Bondrée apivore

Publié le mardi 26 février 2008


Bondrée apivore Pernis apivorus

Angl. : European Honey-buzzard
All. : Wespenbussard
It. : Falco pecchiaiolo

Bondrée apivore, photo Rémi RUFER © 2008

D’origine faunistique ouest paléarctique, ce rapace monotypique, spécialisé dans la capture des Hyménoptères, occupe tout le paléarctique sauf le nord de la péninsule scandinave, l’Islande, les environs de la Mer Noire et les parties méridionales de l’Espagne et de l’Italie ([E], [N]). L’estimation des effectifs européens varie selon les auteurs, la plus récente évaluant la population entre 42 000 et 49 000 couples ([E]), soit le tiers de celle avancée par Tucker et Heath (1994). En France, l’espèce a toujours été connue pour occuper toutes les régions, à l’exception des basses altitudes du bassin méditerranéen et de la Corse. Les effectifs de la population française, représentant environ 20 % des effectifs européens, oscillent entre 8 000 et 12 000 couples (année 1982). Cette estimation varie selon les années avec une tendance d’évolution vers le bas de la fourchette (FIR UNAO 1984, [N]).

En Rhône-Alpes, l’espèce niche dans tous les départements et son statut n’a guère évolué en trente ans. Cependant à l’échelle séculaire, il semble avoir progressé, mais hormis dans certains secteurs de plaine, comme l’Ile Crémieu (38), peu d’éléments existent sur son évolution récente. Cet oiseau, très rare dans la région lyonnaise au XIXième siècle (Olphe-Galiard 1855, 1899), était aussi très rare en Savoie, où on ne le notait qu’au passage et accidentellement en nidification (Bailly, 1853-54). L’espèce est, au début du siècle, assez rare dans le Dauphiné, où elle est nicheuse-migratrice (Lavauden 1911). Depuis, une progression de l’espèce, a été notée dans l’Ile Crémieu : les rares couples nicheurs des années 1970, n’annonçaient pas la vingtaine de stations repérées dix ans plus tard (Deliry 1993). La nouvelle carte de répartition rhônalpine laisse cependant apparaître des discontinuités dans la répartition, sans doute dues à des lacunes de prospection, mais également à la discrétion remarquable de cette espèce en période de reproduction. Ce deuxième élément explique aussi le très faible nombre de preuves de reproduction. L’espèce est bien représentée dans le nord de la région alors que sa distribution semble devenir plus lâche vers le sud Sa densité paraît plus forte en altitude qu’en plaine, ainsi est elle bien représentée en Vercors (38) et en Diois (26). Elle apparaît absente d’une grande partie du département de l’Isère, confirmant l’analyse de Lebreton ([R]) qui pensait que sa densité était moins importante en plaine. L’enquête FIR-UNAO (1984) évalue la population rhônalpine entre 1 333 et 1 683 couples, dont seulement 50 à 200 couples en Isère. Très peu limitée par l’altitude, la Bondrée est contactée dans les départements alpins jusqu’à la limite supérieure de l’étage montagnard. Son optimum écologique est situé dans les étages collinéen et montagnard, entre 400 et 1 200 m. Son altitude moyenne de nidification en Rhône Alpes est de 700 m (n = 24), les extrêmes allant de 147 m aux Roches de Condrieu (38) à 1 850 m en Vanoise (Lebreton et Martinot 1998). Cette amplitude altitudinale correspond à ce qui est observé dans les départements ou régions limitrophes : dans le Jura, Joveniaux (in G.O.J, 1993) l’observe jusqu’à 1 100 m ; dans le canton de Vaud (Suisse), Henrioux et Sermet (in Sermet et Ravussin 1995) la situent jusqu’à 1 500 m.

La Bondrée apivore est un migrateur intégral qui passe la majeure partie de l’année en déplacement ou en Afrique. Si l’essentiel du passage de retour est observé de la dernière décade d’avril à la mi-mai, la période de migration est légèrement plus étalée. La date moyenne de retour est le premier mai (n = 12), la mention rhônalpine la plus précoce est le 17 avril 1987 à Annecy (74) et la date la plus tardive le 11 juin 1995 à l’étang de Salette (Ile Crémieu - 38). Les bondrées migrent rarement isolément. La taille des groupes est variable, la plupart d’entre eux étant composé de quelque dizaines d’individus, certains pouvant être plus importants : 60 le 15 mai 1975 au col de la Fayolle (07), 206 le 15 mai 1987 à l’Escrinet (07). Si la période de migration est étalée, le passage de la majorité des effectifs est souvent concentré : 1 152 oiseaux dont 754 en une demi-heure le 11 mai 1982 à l’Escrinet (07), 250 oiseaux en une demi-heure au Col du Bourdel (07).
La Bondrée n’occupe pas de biotope particulier, mais elle affectionne beaucoup plus un paysage diversifié qu’un milieu forestier dense et fermé. Les données sur les densités rhônalpines restent vagues et fragmentaires. Dans le Bas Bugey (01) une estimation d’un couple pour 4 km2 est avancée (Waille com. pers), alors que dans la région de Cruseilles (74) la densité est d’environ 1 couple pour 6 km², avec une densité maximale d’un couple pour 1,7 km² (Deliry et al., en prép.). Dès son arrivée sur le site de reproduction, le couple formé pendant la migration occupe immédiatement son secteur (Géroudet 1984). La phase de construction ou de restauration du nid, à laquelle participent les deux adultes, est lente et se prolonge jusqu’au début du mois de juin. Pendant cette période, les oiseaux prospectent leur territoire et signalent leur présence par des parades fréquentes, préludes à la reproduction. A Cruseilles (74), une analyse sur la situation des aires (n = 4, Deliry et al. en prep.) à mis en évidence que celles-ci, sont toujours en plein bois, à 138 m en moyenne des lisières ; ceci différencie nettement cette espèce de la Buse qui niche en lisière. Cette situation locale est en contradiction avec la bibliographie qui indique que la Bondrée montrerait une nette préférence pour les lisères car celles-ci seraient propices à la recherche de nourriture (Brown 1976 in Cramp 1980, Mathieu 1980). Elle peut toutefois se tenir plus volontiers que la Buse variable dans les bois denses (von Blotzheim 1971). La préférence de l’espèce pour les futaies claires (Géroudet 1984) est confirmée sur ce secteur. L’étude de la composition des essences aux alentours de 4 aires, montre que le Hêtre et l’Epicéa sont dominants. Le Pin sylvestre apparaît une fois en deuxième position, quant aux chênes, ils ne sont souvent que des essences accessoires. Composée de deux œufs, la ponte intervient au début du mois de juin. L’envol se situe en règle générale dans le courant du mois d’août, la date moyenne étant le 7 août (n = 16), la date la plus tardive étant le 5 septembre 1992 à Traclens (74). Le nombre moyen de jeunes à l’envol est de 1,5 (n = 14). A Cruseilles (74), un essai d’analyse de dynamique de population à mis en évidence que seulement 9% de la population (2 couples sur 22 cantonnés) se reproduisait, assurant un accroissement annuel de population d’environ 13 % avec un succès moyen de reproduction de 3 jeunes à l’envol (Deliry et al. en prép). Après celui-ci, les jeunes restent aux alentours de l’aire et y retournent fréquemment pour décortiquer les nids d’Hyménoptères que les parents rapportent régulièrement.

De la fin août au début du mois d’octobre la migration post-nuptiale bat son plein. La date moyenne de passage est le 5 septembre (n = 12), les individus les plus précoces sont observés dès la fin du mois de juillet et les plus tardifs au-delà du 15 octobre : le 6 octobre 1974 à Pommier de Beaurepaire (38), le 17 octobre 1992 à Pérouges (01), 2 le 20 octobre puis le 27 octobre 1982 au col de la Croix-Haute (38), le 26 octobre 1994 à St Romain de Jalionas (38), le 28 octobre 1991 sur les Crets du Jura (01), le 13 novembre 1983 en Trièves (Pambour 1986). Certains sites de passage canalisent des effectifs importants de quelques centaines à plusieurs milliers d’individus : Fort l’Ecluse et Revermont (01), cols du Béal et de Baracuchet (42), site de Courzieu (69). Le record est détenu par le col de Baracuchet (42) où 2 842 oiseaux sont passés du 3 août au 28 septembre 1992 dont 836 le 11 septembre. Les adultes s’en vont avant les jeunes ainsi que l’atteste le suivi de la migration réalisé à Ceyzeriat (01) : 1 264 oiseaux du 11 août au 4 octobre 1992, avec deux pics bien différenciés, pour les adultes entre le 31 août et le 2 septembre, puis les jeunes les 11 et 12 septembre.

A priori la Bondrée apivore n’est pas menacée (Tucker et Heath 1994) d’autant plus qu’elle présente des adaptations originales lui permettant d’optimiser son court séjour sur le site de reproduction ([N]). En Rhône Alpes une attention particulière devrait cependant être portée à l’étude des effectifs de cette espèce, qui restent très mal connus.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photo : Rémi RUFER