Bruant jaune

Publié le mercredi 27 février 2008


Bruant jaune Emberiza citrinella

Angl. : Yellowhammer
All. : Goldammer
It. : Zigollo giallo

Polytypique, le Bruant jaune présente une distribution trans-paléarctique ([E]) dans les zones tempérées et boréales. Présent dans les régions méditerranéennes, il n’y occupe que les zones de moyenne montagne ([N]). Si, dans la moitié occidentale de la Grande Bretagne, s’observe Emberiza citrinella caliginosa, l’espèce est représentée chez nous, comme sur l’ensemble du continent européen, par sa forme nominale. Hors Russie, les effectifs européens sont compris entre 19 et 20 millions de couples ([E]). En France, sa distribution est stable depuis les années 1930 (Yeatman 1976, [N]). Les différentes enquêtes mettent en évidence son absence de la région méditerranéenne et de la Corse (Mayaud 1936, [N]). Le Bruant jaune est également absent des Landes, caractéristique omise par Mayaud (1936).

En Rhône-Alpes, la carte met en évidence une distribution conciliant ses exigences en termes d’habitat et les caractéristiques topographiques de la région. L’espèce est quasiment absente de la Moyenne Vallée du Rhône jusqu’à Lyon, ainsi que du sud de la région, contreforts du Vivarais et Basse Ardèche (07), contreforts occidentaux des Baronnies où il reste un nicheur très rare et localisé (Olioso 1996). Dans les deux cas, les influences climatiques méditerranéennes sont sans doute le facteur limitant sa présence, comme cela est observé dans le Sud Ouest ([N]). Il est absent des plaines de l’Est-Lyonnais (69) et rare dans celles de l’Isère, la carte traduisant là une prospection moins assidue. Bien qu’ayant progressé en zones planitiaires depuis la fin des années 1970, comme dans la plaine du Forez (42), l’Ile Crémieu (38) ou en Dombes (01), le Bruant jaune est caractéristique des étages collinéen et montagnard. En altitude, une progression significative du nombre d’observations est également signalée dans le Beaufortain (73), en Arve- Giffre (74), en Bauges (73-74) et en Tarentaise (73). Les noyaux les plus denses de population sont situés d’une part dans la partie alpine de la région, en particulier dans les départements savoyards, et d’autre part dans l’Ain et, à un moindre degré, dans les massifs collinéens et montagnards du Rhône et de la Loire. L’altitude moyenne de nidification certaine est de 811 m (n = 39), correspondant à la limite entre les deux étages précités ([R]). Mais son amplitude altitudinale est large puisque les altitudes extrêmes de nidification certaine varient de moins de 200 m dans l’Ain à plus de 2 000 m en Vanoise. Dans les Alpes intérieures, l’espèce est surtout montagnarde ; sa cote moyenne est de 1 265 m et 60 % des citations sont effectuées à cet étage (Lebreton et Martinot 1998). Ces caractéristiques sont en parfaite correspondance avec ce qui est mentionné dans les régions françaises limitrophes de Rhône-Alpes et en Europe. En Grèce, l’espèce niche en général au dessus de 800-900 m, le plus souvent entre 1 200 et 1 600 m (Handrinos et Akriotis 1997). Dans le canton de Vaud (Suisse), même si sa présence est observée jusqu’à 1 800 m., sa fréquence maximale se situe entre 1 000 et 1 200 m. (Sermet et Ravussin 1995). Dans le Gard, l’espèce ne niche pas en dessous de 900 m. (C.O.Gard 1993). Dans le département du Jura, abondante en plaine, elle se raréfie au fur et à mesure que l’on s’élève et que le milieu se ferme, pour ne pas dépasser 1 400 m (G.O.J. 1993).

Comme dans ces régions, le Bruant jaune fréquente en Rhône-Alpes une gamme diversifiée d’habitats ; il reste cependant lié à des conditions climatiques caractérisées par des étés frais et pluvieux ([R]). Son habitat classique est le bocage frais. Bien que la lande puisse être sa formation végétale favorite, il occupe également d’autres formations ouvertes, comme les friches, les prairies naturelles et anthropiques, à condition qu’elles soient pourvues de quelques arbres. Cet attrait pour les espaces ouverts lui permet de s’adapter à des milieux différents. Dans la partie alpestre de la région, les caractéristiques de son habitat sont bien connues ; l’espèce est commensale de l’homme ([R]), elle habite les environs des villages et se raréfie au fur et à mesure qu’on s’en éloigne. Cependant, comme dans le Jura, son attirance pour les milieux ouverts lui permet d’occuper à l’étage montagnard les trouées, les clairières forestières et les espaces de reboisement ([R], Lebreton et Martinot 1998, G.O.J. 1993). Dans le Pilat (42), le Bruant jaune et le Bruant fou (Emberiza cia) se partagent les landes de l’étage montagnard : le premier occupe le faciès à Genêt à balai (Sarothamnus scoparius) alors que le second est inféodé au faciès à Genêt purgatif (Genista purgans) ([R]).

Les rares données sur la reproduction en Rhône-Alpes attestent que celle-ci est très étalée, bien que l’espèce soit un nicheur tardif (Géroudet 1998 b). Les premiers chants se font entendre en hiver, la date moyenne du 24 février (n = 13) correspondant à 2 jours près à celle du Jura le 22 février (G.O.J. 1993). Le chant le plus précoce a été entendu le 23 janvier 1989 dans l’Ain, le plus tardif le 10 août 1999 à Lanslevillard (73). L’appariement et la formation des couples sont longs et complexes, le mâle fréquentant systématiquement plusieurs femelles. Les nids sont construits par le couple à la fin du mois d’avril (Géroudet 1998 b). En Rhône-Alpes, la seule ponte (de 5 œufs) mentionnée dans la centrale ornithologique a été découverte à Hauteville (Bugey - 01) le 26 mai 1986. La majorité des nids contenant des poussins sont trouvés en mai-juin ou au plus tard au début de juillet. L’espèce peut être parasitée par le Coucou gris (Cuculus canorus), comme le montrent deux observations effectuées en juin 1993 sur le Mont Albion (26). La majorité des familles est observée dans le courant du mois de juillet, avec 2,8 jeunes volants par couple (n = 4). Peu à peu, à la fin de l’été, les regroupements de petits groupes s’intensifient et les oiseaux quittent leurs sites de reproduction, soit pour migrer, soit pour descendre dans les vallées. La migration postnuptiale s’étale de la fin de septembre à la mi-novembre, avec des pointes supérieures à 80 oiseaux par jour, comme à Ceyzériat (01) le 8 novembre 1990. Si les rassemblements hivernaux en plaine peuvent être importants, puisque la taille moyenne observée des groupes hivernaux est de 199 oiseaux (n = 7), des isolés peuvent être également observés. Dans les vallées montagnardes, l’hivernage de quelques individus à plus basse altitude n’est pas exclu. Ainsi en Vanoise, plusieurs oiseaux ont été observés à Valezan (73) le 9 décembre 1995 aux environs de 1 000 m (Lebreton et Martinot 1998).
Une diminution globale des effectifs est observée. Son statut est plutôt favorable, mais la majorité des effectifs mondiaux du Bruant jaune est située sur notre continent (Tucker et Heath 1994). Une régression de plus de 20 % est observée en Allemagne et un déclin de 12 % a été enregistré en Grande-Bretagne entre 1968 et 1991 ([E]). La part de la population française par rapport à celle de l’Europe n’est pas importante, puisqu’elle en représente moins de 5% et l’espèce n’est pas considérée en déclin significatif dans notre pays. Ce Bruant semble avoir même sensiblement progressé en Rhône-Alpes, occupant aujourd’hui le 39ème rang des espèces les plus répandues dans la région. Il peut être localement abondant, comme dans l’Ile Crémieu (38) ou dans le bocage sec d’Izernore (01). Bien qu’il n’existe pas de données sur les densités rhônalpines, le maintien de la succession bocage – landes - pelouses, garantissant l’existence de zones ouvertes à proximité de milieux arborés ne peut qu’être favorable à la progression d’une espèce qui reste encore mal connue dans notre région.

Cyrille Deliry
Olivier Iborra