Busard cendré

Publié le mercredi 27 février 2008


Busard cendré Circus pygargus

Angl. : Montagu’s Harrier
All. : Wiesenweihe
It. : Albanella minore

Photo Patrice Choisy, Busards
Photo Patrice Choisy

De catégorie faunistique turkméno-méditerranéenne, le Busard cendré, espèce monotypique, a une très vaste répartition couvrant l’ensemble de l’Europe de l’Ouest jusqu’en Sibérie centrale. Sa limite méridionale correspond aux espaces steppiques de l’Afrique du Nord, sa limite septentrionale au sud de la zone boréale (Cramp 1980, [N], Tucker et Heath 1994, [E]). Selon les auteurs, les effectifs européens oscillent, en excluant la Russie, entre 7 000 et 10 000 pour l’estimation la plus récente et la plus réaliste (Tucker et Heath 1994, [E]). Avec près de 3 500 couples, et après un effort de protection remarquable depuis trente ans, la France possède, avec l’Espagne et le Portugal, les effectifs les plus élevés des pays d’Europe de l’Ouest (FIR - UNAO 1984, [N]). La dernière enquête nationale indique que plus de la moitié du territoire national est occupée par le Busard cendré avec des zones de progression particulières dans la partie septentrionale du pays ([N]). Les places fortes nationales de la répartition de l’espèce restent le Centre Ouest Atlantique, la Bourgogne et la Franche-Comté (60 % des effectifs nationaux, FIR - UNAO 1984), ainsi que la frange orientale du Massif central (Joubert 1994).

En Rhône-Alpes, la répartition du Busard cendré est très voisine de celle de son congénère le Busard Saint-Martin. L’espèce évite la partie alpine de la région ; elle est quasi absente des départements savoyards - 1 à 2 couples subsistent en Chautagne savoyarde - et n’est présente en Isère que dans l’ouest, caractérisé par une alternance de paysages vallonnés et de plaine. Les effectifs rhônalpins sont globalement estimés entre 140 et 250 couples, avec une régression significative des populations et de la distribution d’au moins 20 % depuis l’atlas de 1977. Ce Busard a disparu de 6 districts depuis lors et il fait partie des 20 espèces dont l’abondance a le plus régressé. Actuellement, le noyau de population le plus important est situé dans la plaine de Bièvre et dans la vallée de la Bourbre (38) ainsi que dans l’Est Lyonnais (69). Dans la Loire, en Ardèche et en Drôme, a présence de l’espèce apparaît plus diffuse et les certitudes quant à sa reproduction certaine et régulière sont moindres. Bien que le Busard cendré soit plus fréquent dans les zones basses et qu’il évite les massifs alpins, l’altitude ne doit cependant pas être considérée comme "limitante". L’altitude moyenne de nidification en Rhône-Alpes est de 390 m (n = 146) avec des extrêmes de 189 m au marais de Charvas (69) en mai 1998 et de 1 175 m sur la commune du Cros de Georand (07) en juillet 1995. Il existe des différences d’altitude moyenne de nidification selon les départements (Ardèche : 685 m, Isère : 300 m, Loire : 355 m, Rhône : 465 m) confirmant les capacités d’adaptation de l’espèce, qui reste plus fréquente en plaine. Il est admis que son habitat originel était constitué de landes hautes et de prairies. La raréfaction de ces milieux et la nidification au sol de l’espèce l’ont conduite à s’adapter. La présence de vastes milieux ouverts demeure cependant totalement indispensable à son mode de chasse : la recherche de proies, en vol plané, lent et chaloupé, à quelques mètres au-dessus du sol. En plaine, dans le Rhône, l’Isère et l’Ain, il fréquente aussi bien les grandes parcelles cultivées de céréales, orge et blé en particulier, mais aussi de colza, que les zones de prairies humides et les pâturages. Dans le sud de la région, les garrigues de Basse-Ardèche et les landes rases des hauts plateaux sont régulièrement parcourues et utilisées comme sites de reproduction. Il en est de même des hauts sommets dénudés des monts du Forez, du Pilat et des Monts de la Madeleine dans la Loire. Globalement, il a été constaté que l’espèce occupait de plus en plus de sites originaux : roselières importantes comme au Grand Lemps et à l’étang de Salette dans l’Ile Crémieu (38) et vastes clairières en forêt ; il chasse alors les busards des roseaux qui tentent de s’installer.
Migrateur total, le Busard cendré est régulièrement présent dans notre région de mars à octobre. Le retour d’Afrique s’effectue entre le début du mois de mars et la fin du mois d’avril. En Rhône-Alpes, la date moyenne de retour sur les sites de nidification est le 1er avril (n = 30), la plus précoce étant l’observation d’un mâle le 1er mars 1993 dans la plaine de Liers (38) et la plus tardive le 26 avril 1964 dans la plaine du Forez (42).

Même si les oiseaux sont vus dès avril sur les sites, la reproduction s’étend de la mi-mai à la mi-juillet ; Les Busards nichent soit en couples isolés, soit en petites colonies lâches constituées de quelques couples. Le nid est construit au sol dans une formation végétale basse, ligneuse ou non, permettant de le protéger des prédateurs. En Rhône-Alpes, les pontes, asynchrones, sont en moyenne composées de 4,2 oeufs (n = 13) et déposées entre la fin de mai et la fin de juin (date moyenne 16 juin, n = 13). Trois pontes de 5 œufs et une ponte exceptionnelle de 6 œufs ont été trouvées sur trois sites dans le Rhône, à Saint-Laurent d’Agny en 1993, Montanay en 1996 et Pusignan en 1993. La taille moyenne de la famille comprend 3 jeunes (n = 32), avec des variations selon les départements (3 jeunes / couple en Isère, Ardèche et dans le Rhône, 2,5 jeunes / couple dans la Loire). Attestant des pertes sévères pendant le séjour au nid, le nombre moyen de jeunes à l’envol à la fin de juillet (date moyenne le 29 juillet, n = 10) est de 2,3 par couple (n = 10) ; ceux-ci sont encore nourris par les parents pendant une quinzaine de jours aux alentours du nid puis ils s’éloignent progressivement du site de reproduction.

Dès le début du mois d’août, les oiseaux se dispersent ; la migration bat son plein courant septembre et se poursuit jusqu’à la mi-octobre. La date moyenne des derniers départs est le 5 octobre (n = 16), le plus précoce ayant été noté le 4 août 1993 au col de Barracuchet (42), les plus tardifs les 31 octobre 1964 et 1993 respectivement à Montrond les Bains ( 42) et à Fort l’Ecluse (01).

Depuis le début des années 1980, des opérations de sauvetage et de suivi des populations de busards rhônalpins ont régulièrement été mises en place pour éviter la destruction des jeunes au cours de la moisson. Elles ont été principalement conduites dans l’Isère, le Rhône et la Loire, et ont permis un accroissement puis une stabilisation du nombre moyen de jeunes au nid avant envol (1960-1980 : 2,3 (n = 9) ; 1981-1990 : 2,9 (n = 9) ; 1991-1999 : 2,9 (n = 26)). Il est nécessaire que ces opérations se poursuivent afin d’assurer le maintien d’une espèce très sensible durant la période de la fauche et des récoltes. La sauvegarde d’effectifs importants de Busard cendré en Rhône-Alpes passera impérativement par un dialogue efficace et régulier entre protecteurs et agriculteurs, afin de permettre la mise en place de mesures appropriées d’aides à la conservation.

Olivier Iborra / CORA