Bruant proyer

Publié le mercredi 27 février 2008


Bruant proyer Miliaria calandra

Angl. : Corn Bunting
All. : Grauammer
It. : Strillozzo

De catégorie faunistique euro-turkmène, le Bruant proyer possède une répartition mondiale presque limitée au centre du Paléarctique occidental. En effet, en dehors d’une zone située à l’est de la mer d’Aral, l’espèce n’est présente que dans l’Atlas au nord du Sahara, et au sud de 58° de latitude nord en Europe, les régions montagneuses (Alpes, Pyrénées, Monts cantabriques) étant généralement évitées (Cramp et Perrins 1994 b). En France, la même répugnance vis à vis des altitudes élevées est observée. Il faut noter également l’absence, ou la grande rareté, de l’espèce dans le Cotentin, la Bretagne méridionale et les Landes (Bernard et Broyer in [N]).

Dans notre région, le Bruant proyer présente une répartition proche de celle de la Caille des blés, sans toutefois accompagner celle-ci dans les prairies montagnardes. Ce Bruant a une fréquence majeure dans le Val de Saône et la plaine de l’Ain dans l’Ain, l’Ile Crémieu dans l’Isère, la plaine et les monts du Forez dans la Loire, le Vivarais et la Basse Ardèche dans l’Ardèche, la Basse Vallée du Rhône, le Tricastin et les Baronnies dans la Drôme. Les altitudes atteintes sont actuellement faibles et bien peu doivent se situer au dessus de 600 m. Autrefois, l’espèce était notée à des cotes supérieures : 780 et 880 m sur le Bugey (01), 850 et 900 m à Arbusigny (74), 800 m au col de Pertuis et même 1 050 m au col de Macuègne dans les Baronnies (26). Il faut d’ailleurs remarquer qu’entre 1977 ([R]) et la présente enquête, cet oiseau a disparu de plusieurs districts d’altitude : les Crêts du Jura et les trois districts bugistes dans l’Ain, le Mont Blanc en Haute Savoie, les Bauges, la Tarentaise et la Maurienne en Savoie.
Deux types de milieux sont occupés dans notre région. Dans le nord de celle-ci, les proyers fréquentent exclusivement des milieux prairiaux, qu’ils soient naturels ou artificiels, secs ou humides. Dans le Val de Saône (en Dombes jadis), les prairies hygrophiles ou méso-hygrophiles sont indistinctement occupées alors que ce sont des sites méso-xérophiles qui sont choisis par l’espèce en plaine de l’Ain (Broyer 1988). A Château-Gaillard (01), la disparition de 50 % des prairies d’une zone agricole de 100 ha a fait passer le nombre de couples de proyers de 6-7 en 1987 à 3 en 1995 (Roché 1995). De même, l’espèce a disparu de la plaine d’Assieu (38) à la suite du labour du dernier site occupé (Broyer 1988). Au sud de notre région, par contre, les champs de céréales sont fréquemment occupés par l’espèce. En Rhône-Alpes, ce sont essentiellement les oiseaux prairiaux qui ont été étudiés. Dans la plaine de l’Ain, les meilleures densités sont rencontrées sur les "steppes" faiblement arborées des camps militaires avec 2,59 couples / 10 ha sur le camp d’Ambérieu en 1987, pour ne plus être que de 0,65 dans une zone agricole où les cultures prédominent largement (Broyer 1988). Dans le Val de Saône, les densités passent de 3,3 couples / 10 ha dans la prairie de fauche à 0,7 lorsque la prairie est pâturée extensivement et à 0 lorsque le pâturage est plus intensif ou, bien sûr, dans les cultures (Broyer 1991). Toujours dans cette région, le retard des dates de fenaison a permis de faire passer le nombre de territoires occupés sur une zone échantillon de 116 ha à Feillens de 21-27 avant la mesure agri-environnementale à 32-49 (4,22 / 10 ha) après celle-ci (Broyer 1998). En Ardèche, des densités de 1,25 couples / 10 ha en 1987 et 1,43 couples / 10 ha en 1988 ont été relevées dans des garrigues à Lanas et à la Chapelle sous Aubenas, alors que 20 chanteurs ont été entendus sur 100 ha du plateau des Gras en 1985. Dans la Drôme, 6 chanteurs ont été recensés sur 23 ha de friches et de lavanderaies à Grignan.

En Rhône-Alpes, des chants ont été entendus tous les mois de l’année, mais le maximum en est situé de mars à juin, avec raréfaction de juillet à septembre. Après une reprise automnale en octobre-novembre, seuls de rares chants sont émis en décembre. Parfois dès janvier, mais le plus souvent en février, recommencent les cantonnements printaniers. La chronologie de reproduction de l’espèce est essentiellement connue grâce au suivi de deux populations du Val de Saône, l’une établie dans une prairie méso-hygrophile, l’autre dans une prairie hygrophile. Dans la première, les envols de jeunes sont observés selon les années de la première décade de juin (1987, 1988, 1989) à la seconde décade de juillet (1988, 1994), voire dans les derniers jours de ce mois (1995). Dans la prairie hygrophile (suivie seulement en 1993 et 1994), ces envols s’échelonnent de la mi-juin à la fin de la seconde décade de juillet (Broyer 1998). Les rares données obtenues ailleurs en Rhône-Alpes s’inscrivent parfaitement dans ce schéma.
Après la reproduction et en hiver, les proyers se rassemblent fréquemment en troupes comptant généralement quelques dizaines d’oiseaux, parfois plus d’une centaine, avec un maximum de plus de 500 individus à Suze la Rousse (26) le 11 février 1985. L’hivernage est irrégulier dans le nord de notre région où il ne concerne d’ailleurs en général que des isolés ou de petits groupes ; par contre, il est tout à fait classique, bien qu’en nombre variable, dans les districts méridionaux. Les deux migrations ne sont que faiblement perçues par les suivis sur les cols. Si les proyers rhônalpins semblent en partie sédentaires, l’origine des migrateurs demeure inconnue puisque les deux seuls oiseaux étrangers repris en Rhône-Alpes (Drôme) avaient été bagués en dehors de la période de reproduction : un dans le canton de Zürich (Suisse) en février 1961 repris en octobre de la même année, un le 13 octobre 1961 en Allemagne repris 9 jours plus tard. Un oiseau bagué à Suze la Rousse le 15 décembre 1984 a été repris un an plus tard à Châteaurenard (13).

L’avenir d’une partie des populations rhônalpines de l’espèce passe par le maintien des milieux herbacés et un calendrier de fenaison respectueux de son cycle de reproduction. Les résultats des mesures agri-environnementales menées dans le Val de Saône sont encourageants et montrent la voie à suivre.

Alain Bernard