre se fait entendre. Après la mi-juillet, les chants s’estompent progressivement, ne sont pas rares jusqu’à la mi-août, puis deviennent exceptionnels à la fin de ce mois. Les derniers ont été entendus le 29 août en 1982 (Corlier - 01), le 30 août en 1985 (Grignan - 26) et même le 8 septembre en 1980 (Valbonne - 01). Nous ne disposons que de rares données sur la reproduction dans notre région. Un jeune non émancipé le 23 mai 1994 à Jonage (69) suggère une ponte presque dès le retour des oiseaux alors qu’un jeune aux rémiges non encore complètement poussées à Cormaranche en Bugey (01) le 15 septembre 1986 paraît très tardif.

En automne, de nombreuses cailles, des adultes probablement, quittent Rhône-Alpes dès le mois d’août. A cette époque, l’espèce échappe presque totalement aux observations des ornithologues, ce qui explique la grande variabilité des dernières dates : le 11 septembre en 1994, le 25 octobre en 1967 (date moyenne le 2 octobre calculée sur 20 années, entre 1963 et 1997). Plusieurs mentions plus tardives (29 novembre 1964 en plaine du Forez - 42, 2 janvier 1966 en plaine de Bièvre - 38) ont peut-être été un peu hâtivement attribuées à des cailles d’élevage de la sous-espèce C. c. japonica ([R]). En effet, l’hivernage d’oiseaux sauvages a déjà été signalé dans le sud-ouest de notre pays. Les quartiers d’hivernage des nicheurs rhônalpins sont inconnus. Ils se situent très probablement en Afrique sahélienne ou en Afrique du nord, atteintes, si les oiseaux suivent la même voie qu’à l’aller (20 cailles “ italiennes ” ont été reprises dans l’Ain - 5, la Drôme - 5, l’Isère - 7, le Rhône - 2, et la Savoie - 1), vraisemblablement par la Tunisie.

Autrefois très répandue dans tous les milieux favorables, la Caille s’est considérablement raréfiée. La réduction des habitats, due en grande partie dans notre région à l’expansion de la maïsiculture, et celle de la nourriture (plantes adventices et Arthropodes) suffisent probablement à expliquer cette tendance. Le rôle de la pression de chasse est plus discuté. Sur les 19 reprises régionales datées, toutes ont été effectuées à la chasse durant l’automne qui a suivi le marquage, ce qui suggère un faible taux de survie. Par contre, les fluctuations annuelles sont bien plus difficiles à expliquer et leurs causes semblent devoir être recherchées dans la déroutante et encore partiellement énigmatique biologie de l’espèce (Guyomarc’h in [N]).

Alain Bernard