Busard des roseaux

Publié le mercredi 27 février 2008


Busard des roseaux Circus aeruginosus

Angl. : Marsh Harrier
All. : Rohrweihe
It. : Falco di palude

Largement réparti dans l’ouest paléarctique, le Busard des roseaux niche dans toute l’Europe. Il n’occupe cependant dans les Iles Britanniques que l’ouest de l’Angleterre et manque à la majeure partie de la Finlande et de la Scandinavie. En France, l’espèce est essentiellement présente d’une part sur le littoral méditerranéen, d’autre part au nord d’une ligne reliant Bordeaux à Grenoble en évitant le Massif Central ([N]). Difficiles à évaluer, ses effectifs français ont sans doute dépassé 1 000 couples à la fin des années 1980 : il s’agissait alors de l’apogée d’une phase d’expansion ayant précédé une nette régression (Burneleau in [N]). En région Rhône-Alpes, le CORA évoquait en 1977 “ une population avoisinant la quinzaine de couples, pour la plupart en Forez ”. Celle-ci s’est manifestement accrue par la suite. L’espèce a ainsi pu nicher en Bresse (01), en Val de Saône (01), dans le Roannais (42), en Grésivaudan (38), dans l’Ile Crémieu (38) et la reproduction fut vraisemblable en plusieurs sites de l’ouest de l’Isère, du nord de la Drôme ou des rives ardéchoises du Rhône. En Forez, la population a pu dépasser 15 couples dès 1980, celle de la Dombes en ayant compté une vingtaine. Toutefois, depuis quelques années, la tendance au déclin relevée au niveau national est aussi remarquée en Rhône-Alpes, principalement en Dombes.

Au vu de ces éléments, l’effectif régional actuel s’inscrit sans doute dans une fourchette de 30 à 40 femelles reproductrices ; cette notion paraît préférable à celle de couple pour une espèce fréquemment polygame et dont la parade nuptiale n’est pas toujours suivie d’une ponte, alors qu’elle inclut des transports de matériaux pouvant laisser conclure à tort à la construction certaine d’un nid (Burneleau in [N]).

Les premiers busards des roseaux printaniers sont très régulièrement notés dès le mois de février (par exemple le 5 février 1994 à Versailleux - 01), le passage prénuptial culminant à la fin de mars. Furent ainsi dénombrés 529 migrateurs au col de l’Escrinet (07) entre le 3 mars et le 13 avril 1984. Très étalés dans le temps et l’espace, ces mouvements peuvent conduire l’espèce en altitude (un migrateur a même été vu à 2 800 m à Vallorcine - 74 - le 11 avril 1992) ou se poursuivre jusqu’au début de juin (par exemple 3 oiseaux à Ambérieu en Bugey - 01 - le 6 juin 1991), ce qui complique singulièrement la détection des nicheurs.

Débutant en mars, les parades et constructions se poursuivent jusqu’en mai. Les oiseaux évoluent alors en couple au-dessus des sites où ils nicheront ; il s’agit presque exclusivement de phragmitaies, l’installation dans des prairies de fauche ou en cultures (soupçonnée respectivement en Val de Saône - 01 - et en Basse Vallée du Rhône - 07) demeurant tout à fait marginale. La ponte compte généralement de 4 à 5 œufs mais les groupes familiaux dépassent rarement 2 à 3 jeunes à l’envol ( le fichier du C.O.R.A. compte une seule donnée de 5 jeunes volants, fin-juillet 1995, à Sainte Foy Saint Sulpice - 42). En 1993, une prospection dombiste approfondie permit de noter des envols du 23 juin au 17 août. Les jeunes non émancipés et apprenant à chasser deviennent particulièrement visibles en juillet ; à cette période, s’engage aussi un certain erratisme postnuptial pouvant amener à observer l’espèce en des sites où elle n’a pas niché.

La migration débute réellement à la fin d’août, bat son plein en septembre et s’achève au début de novembre ; elle concerne d’importants contingents de busards du nord-est de l’Europe (14 reprises de baguage concernent 11 oiseaux provenant d’Allemagne, 1 de Finlande, 1 de Suède, 1 du Danemark). Le passage culmine très nettement à la mi-septembre. Ainsi, furent observés en 1992, 255 migrateurs à Ceyzériat (01) (avec un pic de passage de 161 le 12 septembre), 241 à Barracuchet (42) (pic de 51 le 11 septembre) et 360 à Fort l’Ecluse (01-74) (pic de 150 individus à la même date). L’automne suivant, ce dernier site voyait même défiler 922 oiseaux, entre le 29 août et le 26 octobre, avec un maximum de 185 le 15 septembre (Charvoz et al. 1996).

Le Busard des roseaux n’hiverne habituellement pas en Rhône-Alpes, excepté quelques données (presque annuelles) de décembre ou de janvier ; il s’agit alors presque exclusivement d’ immatures ou de femelles fréquentant la Dombes.

L’avenir rhônalpin des populations nicheuses de ce Busard n’est pas définitivement assuré. Aux menaces classiques relatives au déclin des zones humides, à l’évolution des modes d’exploitation piscicole, à la persistance de destructions illégales, vient en effet s’ajouter un péril nouvellement mis en évidence : le saturnisme lié à la consommation de proies ayant ingéré des plombs de chasse (Pain et al. 1993).

Pierre Crouzier