Buse variable

Publié le mercredi 27 février 2008


Buse variable Buteo buteo

Angl. : Common Buzzard
All. : Mäusebussard
It. : Poiana

Buse variable, photo Rémi RUFER © 2008

La Buse variable est une espèce holarctique polytypique, représentée chez nous par la forme nominale ; il existe une forme particulière sédentaire corso-sarde B. b. arrigonii et la Buse des steppes B. b. vulpinus d’origine orientale peut passer exceptionnellement par notre région (Cramp et Simmons 1980). La Buse variable a une distribution continue dans les zones boréales, tempérées et partielle en zones méditerranéennes d’Europe et d’Asie. Elle manque toutefois en partie à la Grande-Bretagne (très nette régression au XIXième siècle - Holloway 1996) et à l’Irlande, de même qu’à toute la moitié occidentale de la Scandinavie. Son aire d’hivernage est plus restreinte et exclut la Scandinavie (Duquet 1992).

En France, cette espèce niche partout où elle peut trouver à installer son nid (sauf en Beauce, dans l’extrême nord du pays, en haute montagne et sur une étroite bande en bordure de la Méditerranée) ; elle est rare en milieux de grandes cultures (manque d’arbres porteurs) ou dans les boisements trop denses (absence de lisières où nicher) ([N]). Son aire d’hivernage couvre l’ensemble du pays.

La Buse variable est largement répandue dans la région Rhône-Alpes mais elle est plus abondante dans les districts de moyenne altitude (étages collinéen et montagnard) ; elle manque à haute altitude et devient plus rare dans les plaines fortement cultivées ou urbanisées. L’espèce atteint assez fréquemment le niveau inférieur de l’étage subalpin (1 600 m d’altitude environ). Une aire connue dans les années 1980 au Grand Bornand (74) était située à l’altitude record de 1 750 m. La Buse est un oiseau ubiquiste, observé toute l’année, qui peuple les secteurs boisés, proche des milieux ouverts ou semi-ouverts. Dans la région de Cruseilles (74), environ 160 aires ont été étudiées au début des années 1980 (Deliry et al., 1989 et en prép.). Dans ce secteur, l’espèce installe son aire le plus fréquemment dans des bois (70 %) ou des bosquets (23 %), mais aussi dans des haies (5 %) ou des arbres isolés (2 %). Les nids sont placés le plus souvent à proximité d’une lisière (16 m en moyenne ; maximum de 150 m), en général sur la bordure externe du massif (66 %) et dans les autres cas, non loin d’une lisière interne proche d’une clairière, d’un chemin, etc. L’aire est située dans de vieilles futaies (73 %), habitat dominant dans la région de Cruseilles. Les essences choisies sont, dans ce secteur, majoritairement résineuses (57 %) et l’Epicéa domine (47 %) ; viennent ensuite le Chêne (19 %) et le Hêtre (16 %). L’arbre mesure en moyenne 23 m de haut et l’aire y est placée à 17 m en moyenne. On a pu remarquer que la Buse utilisait assez fréquemment des structures relativement rares (balais de sorcière, gui, fourches spéciales...), mais particulièrement aptes à assurer la stabilité de l’aire. De rares cas de nidification rupestre, phénomène cité très rarement par ailleurs en Europe, sont connus dans la région Rhône-Alpes (Dallard 1984 , Deliry et al. 1989).

Estimées à plus de 400 000 couples (hors Russie) ([E]), les populations de buses ne sont pas considérées comme menacées en Europe. Les effectifs rhônalpins étaient jugés inférieurs à ceux du Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) dans les années 1970, mais supérieurs à ceux de tous les autres rapaces diurnes. On peut supposer que, depuis, l’espèce a progressé, du moins localement et les fréquences d’observation sont souvent bien meilleures (voir plus loin) ; elle est désormais souvent plus abondante que le Faucon crécerelle. Dans un secteur de la Dombes (01) (7 000 ha dont 19 % boisés et 7 % d’étangs) 17 aires ont été recensées dont 11 occupées, ce qui correspond à 1 couple pour 640 ha (Joly 1979). Dans la région de Cruseilles (alt. moyenne : 730 m ; 12 900 ha dont 28 % boisés), au début des années 1980 (Deliry et al. 1989), ce sont au moins 178 couples cantonnés qui ont été repérés sur une surface de 129 km², soit 13,4 couples cantonnés / 10 km² et une densité 10 fois supérieure à celle de Dombes (1 couple cantonné pour 72 ha ; si on ne retient que les couples possédant une aire découverte, le nombre est alors d’un couple pour 123 ha). De manière plus précise, la partie occidentale de la région de Cruseilles (sud-ouest du Salève ; altitude moyenne 690 m) est moins peuplée que la partie orientale (plateau inférieur des Bornes ; altitude moyenne 850 m) : on y trouve respectivement des densités de 10,9 et 16,9 couples cantonnés / 10 km². La morphologie générale du paysage, influencée par l’altitude, explique cette différence de densité (augmentation des effets lisière par des surfaces bocagères plus importantes, par exemple).

Buse variable, photo Rémi RUFER © 2008

La Buse est présente toute l’année, mais en hiver les oiseaux indigènes sont rejoints par des oiseaux nordiques, ce qui se traduit par des densités hivernales souvent bien supérieures aux densités nicheuses. Cette relative abondance ne semble pas avoir toujours été le cas : les hivers 1963-64, de 1971 à 1975 ont rassemblés des effectifs particulièrement faibles ou médiocres. Les effectifs hivernants sont cependant très fluctuants à l’échelon local comme l’ont montré les comptages réalisés récemment sur des itinéraires échantillons en hiver. A titre d’exemples, dans l’Ile Crémieu (38) on a pu noter suivant les hivers entre 1,3 et 4,5 oiseaux pour 10 km sur les mêmes itinéraires (Deliry 1995 b) ou, dans l’Ain, entre 2,8 et 14,0 oiseaux pour 10 km (moyenne : 7,1) (Bernard 1991). Des conditions météorologiques changeantes n’ont, semble t-il, pas un impact sensible. L’analyse faite par Bernard (1991) montre que les minimums ou les maximums enregistrés l’ont été aussi bien au cours de périodes anormalement froides ou enneigées que lors de temps d’une douceur inhabituelle pour la saison. Quelques reprises témoignent de l’origine de nos hivernants non indigènes, qui proviennent de Suisse (15 reprises au moins), des pays baltes (3) ou de Scandinavie (2). Nous relevons un exemple de longévité de 15 ans pour un oiseau bagué le 4 décembre 1958 en Suisse et tué à Mirmande (26) en 1973. Nos nicheurs semblent sédentaires avec vraisemblablement des phénomènes de transhumance pour les individus nicheurs en montagne qui gagnent les plaines plus favorables en hiver. En effet, si les conditions climatiques le permettent, les couples, qui sont en général unis pendant plusieurs saisons, demeurent sur place en hiver. On remarque alors un rétrécissement de leur espace vital, ce qui augmente la surface disponible pour la population “ flottante ” composée de migrateurs et d’oiseaux temporairement en fuite par grands froids ([N]). De telles fuites hivernales ont été notées fréquemment ; on a alors observé des regroupements d’oiseaux en déplacement vers le sud en plein mois de janvier ou février.
La migration commence fin septembre et se déroule jusqu’en novembre. Les maximums sont notés durant la deuxième quinzaine d’octobre : ils peuvent dépasser 400 individus pour la journée record sur un site de migration tel le défilé de Fort l’Ecluse (01 - 74) et ce sont désormais largement plus de 1 000 individus qui sont recensés lors d’une saison automnale sur de tels sites. Au cours des années 1970 et au début des années 1980, même si on doit considérer que la pression d’observation était plus faible, on ne comptait jamais plus de 1 000 migrateurs au total lors du passage postnuptial, ce qui semble témoigner d’une augmentation des effectifs du centre et du nord de l’Europe. Les mouvements de printemps sont sensibles de février au début d’avril, alors que les oiseaux indigènes peuvent occuper leurs territoires dès le mois de janvier.

Les premières parades sont enregistrées dès janvier. Ce comportement se poursuit jusqu’en mai et ce, quel que soit les secteurs de Rhône-Alpes. De la même manière, les autres phases de la reproduction sont fort étalées : accouplements et transports de matériaux le 7 mars 1982 en Oisans (38), accouplement le 5 avril 1982 en Diois (26), couvaison le 25 avril 1982 dans les Gorges de la Loire (42), jeune au nid le 18 avril 1993 à Dardilly (69) ou le 5 juin 1996 à Gras (07), jeunes non émancipés le 4 août 1996 à St Montant (07). Dans la région de Cruseilles (Deliry et al. 1989) des parades ont été notées de février (40 % des contacts sur les territoires) à la mi-mai (10 %). Les oiseaux alarment pendant toute la saison sur le territoire ; cependant, on note une baisse de la puissance et un déplacement des postes d’alarme lors de la couvaison en avril et l’élevage des jeunes en juin. Dans le détail, les oiseaux se mettent alors à alarmer plus loin du nid, déplaçant vraisemblablement ainsi l’attention des perturbateurs. L’aire est augmentée par des branchages au cours de la saison et sa recharge correcte est un bon indice de réussite de la nidification car les aires mal entretenues ne produisent en général pas de jeunes. On peut considérer comme un bon indice d’occupation, l’observation de duvet et de fientes au nid. Ces indices concernent deux période principales : avril (couvaison), fin-mai et juin (jeunes). En 1983, le printemps a été particulièrement défavorable du point de vue météorologique et on a alors noté un décalage des phases de la reproduction pouvant aller d’une décade à un mois. Les comportements ont été alors affectés : alarmes moins agressives et souvent d’un seul individu, recharges de l’aire plus faibles (donc aire fragilisée), absences plus fréquentes de la femelle. Le graphique ci-dessous rend compte de l’étalement de la reproduction suivant la présence des jeunes au nid à partir de l’étude menée dans la région de Cruseilles. On note leur présence à des âges divers allant de la fin du mois d’avril (jeunes en duvet gris) au mois d’août (jeunes proches de l’envol ou à peine envolés), avec une période optimale au mois de juin. Les quelques informations disponibles ailleurs dans la région ne sortent pas de cette période fort étalée.

La même étude révèle que, pour 126 cas de nidification produisant des jeunes, le nombre moyen est d’au moins 1,8 jeunes par nichée réussie (2,1 si on s’en tient aux 74 cas où le nombre de jeunes à l’envol est connu exactement), mais plus faible (0,4) si on se base sur le nombre de couple cantonnés connus dont seul un quart semblent producteurs de jeunes à l’envol. Le nombre de jeunes à l’envol par couple productif a chuté à 1,4 jeune par couple (n = 25) lors de la mauvaise saison de 1983. Un essai de dynamique des populations, avec une mortalité annuelle choisie à une valeur de 20 %, moyenne selon la littérature, indique que la population de la région de Cruseilles était particulièrement stable au début des années 1980.

De tous temps, la Buse variable a été l’un des rapaces les plus communs de France et sa distribution n’a guère varié (Mayaud 1936 , Yeatman 1976). Avant la protection de l’espèce, ses effectifs étaient décimés : régression estimée à plus de 50% entre les années 1930 et 1960 (Terrasse 1965). Selon Thiollay (1966), il ne restait alors que 1 400 à 3 600 couples sur le territoire national et les densités des années 1970 atteignirent des valeurs parmi les plus faibles. Depuis sa protection en 1972, les peuplements se sont lentement reconstitués. Au début des années 1980, la population française fut estimée à 50 000 couples (F.I.R. - U.N.A.O. 1984). Cependant, les effectifs du début du siècle n’ont vraisemblablement pas été récupérés ([N]). Quelques preuves de cette évolution sont disponibles dans la région. Les effectifs hivernant en 1960-1961 sont beaucoup plus abondants qu’en période de nidification, notamment vers Valence et en Dombes, effet de la persécution subie à l’échelon local. Des tableaux de dizaines d’oiseaux étaient glorifiés par la presse régionale en Forez et en Bresse en particulier pour l’année 1963, ce sont ici des témoignages régionaux d’une époque où la Buse fut fort malmenée. Les témoignages de la reconstitution des effectifs de l’espèce dans la région Rhône-Alpes sont peu sensibles au niveau de la répartition qui est restée stable. Par contre, une évolution de la fréquence des observations sur certains districts naturels peut être regardée comme une reconstitution progressive de ses effectifs d’antan. Divers districts non occupés en 1977 ([R]) le sont depuis (Moyenne Vallée du Rhône, Plaine de Bièvre), d’autres montrent de bien meilleures densités (Val de Saône, Basse Vallée du Rhône, sud de la Drôme et de l’Ardèche, Bas Dauphiné, Est-Lyonnais, Oisans). Divers autres secteurs, autrefois assez bien occupés, semblent montrer des fréquences supérieures à celles de 1977 (Gex-Léman, Chablais, Bornes, Bauges, Vanoise, Dombes, Bresse, Ile Crémieu, etc.). L’occupation reste par contre moyenne en Forez et Basse Vallée de l’Isère.

Cyrille Deliry